CHAPITRE TROISIÈME
dans un habit de mosaïque d*argent, festonné de taffetas peint, chenille argent et bleu, frangé d'argent, et traînant avec la majesté d'un manteau royal une grande queue d'étoffe bleue à mosaïque d*argent... Imaginez la séduction de toutes ces transformations, de tant de costumes, qui semblaient multiplier la beauté de la favorite, en en renouvelant à chaque rôle la physionomie et le charme; imaginez l'effet de toutes ces toilettes, albrs une magie, un rayon, un éblouissement! aujourd'hui un inventaire, un peu de papier froid et mort où les mots font l'effet de la poussière des ailes d'un papillon (1).
(1) Voir à Tappendice les hitbitc de théâtre de madame de Pompadoor.
Les vers sur le bouquet de jacinthes. — Confiance de Manrepat dai l'habitude du Roi. — Les craintes affectées de madame de Pomp dour d*étre empoisonnée. — Maurepas exilé (25 avril 1749). — Cm mencement de la puissance politique de la favorite. — Honneurs prérogatives de madame de Pompadour. — Elle est créée duchés (12 octobre 1752). — Âlcxandrine d'Ëlioles. — Projets de maria( avec un fils du Roi, un fils de Richelieu, un fils du duc de Chaulnc — Mort d'Alexaudrine. — Le père Poisson fait de Marigny. — Ce respondance autographe de la fille avec le père. — Abel Poisse marquis de Vandières. — Son voyage d'Italie et la correspondan autographe de sa sœur. — Les tentatives de madame dé Pompado pour marier son frère. — Mariage de M. de Marigny avec madem< selle Filleul et le triste ménage des deux époux.
Au milieu de ces plaisirs, et par ces plaisi même , madame de Pompadour grandissait et éla gissait le cercle de son pouvoir; chaque jour voyait s'approcher davantage de la royauté, affect un ton plus assuré d'autorité, et jouer plus sérieusment avec l'exercice de la souveraineté.
Un jour que M', de Maurepas se trouvait chez Roi, madame de Pompadour demande la lev d'une lelti'C de cachet. « // faut que M*** i vienne », et se tournant vers le ministre, elle 1 donne l'ordre au nom du Roi; et comme Maurep
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78 MADAME DE TOMPADOUR.
Madame de Pompadour, demandant vengeance et ne pouvant l'obtenir, finissait par aller trouver en personne le ministre, et lui demandait a quand donc il saurait Tauteur des chansons? — Quand je le saurai, répondait Maurepas, je le dirai au Roi. — Monsieuvy répliquait la marquise , vous faites bien peu de cas des maîtresses du Roi, » A quoi Maurepas, sans se troubler : « Je les ai toujours respectées de quelque espèce quelles fussent, » et il appuyait du regard rinsolence du mot.
Au sortir de Tentrevue, chez la maréchale de Villars , comme on faisait compliment à Maurepas de la belle visite qu'il avait reçue le matin : « Oui, répondait-il, celle de la marquise. Cela lui portera malheur. Je me souviens que madame de Mailly vint aussi me voir deux jours avant d'être renvoyée par madame de Ghâteauroux. Je leur porte malheur à toutes. »
Maurepas s'estimait nécessaire. Les dons naturels qu'il avait apportés au ministère dès l'âge de quinze ans, où il avait été fait secrétaire d'Etat : cette pénétration singulière des hommes, cette politesse charmante , cet art de contenter les solliciteiu^s avec des paroles, cette immense et exacte mémoire qui eu
■Pille d'une sangsue, et sangsue elle-même,
Poisson d'une arrogance extrême Étale en ce château sans crainte et sans effroi La substance du peuple et la honte du Roi.
Et le chevalier de Rességuier, reconnu comme Tauteur de la pièc* était condamné à vingt ans de détention.
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qui passa comme une inspiration par la tète de madame de Pompadour; elle se mit à fatiguer le Roi de prétendues craintes d'être empoisonnée par Maurepas. Elle lui répéta à tout moment qu'elle périrait de la main qui avait fait disparaître si i propos madame de Ghâteauroux. Elle poussa h comédie et les feintes de la terreur jusqu'à vouloir avoir un chirurgien couché près de son appartement, et du contre-poison à sa portée (1).
Puis en dernier lieu elle enlevait le Roi déjà insupporté do ces grimaces, et dans un petit voyage de la Celle , tenant Louis XY tout à elle , hors de la portée des influences extérieures, loin du ministre parti pour la noce de mademoiselle Maupeou et auquel le Roi avait donné Tordre de bien se divertir, la favorite arrachait vers les onze heures du soir, peut-être sur le bord de la table du souper, la lettre de cachet avec laqi>elle on réveillait Maurepas à une heure du matin dans un tranquille premier sommeil (2).
« Je vous ai promis que je vous avertirais, lui écrivait Louis XV, je vous tiens parole. Vos services ne me conviennent plus. Vous donnerez votre démission à M. de Saint-Florentin . Vous irez à
(1) Dans les cabinets, elle ne mangeait de rien la première; à la Cik médie, elle n'acceptait de limonade que celle préparée par son chintf^ gien. Du reste, cette terreur de poison poursuit madame de Pompadov jusqu'à raffermissement de sa toute-puissance, jusqu'au renvoi d'A^ genson, et l'on voit ses parents dans ses cuisines surveiller l apprêt doi viandes.
(2) Mémoires du duc de Luynes, t. X.