CHAPITRE QUATRIÈME
Le procès, dont votis me parlés, peut sans doute se perchée, puisque tout ce qui est au jugement des hommes est incertain, mais il faudroit quils jugeassent contre les lois. Les bruits qu'on vous mander sont semés par les partis adverses; je les connois de tout tems et les méprise y ils n^ méritent pas d'autres sentimens.
Mais supposons un moment le procès perdu : ma fille restera avec son père et celui de sa mère; en vérité son sort est encore assez beau; il en est peu de pareils.
D'ailleurs vous devez bien juger que puisque je n'ai pas sollicité pour un procès, d'où dépendoit votive réputation, assurément je ne solliciterai pas pour un, oîi il nest question que des biens de la fortune.
Quant à l'ordonnance de l'homme bleu, croyez-vous que je veuille mettre au jour l'imbécillité de mon beaupire que le méchant public prendroit peut-être pour friponnerie? Je m'en garderai bien. Perdons ou gagnons, mais n'ayons jamais de reproches à nous faire, et que les richesses ne puissent jamais altérer notre bonheur; telle est et sera toujours ma façon de penser, que j'espère que vous approuverez (1).
Ces lettres où madame de Pompadour rassure à tout moment son père sur cette santé pour laquelle tremblent tous les gens qui Taiment sont pour ainsi dire entièrement consacrées aux événements et aux personnages de la famille. Elle y parle du trous- Ci) Co sont là sur le papier de grands sentiments, mais que la favolit» oabliait dana la pratique de la vie.
seau qu'elle fait faire pour le mariage de mademoiselle Dornoy , de la convalescence de madame Dcrigny qu'elle venait de marier, elle combat t nomination à la fabrique de Vincennes du cousin Malvoisin qui n'a que vingi-cinq ans , et six ans de service. Dans ces lettres il est souvent question de son frère pour lequel elle croit, en 1750, qu'il n'y aura jamais de surintendance des finances ou des bâtiments, mais qu'elle se fait fort de très-bien marier. A trois ans de là, elle se désole qu'il ne veuille pas se marier, et, à propos de la prévôté de Paris que tout Paris lui donnait, elle écrit sur un ton d'indignation : « Un a jamais été question de b prévôté de Payais pour mon frère, ni lui ni moi n avons de fonds à placer; cette charge est très-chère, rapporte peu et ne le 7*endroit pas plus grand seigneur qu'il eit^ mais il est bien sûr qve tout ce qui vaquera lui sera donné par le public : il a été accoutumé aux gens insatiables. Je se7'ois bien fâchée d'avoir cet infâme caractère et que mon frère Veut (1). »
Mais l'être dont les lettres de madame de Pompadour sont remplies , c'est Alexandrine , c'est sa fille morte à dix ans , c'est la fanfan que le vieux Poisson aime comme ont l'habitude d'aimer les grands-pères. Madame de Pompadour entretient son père des glaires que lui donne la pousse de ses dents canines, des voyages où elle l'emmène, de son amaigrissement, elle le console de la laideur.
(1) Lettre tirée de la collection de M. Fossé d'Arcosse et puUiN dans la première édition des MaUresses de Louis XV*
CHAPITKB QUATRIEME. »
ient à la jeune fille dans ces lignes où perce le un regret de sa propre beauté :
e trouve qu'elle enlaidit beaucoup ; pourvu qu'elle 't pas choquante y je serai satisfaite, car Je suis 'oignée de hti désirer une figure transcendofite, le sert qu'à vous faire des ennemies de tout le sexe tn, ce qui, avec les amà desdites femmes, fait IX tiers du monde, »
lame de Pompadour gronde le grand-papa de )r des indigestions à sa petite fille , lui défend idéaux djargent, enfin le jalouse joliment de idresse pour Alexandrine :
Octobre 1752.
% eiat pas honnête à vous , mon cher père, de ne ir pas donné signe de vie depuis un siècle. Tai eu Te pendant dix jours, le Roy m'a donné les honde duchesse, tous ces événemens ne vous ont rien La saignée du pied et un grand mal de teste ne pourtant pas empêché de dire à mon frère de ^aire part de la grâce du Boy, ne le pouvant ême. Je vois bien que la petite Alexandrine a ' Beinette de votre cœur, cela n'est pas juste, et ! que je l'aime bien fort pour lui pardonner. lame de Pompadour qui affirme dans une des s que nous citons n'avoir pas voulu solliciter le procès d*où dépendait la réputation do son qui se montre si désintéressé pour elle et au des siens, sollicitait, pour Thomme condamné pendu en 1726, des lettres de noblesse, et, les
lettres de noblesse obtenues (1), satisfaisait la cupidité du vieux traitant par quelque chose de plus solide : par le don d*une terre.
