CHAPITRE SIXIÈME
ompadour courait aussitôt chez madame Adélaïde, u*elle savait mécontente en ce moment de sa condente familière , et obtenait d'elle une déclaration
qoe madame d'Estrades l'ennuyait assez )) . Elle Bvenait auprès du Roi avec cette déclaration ; et i , dans une scène où elle mit en œuvre tout son rt de comédienne, ses coquetteries, ses larmes, 3 suprême effort d'une femme à la fin d'une longue t incertaine bataille , elle décidait le Roi , une heure près avoir invité madame d'Estrades à souper, à nvoyer (7 août 1755) à madame d'Estrades une jttre de cachet qui l'exilait de Versailles (1).
A la nouvelle de cette disgrâce imprévue (2), *Argenson se trouvait mal ; mais, aussitôt revenu à li, il allait passer la soirée chez madame d'Estraes ce jour même. Il lui louait une maison, et l'éiblissait à Ghaillot, sur la route de Versailles, à criée de ses amis. Tout en redoublant d'assiduités oprès du Roi , il refusait d'entrer en accommodelent avec la favorite , dont il prétendait avoir reçu D affront direct par le renvoi de la comtesse d'Es* rades, son amie. Et ses haines patientes attendaient
(1) AVatit-hi6ir au soir, madame d'Estrades voulait aller de la Muette Paria ; elle demanda à madame de Pompadour : « A quelle heure uit-il revenir pour souper 7 — A l'heure ordinaire, comtesse, » Elle irUt; au bas delà montagne des Bons-Hommes, elle trouva un coUrer qui lui remit une lettre de Saint-Florentin qui lui marquait de la ftrt du Roi qu'elle eût à remettre sa charge dont Sa Majesté lui consrvait cependant les appointements, et qu'elle ne retint plus à la i»Qr. Son logement à Versailles était donné au comte et à la com' )St6 de Tessé. {Mémoires du duc de Luynes^ t. XIV.) (?) Mémoiret du marqtùs d'Argenson^ t. IV
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les circonstances et Toccasion, et se consolûeati de temporiser en minant sourdement la marquise dans les sociétés de Versailles et les maisons de Paris , en favorisant secrètement les pamphlets, en Tentourant d'embarras et de murmures (1).
Ainsi toute cette vie de madame de Pompadonr, si triomphante au dehors, et qui se montre au public si assurée du lendemain, si bien confirmée dans un règne facile et continu , n*est au fond et dans le secret qu'une misérable inquiétude, le tou^ ment quotidien d'une domination disputée et sans cesse obligée de lutter sur ce terrain de l'heare présente qu'elle possède à peine. Nul moment de sa faveur n'atleint à la pleine et pacifique jouissance de la faveur, à celte sécurité et à cette confiance que de plus heureuses favorites trouvèrent dans b franchise de cœur, la sûreté des tendresses, les instincts de fidélité de leur royal amant. Pour madame de Pompadour, pas un instant de repos , pas un moment d'abandon : jusque dans les épanche* ments de l'amour, il faut qu'elle épie le Roi, cl que , l'esprit présent et de sang-froid , elle cherche sous la ligure menteuse de l'homme les secrets da maître (2). 11 faut que tout le jour elle s'arrache
(1) Mémoires du marquis d'Argenson, t. III et IV.
(2) C'est madame de Pompadour qui disait du Roi à sa femme de chambre : « Vous ne le connaissez pas, la bonne; s'il devait la (madanM de Coislin) mettre ce soir dans mon appartement, il la traiterait froiit' ment devant le monde et me traiterait avec la plus grande amitié, TêU» a été son éducation,,, »