‹ Madame de PompadourChapitre 83 sur 205 · CHAPITRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIEME

autre abbé Bichon , Tabbé de compagnie de la favorite, à qui tout à Theure on avait vu la bourse si plate, l'appétit si modeste... C'était pour le public du temps une fortune étrange, un de ces scandales d'élévation sur lesquels les chances et Timprévu des révolutions ont depuis blasé la France, mais dont alors le règne des maîtresses commençait Tessai et inaugurait l'exemple. Cependant les préjugés avaient tort contre Bernis; Tabbé ne méritait pas les défiances que lui valait son passé; son esprit était supérieur à son air , son âme à son ton , son cœur à ses goûts; ses dehors de légèreté, son attitude aimable, cette façon de jouer avec les choses graves et d'être spirituel dans le sérieux étaient les dehors du siècle et du ministère, de Choiseul, de Maurepas , des ministres même qui ont laissé après eux la mémoire la plus digne , et comme une gloire sévère. Faut-il citer M. de Malesherbes, qui s'oubliait à faire des camouflets , à brûler des papiers sous le nez de ceux qui venaient l'entretenir? Bernis avait autant de fonds que tous ces hommes étourdis d'apparence.. Il y avait en lui la force cachée de certaines natures , et la profondeur de ces personnages doubles , affectant de paraître tout occupés de plaisirs, de monde, de soupers et de bals, s'y abandonnant peut-être , puis s'en relevant tout

cour et de la ville : co sacrifice me coûta beaucoup. J'en fis un autre qui me parut moins pénible, ce fut d'abandonner le genre frivole de la poésie. L'histoire, la politique et la morale devinrent mes seules occupations. Je voulais accoutumer insensiblement le public à me regarder comme on esprit sérieux et propre aux affaires. »

à coup, et devenant, dans le secret de leurs veilles, de souterrains travailleurs , ne se fiant à personne, rédigeant et recopiant eux-mômes leurs dépêches jusqu*au jour. Dans ce rôle, le peu de sommeil dont Bernis avait besoin fut une ressource précieuse (1). On le vit, pendant la négociation du traité de Te^ sailles, passant toute la journée à la cour, toutes les soirées en compagnie , au jeu qu'il n'aimait pas, pour dérouter Tespionnage des ministres en place, . et leur dérober Ténorme travail de ses nuits. A l'exemple de Ghoiseul , Bernis apportait encore an ministère la finesse , le tact, ces formes insinuantes, ces adresses heureuses, cet usage et ce maniement délicat des individus, que donne le commerce de la femme, et qu'il avait révélés par h manière dont il avait obtenu communication do traité secret entre la Sardaigne et l'Espagne, pendant un séjour de trois jours à Turin. Il les montrait encore à Venise lorsque, par ses relations avec un ancien amant de la maîtresse de la Ensenada , il apprenait à Versailles , contradictoirement aux dépêches du duc de Dupas , ce qui se passait derrière les rideaux du roi d'Espagne à Madrid, et prophétisait le mois , la semaine de la chute du ministre espagnol (2).

L'abbé de Bernis avait donc plusieurs des qualités

(1) Loménie de Brience assure qae jusqu'en 1786 rabbé de BmIi ne restait pas plus de cinq heures au lit.

(2) Notice, par Loipénie do Brienne.

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