(1) Donnons le préambule de ces divertissantes lettres de nobletae : « Les connoissances que le sieur François Poisson ayoit acquises d»* puis mil sept cent trois, par une application continueUe à tout ce ipi concerne Tapprovisionnemcnt des vivres pour les armées, nous ajiBt engagé à nous servir de lui en mil sept cent vingt on et mil sept omt vingt deux, afin de procurer à la Provence, alors affligée d'une maladie contagieuse, et aux provinces limitrophes menacées de la même eostagion, les secours qui leur étoient nécessaires, noua eûmes d'antant plus de sujet de nous applaudir de ce choix, que ledit sieur Poisns, sans être retenu par les dangers auxquels sa vie tôt sans cessa exposée, s'acquitta avec distinction de la commission qui lut avoit été confiés. Cette expérience nous ayant fait connoltre combien il pouvoit étrentib k la prompte exécution des ordres en mil sept cent vingt-cinq, pour prévenir les maux que la disette des blés pouvoit causer dans notn royaume, nous crûmes ne devoir mettre en de meilleures mains TapproviNionncment de la ville de Paris et de plusieurs magaains des filicos frontières, pour lequel il no ménagea ni sa fortune, ni son travail, ni le crédit qu'il pouvoit avoir; cependant, et malgré le auccès qa'ar voient eu ses talents, sa vigilance et son zèle, il ne pat obtenir la jostice même qui lui étoit due sur le remboursement de noa avances dt sur les emprunts qu'il avoit faits, en sorte qu'il se vit pendant pins de viiiKt ans exposé aux i)oursuites les plus rigoureuses qui rolidigènat do quitter son établissement et sa famille et de vivre pendant hoitaanécs dans la retraite qu'il ne put trouver que dans le pays étranger. Knfln la conduite dudit sieur Poisson, examinée par des commiastires les plus équitables et les plus éclairés, le jugement qu'ils ont reada a fait connoitro toute l'exactitude et la fidélité de son service; les siiprunts qu'il avoit faits ont été justifiés, ses avances établies et liqoldces, et il a recouvré son état et sa liberté ; mais ce qu'il a aonflsft dans sa fortune, mais encore plus dans sa réputation, ne pouvant être réparé que par les témoignages de satisfaction que nous devons à ceaz de nos sujets qui s'emploient au service de notre État avec antant de désintéressement et de zèle que l'a fait le sieur Poisson, nous croyoBl devoir lui accorder ces témoignages de satisfaction, préférables sulvaat lui-même à tout ce qu'il auroit à prétendre de dédommagement et ds récompense, et, pour cet effet, nous voulons l'honorer d'un titre qatl puisse transmettre à ses descendants, et qu'il soit pour eux, comme il doit l'être pour tous nos sujets, un motif d'émulation et le moyen de iM
M MADAME DE t^OMPADOUR.
en philosophe cynique, mourant en juin 1754, i de soixante-dix ans, d'une hydropisie qu'il trail par la bouteille.
Celait un tout autre homme , un parent parfai ment avouable, que le frère de madame de Poraj dour. Il n'avait rien de son père, rien du fond, ri de la mine. Avant que la graisse l'eût envahi, il é! beau à l'égal de sa sœur , de cette beauté souriai et comme princière que nous montre le portrait Tocqué. Il était élégant, gracieux, de jolie tournu de belles façons , avantagé enfin de tous les deh qui mettaient un homme à sa place dans la c( élégante de Louis XV. Le Roi l'aimait, l'admettait à soupers tête à tête avec la marquise de Pompado l'appelait du nom de petit frè7'e (1). Il réussissait plaisait; il n'était ni exigeant, ni compromettai il avait enfin pour sa sœur un entier dévouerae
Et cependant, dans ce frère si bien doué, si h( reuscment approprié à la position de la favorite, faisant un tel contraste avec ce père indigne etco promettant, il y avait une malheureuse qualité ( refroidissait les bons vouloirs de madame de Poi padour, en s'opposant aux rêves de sa vanité et a ambitions de son amitié. Le frère de madame Pompadour, élevé et entretenu par le père Poiss dans une excessive défiance de lui-même, était dd
(1) Vie j>rivée de Louis W , Vol. II.