‹ Madame de PompadourChapitre 80 sur 205 · CHAPITRE NEUVIfiMB · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIfiMB

fil de perles autour d'une miniature. Il possédait la douceur, Tenjouement, un tour de caractère voluptueux et tendre, une onction galante; il était actif, frétillant, et il était encore plutôt que Tami des hommes, Tami des femmes, dont Tamiiié, dit-il dans ses Mémoires , est plus tendre , plus délicate , plus généreuse, plus fidèle, plus essentielle. Que fallait-il de plus en ce temps pour faire un déli^ cieux abbé? L'abbé de Bemis devenait bientôt, comme disait le temps , « rare et de mode )) , naturellement, par lui-même, et sans qu'il soit besoin de s'arrêter à la légende d'une marchande de modes le protégeant et le présentant aux dames avec les chiffons qu'elle leur portait (1). Introduit par Duclos dans le bureau d'esprit de madame de Tencin , où quelques poésies annonçaient joliment sa petite muse , il continuait à demeurer au cul-de-sac Dauphin , et à solliciter avec résignation le privilège du Mercure de France, lorsqu'une bonne fortune lui arrivait : il devenait le cavalier servant de madame de Coorcillon , la veuve du prince de Rohan , et s'occupait fort à la consoler du veuvage (2).

Mais cette dissipation, cette vie insoucieuse, et dont le plaisir était la seule affaire , étaient fort mal vues par Saint-Sulpice et par le cardinal Fleury, qui avait promis au père de l'abbé de Bemis de faire la fortune de son fils. Le cardinal mandait

(1) CorrespondoHce du cardinal de Bemis avec Pàris-Duvemey, Lon-

, 1790. Notice historique («) Jbid.

Tabbé, et lui déclarait que, lui vivant, il n'obtiendrait jamais aucun bénéfice; à quoi Bemis répondait : « Monseigneur, j'attendrai (1). » Et il reprenait sa carrière de paresse et d'agitation mondaine, et gardait sa philosophie épicurienne, oubliant de presser l'avenir et de s'apprêter pour la fortune, fort indifférent aux indifférences de sa famille qui

(1) Voici le récit de Bemis. Nommé au canonicat de Brioade en 1739 et de retour à Paris en 1741, Bemis prend la résolation d^aroir iiiM explication avec le cardinal Fleory : « Barjac, ce famenx yalet de chambre à qui presque toute la cour avait fait des bassesses et q<û ne s'était jamais méconnu, me ménagea une audience de son maître. Il m'annonça à Son Ëminence que je crois encore voir appuyée sur une petite table, un grand chapeau sur la tête. En m^entendant nommer, il me salua et me dit en branlant un peu la tête : Ah ! ah ! Je m^aTinçai avec une contenance modeste mais assurée, et je lai dis : * MonsM' gneur, tant que j'ai été dans l'âge de Tenfance, j'ai respecté les j^éja* gés de Votre Éminénce; je suis aujourd'hui dans rage d'essayer de IflS détruire, l'honneur même m'en fait un devoir : je Tiens demandar à Votre Éminence comment si jeune, j'ai pn démériter an point de déplaire au Roi : de quoi suis-je accusé? Ai-je manqué à la relif^, à mon devoir de sujet ou à la probité?

« Monsieur, interrompit le cardinal, vous le prenei là sur un tonbia grave, on ne vous reproche rien qui attaque les principes. Mais vou n'avez point de vocation. — Vous me rassurez, répondii-je» Diaa smI est dans les cœurs ; et puisque Votre Éminence n'a rien d*e8sentiel à me reprocher, j'ose réclamer les bontés dont eUe honore mon père; h je ne suis coupable^ Monseigneur, que des étourderies de jeunesse, j« vous en apprendrai plus qu'on ne vous en a dit et je ne me croirai pti faire tort dans votre esprit : tout le monde a été jeune : ainsii je Bi^V* Votre Éminence de venir à mon secours. » Je vis, vers la fin de ai harangue, que le front du Cardinal s'obscurcissait; il m'interrompit titt humeur et me dit avec dureté : « Oh! monsieur, tant que je#Rll| vous n'aurez point de bénéfices. — Eh bien ! Monseigneur, /aMomM " en lui faisant une profonde révérence.

« J'aperçus, en me retirant, que le Cardinal avait trouvé le mot boBi ce fut lui qui le divulgua. Et toute la bonne compagnie de la cour et dt la ville l'accueillit avec applaudissement. On trouva ce mot single, 10ble, courageux et décent. Il blessait un vieillard et le déaainiait « môme temps. » {Mémoires inédits du cardinal de Bemis,)

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