‹ Madame de PompadourChapitre 73 sur 205 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

Madame de Pompadour a porté la peine de ses ambitions. Elle a répondu devant ses contemporains des malheurs de cette guerre , des tristes résultats de notre alliance avec TAutriche. L'opinion publique par toutes ses voix , le dix-huitième siècle par toutes ses plumes , Ta chargée de tout ce sang, des fautes, des erreurs , des désastres , des trahisons de la fortune ou des négociateurs , de Timpéritie des hommes aussi bien que de la fatalité des événements. La valeur française , étonnée devant ce Frédéric auquel les philosophes avaient avec tant de zèle fait une popularité chez ses ennemis, la France humiliée, ont maudit madame de Pompadour. Les défaites de Rosbach et de Grevelt ont condamné sa politique : l'ont-elles jugée?

Écartons d'abord les circonstances, les motifs qui peuvent avoir contribué à conduire vers l'alliance autrichienne l'esprit de madame ae Pompadour, les questions d'amour-propre , les intérêts personnels , les sentiments égoïstes , les considérations petites et passionnées que ses ennemis ont prêtés à sa détermination. Que, dans ce grand changement de la politique française , madame de Pompadour ait obéi aux ressentiments comme aux satisfactions de la vanité d'une femme ; qu'elle ait été animée par un désir de vengeance contre les ironies de Frédéric baptisant la favorite du sobriquet de Cotillon I V (i) ;

{l) Le prince prussien avait, en outre, traité les charmes de madame d« Pompadour de petits charmes, avait répondu aux ouvertures de Voltaire chargé de lui transmettre les respects de la favorite : « Je ne la

qu'elle ait 6té poussée par un zèle de complaisanMtj

et une reconnaissance de partenue pour l'Impéra- Ince-Reiae, qui, si elle ne la traitait de snn amie,ii sa princesse, de sa cousine , la faisait assurer par son ambassadeur « de tous les sentiments qu'elle pouvait désirer » ; qu'il y ait eu au fond d'elle celle ambition inévitable de l'inauguration d'une politique nouvelle et contraire qui marque l'aïénemefil de toute maîtresse remplaçant une autre muîtresM; qu'elle se soit donnée à l'alliance antrichivnne. parce que madame de Cbâteauroux s'était prCléel l'alliance prussienne; qu'elle ait cédé k celte néoissité et à cette fatalité de la position d'une favorilv qui jettera après elle madame du Barry dans tontes les alliances anti-autrichiennes : peu imporie. Pas plus que l'insnccës, les motifs secrets de l'ai* liance autrichienne ne doivent entrer dans le jugîment du principe de cette alliance. Prenez ce principe tel qu'il fut reconnu Jusqu'à Rosbach, dégageile de ses origines : il demeure dans son csscncecl dans son plan général l'évolution d'une politifjui! sage et pcofltable à la France.

L'Autriche n'était plus cette monarchie giganlMque, allant de la Turquie jusqu'en Bourgogne, el4e la Belgique au fond de l'Italie , ce monde où oa filverbe voulait que le soleil ne se coucliftt point, cet

coimola pas 1 • Kofin, Frédéric avait écrit quslqas part . • Ja M «R'' pa« cependant qu'nn roi de Protae ait dea mtaageanBta fc gaitea**' one demoiieUe PoiuoD, lurtont li aUa ait amgasta M qu'alla ■ '^~ k ce qn'elle doit de respect k dei '~

CIIATITRE NEUVIÈME. 189

npire qui avait fait des cinq voyelles de Talphabet . devise de son rêve et de son avenir :

Austrix Est Imperare Orbi Universo,

La France, nous Tavons dit dans un autre livre (i), vait de Henri lY à Louis XIV, par la politique des ichelieu et des Mazarin «, par la longue poursuite 6 l'Autriche allemande et de TAutriche espagnole, ontre lesquelles le grand Roi avait poussé toute a vie ses généraux et sa victoire, » et jusque par a fortune de ce débonnaire cardinal de Fleury enevani de force à TAutriche en deux guerres, ou lui rognant, de gré à gré, dans des négociations, le royaume de Naples et des Deux-Sicilcs , la Lorraine et le Barrois , la France avait renfermé TEmpire de Gharles-Quint dans des limites qui n'avaient plus de menaces pour Téquilibre de l'Europe.

Sous les efforts, les reprises et les coups de la France, cette grande puissance militaire, tournant vers l'agriculture une partie de ses forces, était devenue moins redoutable à sa vieille ennemie que ce petit État de Prusse, surgi comme une armée sur la carte de l'Europe, sans frontières naturelles, et cherchant sa place en Allemagne avec les tentes de ses 150,000 hommes et le génie de Frédéric.

La menace du Nord contre le Midi, de l'Allemagne contre la France, était évidemment déplacée;

U) Histoire de Marie-Antoinette, par Kdmond et Jules clo Goncourt. Nonvellc édition Charpentier, 1878.

! DE POMPADOU

«CASH ettegS t riearfl

^H les alliances do la France devaient suivre ^H cément, elles devaient se conformer à cette ^B loi des relations des peuples qui ne veut rien ^B muable, approprie les rapports aux temps, leste ^H tés aux circonstances, les systèmes aux faits, ( ^H commande à la politique d'être cette science ^M contre-poids, qui se règle sur la mobilité des forte ^F nés d'empire, sur la croissance et la décroissanff des États, en sacrifiant les passions de la veille intérêts du lendemain, les haines du passé aux néce^ sites du présent. L'ancien parti français, qui neTOU' lait point quitter les ombrages de la vieille tradiUtU nationale et s'obstinait à toujours voir la monaicbit de Charies-Quint dans les Etats de Marie-Tbérèst, avait donc tort contre madame de Pompadour, qW clierchait avec raison dans l'alliance de deux granlkt puissances égales et de mSme force une sorte de police de l'Europe, une inter\'ention arrêtant too" guerre, un moyen enfin d'intimidation contre cetti puissance, montée au premier rang des puissance*^ européennes, l'Angleterre, envieuse de nos coloniu dont son commerce avait besoin, l'Angleterre, qi" venait en pleine pais, au mépris du droit des gens, de tàin acte de guerre contre nous.

L'alliance de la France et de l'Autriche tal lento" ment préparée avant d'éclater. Elle était Ufentoi pour ainsi dire, depuis le traité d'Aiz-U'-OuinO' où Marie-Thérèse avait été forcée d'abandomur 1*

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