CHAPITRE NEUVIEME
lui apprendre Versailles. Bernis, recommandé à Boyer, qui avait la feuille des bénéfices, voyait Boyer qui lui promettait un évêché s'il voulait prendre la prêtrise. Bernis refusait; il déclarait, avec cette bonne foi qui sera toute sa vie la grandeur de son caractère , ne se sentir aucune disposition à la prêtrise ; et il se remettait à attendre le plus patiemment du monde. Le Roi se décidait alors à lui donner une pension de 1,500 liv. sur sa cassette et un logement aux Tuileries (1), oh madame de Pompadour avait Tamabilité de lui faire une grande joie, la surprise d'un meuble de brocatelle (2).
Avec ces 1,500 liv. de pension, l'ambition vint tout à coup à Bernis , comme l'ordre vient à certains jeunes gens avec un héritage. Il voulut, puisqu'il avait commencé , compléter la somme de son rêve , mener sa rente à 6,000 liv. Mais, poussant cette très-modeste ambition , il trouva de si grandes diffi-
(1) Malgré ma grande faveur, dit Bernis, je n'obtins au commencement de 1746 qu'un logement au Louvre et une pension de 1,500 liv. sur la cassette; cet état médiocre a subsisté jusqu'en 1751. En voici la raison : je n*étais point avide, je suais jusqu'au sang lorsqu'il fallait que je parlasse de mes affaires ; madame de Pompadour a obtenu da Roi plusieurs grâces auxquelles les ministres ont toujours mis obstacle.
(2) Au fond, par le ton d'un billet de madame de Pompadour à Pftris- Dovemey, billet antérieur à la nomination de Bernis à l'ambassade de Venise, Tabbé ne semble pas encore jouir de la grande faveur auprès de la favorite : « J'ai oublié, mon cher nigaud, de vous demander ce que verni aves fait pour l'abbé de Bernis, mandez-le moi, je vous prie, car il doit venir dimanche. » Il est vrai que dans une autre lettre, elle dit au ■éme Duvemey comme dans un reproche qu'elle se ferait u ... car je noff encore pu faire de bien à l'abbé, c'est le seul de mee omis qui soit dems ce cas. n
cultes à attrapper les petites choses, qu*il se demanda/ un beau jour s'il n'était pas plus facile de parvenir aux grandes (1). Et presque aussitôt le familier de la Pompadour et de la d'Estrades , appuyé par le prince de Soubise et le duc de Nivernois, que stimulait encore la princesse de Rohan, obtenait Tambassade de Venise (2 novembre 1751) (2).
Il est facile de concevoir les étonnements et les jalousies de la cour, les alarmes et les mauvaises dispositions de Topinion publique , lorsque la faveur de madame de Pompadour prenait l'ambassadeur, à son retour de Venise au mois d'avril 1755 (3), pour le porter au ministère des affaires étrangères. Ministre des affaires étrangères 1 ce gentil griffonnenr de rimes, ce poëte qui fleurissait le corsage des dames, et que Voltaire appelait la bouquetière du Parnasse, ce petit abbé coureur de ruelles (4), crt
(1) u Je dois remarquer ici, écrit Bernis dans ses Mémoires, qaeptfr dant dix ans de faveur je n'avais pu obtenir douze à quinze miUelinct de rente, à quoi je bornais toute mon ambition. Ainsi, il est pran qu'il m'a été impossible de faire une fortune médiocre, car, dès que Jan pris la n^solution de m'élever au grand, on me jeta les ambaastâflii la tète. »
(2) Bernis ne partait pour Venise qu'en octobre 1752.
(3) Le Roi, dit d'Argenson, lui donnait à son arrivée rabbajs ^ Saint-Arnould qui valait 30,000 liv. de rente. — Boyer, dit Bernii,*' manda Tabbayo pour moi « avec toutes les grâces du monde ■•
(4) Depuis des années, il y avait une réforme complète danslaTÏ»* rabbo mondain. Il dit, dans ses Mémoires, que cela avait comvMté^ l^ jour où il avait été reçu comte de Lyon. « Dès que je Ais membw* 1.^ l'Église de Lyon, je renonçai à la fréquentation des specUdet *^ 1^