CHAPITRE QUATRIÈME
deste jusqu'à la timidité ; il avait cette pudeur qui ôte Tassurance à rambition, comme elle ôte Taisance à la contenance; et il rappelait lui-même avec une charmante ii|^'eté son embarras quand, tout jeune, il ne pouvait laisser tomber son mouchoir dans la galerie de Versailles , sans voir à l'instant des cordons bleus se baisser et se disputer rhonneur de le ramasser. C'étaient là de trop ridicnles faiblesses en un tel pays, à la cour, pour n'être pas raillées et calomniées. La timidité du frère de la marquise fut déclarée nullité partons les courtisans ; et il n'y eut pas assez de moqueries à Versailles pour le marquis di' Avant-hier^ sifflé par la chanson :
Qu*ébloui par un vain éclat, Poisson tranche du petit-maître; Qu'il pense qu'à la cour un fat Soit difficile à reconnoitre :
Ah ! le voilà, ah ! le voicy Celui qui n'en a nul souci (1).
Ces rires, qui portaient au cœur de la marquise , aigrissaient son amour-propre contre ce frère qui ne prenait pas son marquisat aussi au sérieux qu'elle eût voulu, et semblait encourager les rieurs par sa philosophie et son air de détachement. Elle essayait de le secouer, de l'animer ; elle le tourmentait et l'activait vers les places , les honneurs , les agrandissements, sans pouvoir le sortir de cette paresse d'âme et de cette modération des désiro qui lui Grent dix fois dans sa vie refuser d'être ministre.
U) Vi« privée de Lotds XV, t. II.
La marquise avait enfin fait nommer son M directeur général des bâtiments* en survivance M. Lenormant de Tournehem , titulaire de O0I charge (1). La favorite voulut que le marquis pov sàt son éducation artistique, se préparât à sa din tion future par un voyage en Italie qui dura àta années. Elle lui choisit elle-même des compagna de voyage qui devaient être des Mentors et des pr fesseurs. C'étaient Tarchitecte Soufflot, le dessin teur Gochin , le petit Cochin , Tabbé Leblanc com comme critique d*art par sa Letty^e su7* les tableon exposés au Louvre en 4747. M. de Vandières parti au mois de décembre 4747, accompagné de » monde, ayant Tordre de vivre magnifiquement,* tenir table ouverte pendant tout son voyage et mu en outre de conversations, d'instructions, de recoi mandations de sa sœur, et il était déjà à Lyon qu'el le poursuivait encore de son expérience de quaran ans gagnée, dit-elle, en quatre ans et demi à la coi
Vous avés bien fait^ fréi^ot, de ne pas me dire adii Car, malgré l'utilité de ce voyage pour vous et le dé que j'en avois depuis longtemps pour votre bien, faut eu de la peine à vous quitter. Je ne vous recomman pas de me donner souvent de vos nouvelles , car je si
(1) Madame de Pompadour avait, en outre, fait obtenir au frérOi capitainerie de Grenelle par la grâce de Louis XV qui paya les 100,00< vres du brevet de retenue dont était frappée cette capitainerie. M. Vandières la revendait quelque temps o.près 180,000 livres au prince Soubise. Le Roi donnait onoi>re au frère de madame de Pompadour, moment de partir pour l'Italie, une terre située près du domaine Marigny. possédé par son père.
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i quiconque ce soit, pas même à mot. Car vousjttgi aisément que les lettres du frère de madame de Pom^ iour seront ouvertes à Turin. Ainsi retenés bien ce < vous avés à me mander que vous ne voulez pas qui . sa, et ne me l'éanvés que lo?*squil y aura des couru
Dans ces trente et une lettres qui sont tout qu'il reste de la correspondance du frère et de sœur pendant ce voyage, madame de Pompadi remercie le voyageur de la lettre qu'il lui envoie î le théâtre de Turin et du dessin qui doit le suivre! Elle le complimente de sa liaison avec le cou Alfieri parce qu'wwe conversation avec un homme sav^ vaut mieux souvent que de voir soi-même. Elle s'infor s'il a des habits et des dentelles convenables p( paraître dans les fêtes du duc de Savoie. Elle s' terrompt au milieu des petites nouvelles qu'elle donne de la cour pour le mettre en garde contre crédulité paternelle du vieux Poisson, pour l'éclai sur les sentiments des courtisans à son égard :
Mon père vous a mandé une histoire qui n'a pas
(1) Ce dessin, «< Vue du théâtre de Turin », était vendu k la veol M. Marijjny, dans la série des dessins exécutés en Italie par Co pendant son voyage d'Italie avec le futur surintendant des bâtini< Ces dessins vont du n*> 297 à 303. Us devaient composer le petit p< iViiille que njadame de Ponipadour accepte en ces termes dans une tre du li> mai 1750 : u Comme vous me mawlés très-bien, le Boy a tt les f/ravures tle ce que vous voyës, juais tnoi t/ui n'ai rien, je ne serai ^ jàvltio d'art, ir Ip petit jtorte feuille que vous m'offres et je compte M. f'nr/iin mi' fera le plaisir d'y travailler. Je le substituerai à p* tuiti', f-iiniiie une vhitsc précieuse, rtant faite par un aussi habile homi Le l'n'it* (le madame de Tompadour avait la mission de lui rapporte do>'>iii« d«'s plus beaux théâtres d'Italie, afin que la marquise pu faire cou^truire de semblables en France.
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lOi MADAME DE POMPADOUB.
Voilà la venté exacte. Tay bien vu et bien réfiéda depuis que je suis ici, j'y ai du moins gagné la connoùsance des humains et je vous assure qu'ils sont les mêmes à Paris, dans une ville de provinces, qu'ils sont à la eow» La différence des objets rend les choses plus ou rnràu intéressantes et faitparoître les vices dans un plus grand jour.
Madame de Pompadour donne à son frère des règles de conduite pour se gouverner avec l'Infante, la dame de Leyde, la princesse Trivulce qui a connu presque tous les hommes de la cour pendant la guerre d'Italie, Efle lui mande les compliments que lui fait tenir Nivernois sur ses heureuses qualités, son enok de plaire,
A propos de la brillante réception que lui fait le pape, la favorite écrit à son frère :
Je suis fort aise de la réception que te Saint-Père vous a fait. La considéi^ation que Von a pour moi ne m'étonnoit pas dans ce pays-^i ou tout le monde a ou peut avoir besoin de mes seywices ; mais j'ai été étonnée quelle fût jusqu'à Rome. Malgré cet agrément dont il faut jouir, puisqu'il existe, la tête ne m'en tourne pas, et, excepté le bonheur d'êti^e aimé de ce qu'on aime, qui est de tous les états, une vie solitaire et peu brillante est bien à pf^éférer. J'esphe que vous pens€i*ez comme moi, et que vous ne vous croirez pas plus g7'and pour des honneurs passagers que l'on rend d la place et non à la personyie.
Voilà assez philosopher. Je vous dirai donc, pour nous remettre en commerce avec les humai?îs tant anciens que