CHAPITRE SIXIEME
dour de la machine de guerre employée en désespoir de cause par tous les ministres du temps : la présentation aux désirs du Roi d'une autre: maîtresse, la candidature d*une rivale.
La faveur de la jeune madame de C3ioiseul-Romaaet (1), le plaisir que le Roi trouvait à s'amuser de ton étourderie , de ses enfantillages , de ses grâces agaçantes, décidaient d'Argenson et madame d'Estrades à tenter l'aventure, à essayer de mener au sérieux lé caprice royal. A l'aide du concours de la marquise qui ne voyait dans ln^j^une femme qu'un enfant avec lequel le Roi n'irait pas aux dernières faveurs, madame de Ghoiseul était de tous les voyages, de tous les soupers des cabinets, jetant à tous les échos : « qu'elle était incapable de manquer à son mari , qu'elle détestoit tous les jeunes gens qu'elle Toyoit à la cour, mais que, pour le Roi seul, elle ne résisteroit pas. » Le Roi était flatté, touché, remué, conquis, et une huitaine où madame de Ghoiseul était de semaine chez Mesdames , le Roi ne sortait pas de Versailles.
Il était temps que le Roi ne fût plus /exposé à se Uesser au genou , en allant, sans lumière, par des escaliers tortueux, filer le parfait amour. La chute de la vertu de la femme du menin était décidée en conseil. Donc madame d'Estrades, d'Argénson,
(1) Cétait mademoiselle Charlotte-Rosalie de Romanet, mècm â<i Bsdame d'Estrades, qui avait épousé en 1751 M. de Choiseol-Beaupré n chAteaa de Bellevue, et dont la propriétaire lui avait fait accorder fir le Roi Louis XV 17,000 livres de rente.
138 MADAME DE POMPADOUB.
Quesnay, Dubois le secrétaire de d'Argenson qui racontera plus tard la scène à Marmontel, étaient réunis dans le cabinet du ministre ; d'Argenson et sa maîtresse, très-occupés, très-inquiets du résultat du rendez-vous qui avait lieu dans le moment môme. Après une assez longue attente, arrive madame de Ghoiseul « échevelée et dans le désordre qui était la marque de son triomphe ». Madame d'Estrades court au-devant d'elle les bras ouverts et lui demande si c'en est fait : « Oui , c'en est fait , répond-elle , je suis aimée , il est heureux ; elle va ôtre renvoyée, il m'en a donné sa parole. » A ces mots, c'est on édat de joie dans le cabinet (1).
Déjà le bruit de la disgrâce de la marquise se levait dans un vague murmure et courait Versailles, quand un coup imprévu et véritablement invraisemblable venait ruiner l'intrigue que d'Argenson et madame d'Estrades avaient menée avec tant de mystère et presque jusqu'au succès.
Madame de Ghoiseul avait reçu une lettre du Rd. Assez embarrassée , car la jeune femme voulait que le don de sa personne fût largement payé par tous les honneurs et prérogatives imaginables (2) , ma-
(1) Mémoires de Marmontel, t. H.
(2) Le marquis d'Argenson dit que la comtesse de C3ioiseul desua* dait que les Choiseul seraient reconnus comme lei parents da Roi fà traités de cousins à cause d*une alliance contractée jadis par rui d'eux avec une princesse du sang de la maison de Dreux. Elle vnà déjà obtenu que son mari, « la plus grosse béte de la cour », foX nonuiè inspecteur avec promesse d'une place de maréchal de camp, et caU après lui avoir fait vendre à Louis XV 50,000 livres stm régiaeitéi Flandres,