‹ Madame de PompadourChapitre 81 sur 205 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

ne faisait rien pour lui, vivant de son traitement d'académicien, rendant service à ses amis, sans souci de lui-même , et étonnant un monde , où chacun se hâtait vers une espérance, une ambition, une position, par la grâce et par cette espèce de dignité simple et aisée avec laquelle il se contentait du présent et portait la pauvreté. Les plus grands rêves qu'il bâtissait, quand il se mêlait par hasard de bâtir sur l'avenir, n'allaient point au-delà d'une abbaye de 6,000 livres de rentes ; et cependant par moments il y avait en lui des pressentiments qui , sans l'enfler, se faisaient jour dans cette parole à ses camarades de séminaire, à Montazet, depuis archevêque de Lyon, à La Rochefoucauld, depuis cardinal, l'engageant à se mettre en chemin pour arriver : « J'ignore quand je prendrai ma résolution de me mettre en chemin; mais ce que je sais, c'est que dès que je l'aurai prise et que je commencerai à marcher, je me trouverai devant vous (1). »

En attendant que l'abbé commençât à marcher, madame de Rohan-Gourcillon (2) , très-liée avec ma-

(1) Notice de Loménie de Brienne à la suite des Mémoires de madame du J5fauê$et.

(t) B«mi8 raconte cette jolie anecdote sur sa protectrice : a Un jour (c'était en 1745 à la suite d*une maladie causée par le chagrin et le regret de ne pouvoir payer ses dettes montant à 12,000 liv.) que je rentrais ches moi, j'aperçus une boite bien ficelée à mon adresse ; je rouvris, je trouvai un billet où je lus ces mots : u On connaît votre situation, vous voulez payer vos dettes, vous trouverez dans cette boite 12,000 fr., on se fera connaître à vous quand vous serez en état de les rendre. » J'attribuai ce procédé noble à cent personnes de ma connaissance qui n'y avaient point songé. |Je n'appris que deux ans après que je devait rhommage de ma reconnaissance à une des plus

dame d'Étiolés et madame d'Estrades » le menait à Étioles (1), dans ce moment où madame d'Étiolés, retirée et retraitée dans sa terre pendant la campagne du Roi de 1745 , avait Tordre de ne voir aucun homme, s*ennuyait presque, et se trouvait dans cette disposition d'esprit où un hôte qui survient semble un ami qui arrive. L'intimité se fit vite entre celle qui devait être madame de Pompadour et ce bel esprit sentimental, qui composait sous les regards de la châtelaine d'Étiolés les Quatre partiei (b jour. La liaison se resserra et se fortifia par le besoin que madame d'Étiolés avait tous les jours de la plume de Bernis , pour sa correspondance amoureuse avec le Roi.

Puis , quand madame d'Étiolés devenait madame de Pompadour, quand elle était la favorite, le Roi, qui se prenait d'une véritable affection pour son abbé, désignait Remis pour être de la compagnie habituelle, de la société de tous les jours qu'il imposait à sa maîtresse; c'était comme un précepteur, comme un directeur qu'il voulait lui donner pour la guider dans les convenances d'une cour, et

belles femmes de la cour que je connaissais à peine et qiiim*aTtftNtai la permission d'aller chez elle ; ce ne fut même que par hasard qno, n^ contant mon histoire à la princesse de Rohan-ConrciUon, je flu écUii comme d'un trait de lumière : « Ah ! lui dis-je, ah ! c*est Yont, lladaail « Elle se défendit, mais je lui fis sentir qu'il ne convenait paa à M gentilhomme d'ignorer si longtemps à qui il avait obligation. J*ai ftgti cette amie dont Tâme était aussi noble que la figure, qae les tamwÊi avaient déchirée, mais qui n'avait d'autres défauts que ceux de renftfttillage et d'une trop grande sensibilité. » {Mémoires midUê Ai de Bernis.) (1) Le Conteur, 1784, t. II.

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