CHAPITRE NEUVIÈME. fl
du ministre, le travail, rinteïligence des moyens, une certaine séduction personnelle, et même du bonheur; il avait encore de la modestie et du bon sens. Dans cette affaire de l'alliance d'Autriche, il eut le courage des représentations et la conscience des réserves. C'est éclairer d'un jour faux la figure du ministre, que de le peindre, dans cette négociation, allant en avant de son plein gré, et appartenant personnellement aux idées de madame de Pompadour. Bernis, cœur timide, esprit pessimiste, 6tait incapable d'être entraîné par un grand changeaient des alliances de la France; il appartenait i*ailleurs, vis-à-vis de l'étranger, presque superstitieusement, avec toute la diplomatie française, à la lieille politique française, à la politique anti-autrichienne. Bernis ne fut donc point, comme on l'a clonné à croire, un instrument docile, patient, asservi, entre les mains de madame de Pompadour. Il t*efrrayait de ce renversement d'une tradition d'ailtiances à laquelle la France était habituée. Jusqu'au dernier moment, il était alarmé de la crainte de dioquer les susceptibilités de l'opinion, ses préjugés même. Par ce traité, il voyait le Roi suspect au corps des petites puissances germaniques qui cessenient de le regarder comme leur protecteur et le garant du traité de Westphalie. Il voyait dans un avenir prochain la France entraînée dans une guerre dont elle fournirait les frais et supporterait les dépenses; et il appuyait vivement auprès de madame de Pompadour sur les reproches qu'elle aurait à su-
bir de la nation, sur le refroidissement qu'elle pouvait trouver auprès du maître, dans le cas d'une issue malheureuse (1).
Cet craintes, ces objections, les menaces même des conseils de Bernîs, ne troublaient en rien la résolution de madame de Pompadour qui travaiM plus vivement Tesprit du Roi. Elle occupait, séduisait, effrayait sa pensée par tout ce qui transpirait dans les conversations de Starhemberg des dépêches de rhabile ministre autrichien (S). Elle encourageait les instincts qui le portaient à une alliance avQC rimpératrice. Elle envenimait habilement la répulsion que Louis XV avait pour le roi hérétique; elle ranimait le souvenir des plaisanteries de Frédéric SUT les amours du Roi de France (3). E31e parlait
(1) Mémoires secrets, par Duclos.
(2) Nous lisons dans une dépêche : « Persuader à une grande poii' sance que le système sur lequel EUle a monté tous ses reuoirta foEAques est contraire à ses intérêts. Lui démontrer que le moyan qii*B8i croit unique pour se tirer d'embarras vis-à-vis de TAngleterre us TSMt rien. La convaincre qu*Elle prend de fausses mesures en soutensitlB Roi do Prusse qu'Elle regarde cependant comme rarc-bontant de M Alliances ; en un mot, déraciner son ancienne rivalité contre la mslMt d'Autriche... » Nous lisons dans une autre dépêche : « Siridéedlii^ ger immense pour la France dans Texécution.de la ligne entre rAt" gle terre, les cours de Vienne et de Pétersbourg, le Bol de RnuiSilM États généraux et plusieurs autres Puissances, pour laquelle laoourii Londres se donne actuellement des mouvements et qu'elle ponaseraiMO son impétuosité accoutumée, n'ouvre pas les yeux à la cour oà vi* êtes et ne lui fait pas sentir que, pour faire échouer ce projet, fla^i pas de temps à perdre, il semble qu'il faudra renoncer à Teapolr dsM voir prendre jamais un parti conforme à son intérêt d'État et àla^oin d'une aussi grande monarchie. On ne devrait pas lui supposer cet aidi d'aveuglement, cependant vbstigia terrent. »
(3) Madame du Haussot dit : « Le Roi n'aimait pas le Roi de qu'il savait faire des plaisanteries sur la vie qu*il menait et