CHAPITRE NEUVIÈME
Lésie à la Prusse. M. de Kaunitz avait à ce moent tâté, mais vainement, sur la question d^une Liance avec la France, M. de Saint-Séverin, envoyé lt madame de Pompadour pour conclure la paix à Qt prix (1). La cour d'Autriche ne perdait pas cou- ^, et Marie-Thérèse, mettant en «avant une incliition singulière qu'elle avait con(;ucî pour Louis XV, iait Blondel, ambassadeur do France près la lor d'Autriche, de mander à Versailles que la tuation actuelle des couronnes de France et d'Aniche n'était plus la même que deux cents ans auaravant ; que l'équilibre entre elles était parfait , t que leur union serait la garantie de la tranquilitéde l'Europe. Mais le marquis de Puisieux, miôsire des Affaires étrangères, qui avait, comme M. le Sain t-Sé vérin, son amour-propre engagé dans le traité d'Aix-la-Chapelle et ne se souciait pas de voir défaire son ouvrage , ne jugeait point à propos do parler de cette ouverture. Llmpératrice-lleine, sans se lasser, la renouvelait auprès du marquis d*Hautefort, notre nouvel ambassadeur, ne craignant pas de lui dire : « Si jamais la guerre se rallume entre moi et le roi de Prusse, je rentrerai dans tous mes droits, ou j'y périrai, moi et le dernier de ma maison (2). »
(1) « Monsieur de Saint-Séverin, avait dit ma«Iame de Pompadour, vous partez pour Aix-la-Chapelle ; souvenez-vous bien de nous apporter la paix 0 (pielque prix que ce puisse être. » (Mémoires du maréchal duc de Richeliw, t. VIII.)
(2) Mémoiree secrets sur les règnes de Louis XIV et Louis XV, par feoM. DucloB. Guerre de 1756. Buisson, 1791, t. II.
in MADAilB DE POMPADOUR.
Vers le même temps, le comte de Kaunib envoyé à Paris. Du premier coup d'œil, il ei prit de juger la situation et do. voir la persoi tenait en ses mains le succès des vœux de Thérèse. Il alla droit à madame de Pompadoi caressa (1), il flatta son humeur et ses incli secrètes, Torgueil de ses espérances ; il la délicatement, et avec une parole de diplom rôle qu'elle enviait, à un règne hors de page des petits cabinets, à une de ces influences q chent sur une femme les regards de la posl
(1) Du 2 novembre 1750 où il est reçu par Louis XV au 5 1752 où il obtient son audience de congé, le comte de Kaunit à s'emparer de madame de Pompadour, à l'attirer à Tailla chienne, à la faire entrer dans le domaine de la politique.
En 1750, Kaunitz mande k sa cour : « Je n'ai pas oubli< d*avoir des attentions pour madame de Pompadour; je sais i m'en a su gré et qu'elle y a été sensible.
Le 22 août 1731, il écrit : « Si madame de Pompadour se affaires étrangères, j'ai lieu de croire qu'elle ne nous rcndi mauvais offices ; elle a beaucoup de bonté et quelque confian A Compiogne, j'ai eu occasion, par l'état de ma maison que j de fniro des politesses aux principaux courtisans qui sont d( et de la coterie du Roi. Je sais que ce prince y a été sensil plusieurs do ces messieurs sont fort de mes amis; on m'a entendre, mais que cela reste entre nous, je vous prie, que posiiible de mettre un ambassadeur de la coterie du Roi. j' mais cela ne se peut pas. Bref, je ne sais pas comment cela mais il est vrai que le Roi et mailame de Pompadour et ceux virounont ont beaucoup de bonté pour moi. Tout cela ne fait : rômcnt au fond d«'s affaires, mais ces sortes d'alToctions pci no gAtiMJt riiMi n'pondant et peuvent être de grande conséqm les oocasii»ns. »»
y.iuin. «lurlinii's mi>is avant son dé]tart de Paris, le 2.1 j Katjuitz f'vrji .Mioi»n» : « Jai eu occasinu de causer aussi fort 1 dans la in«*Miii* maiinoo avec madame la marquise de Pompad lui ut dit beaucoup de choses que je suis bien aise qu'elle Koi. »
CHAPITSB XECTIÈME. HS
x>mber, dans ses ambitions flattées* les ba* ce traité qoi déliTrerait la France de la charge embarras des subsides , si difficiles à obtenir, lit les mauvaises dispositions de FAngleterre )ect par la crainte d*exposer son électorat de ■e, et serait enfin la paix, une paix dont on ivait prévoir la fin. Madame de Pompadour du premier jour, dans les idées de M. de K qu^elle proclamait bien haut une tèle miellé, une tête carrée (!) ; mais, rencontrant Top- D des ministres, Topposition du conseil tout elle dit à M. de Kaunitz qu'il fallait attendre, Falliance avec la Prusse était encore trop (2). Kaunitz était trop habile pour insister. . remplacer par le comte de Starhemberg et »nna au temps le soin^de faire germer ses ; dans la tête de madame de Pompadour. [ant ce temps, les Anglais s'étaient emparés t et de VAlcide (1755); ils avaient porté la dans nos colonies américaines, mettant à a légèreté de notre ambassadeur à Londres,
loires de madame du ffausset, -> Un jour que madame de Pomirlait dans ces termes de la tête du ministre autrichien, quelrchant à tourner en ridicule la coilTure de TExccllence sur ,uatre valets do chambre, armés de soufflets, faisaient voler sence de la poudre, la favorite reprenait vivement : « C'est qui fait couper la queue à son chien pour donner à parler aux et détourner leur attention des choses qu'il voulait leur cacher. » ame de Pompadour avouait plus tard à Bcrnis que Kaunitz, ion ambassade, Tavait souvent sollicitée d'engager le Uui au l'Impératrice avait de s'allier avec la France, et madame de ir était arrivée à disposer entièrement le Roi en faveur d« ince.
lai MADAME DE POMPADOUR.
M. de Mirepoîx, qui, tout entier à soutenir sa réputation de galant homme et sa gloire de beau danseur, se laissait amuser pendant six mois sur leurs pirateries, et nous laissait enlever 10,000 matelots.
Malgré les répugnances du Roi et du conseil, il fallait se décider à une guerre. Mais une guerre entre la France et TAngleterre ne pouvait être un spectacle pour les autres puissances : elle devait entraîner TEurope à sa suite, derrière la lutte des deux peuples. 11 était nécessaire de s'armer au dehors, de continuer ou de changer les alUances, d'acepter l'offre d'une alliance de l'Autriche ou l'offre du renouvellement de l'alliance avec le roi de Prusse , alliance finissant au mois de juin 1756. Le conseil était divisé sur cette grande question. D'Argenson, voulant, en qualité de ministre de la guerre, une guerre de terre, était disposé à accepter les propositions du roi de Prusse. ïlachault désirait que la France s'en tînt à une guerre maritime ; il avait pour lui Puisieux, Saint-Séverin, le maréchal de Noailles. Rouillé appuyait publiquement d'Argenson , mais avec des restrictions met taies et de secrets efforts en faveur de la politique de madame de Pompadour et de l'abbé de Bemis , qoi n'entrait pas au conseil, mais auquel madame de Pompadour communiquait tout.
Dans le temps de ces tiraillements et de ces diri' sions du conseil, qui jetaient l'epabarras , le trouUei un ton d'ambiguïté, un air de mauvaise foi dans nœ ■* relations avec l'étranger, les indiscrétions deil^