‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 101 sur 133 · L'AFFAIRE D'ANTRAIGUES · texte numérisé non relu

L'AFFAIRE D'ANTRAIGUES

« Je suis comme un fondeur de cloches. Je n'ai jamais ouï parler de cette affaire ni d'un certain Espinassy (ce d'Espinassy avait été le complice puis le délateur de d'Antraigucs). D'Antraigues ne m'en a pas dit un seul mot en sa vie. Je reçus hier une lettre d'un homme qui signe Lamolhe et que je ne connais pas plus que l'autre et qui me mande que dEspinassy est en prison.

« Je dis en le lisant : Ma foi ! il y peut rester ! Qu'est-ce que cela me fait? Je ne connais cet homme ni d'Adam ni d'Eve. Je ne suis pas femme à recevoir la proposition de 1,200,000 francs ni de \2 millions. Il n'y pas d'homme assez hardi pour me j)roposer l'alfaire, et s'il s'y était hasardt", la première fois il serait rcru de faron à n'y pas venir une seconde.

« J'cMivoie dans ce moment chercher d'Antraigues pour m'en expliquer avec lui et ne le voir de ma vie s'il a commis pareille noirceur et infamie.

« Vous pouvez conq)ler([iie je suis comme une folle de colère et de fureur, de ce que, n'écoutant pas mes meilleurs amis sur des propositions raisonnahles, on croie que j'irai me livrer à une horreur pour laquelle je voudrais (|ue d'Espinassy fut pondu, jtiiisriu'on a (Hé dans l'obligation fâcheuse de charger assez le peuple, sans qu'un malheiH-eux comme celui-là forme encore le projet d'une nouvelle alVaire qui en elle est abominable. Vous pouvez montrer ma lettre à celui (]ni a fait 1 inlci'i'ogatoire. Il me fei'a [jlaisir d'inlerrogcr cet homme pour savoir s'il m'a jamais vue ou parlé de sa diabolique aif aire .

« M. d'Antraigues parlera aussi de son cùti' et dira s'il m'a jamais rien proposé qui ressemblât à cela.

« Je suis dans une colère telle que je ne me possède plus. Je vais m'expliquer en présence du contrôleur gêné-

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rai, (le du Vernay et de M. le Duc avec dAulraigues. Je n'ose croire mon ami capaljle <Ie tout ce qu'a dit l'homme ([ui est en piison, mais si cela est, je vous réponds de ne le voir de ma vie. Je vous avoue que si l'on venait me dire demain que j'ai assassiné sur un grand chemin, je n'en serais pas surprise après ce qui m'arrive. »

« Adieu, faites connaître mon horreur pour de somi)lahles choses. Vous ne pouvez rendre une plus grande justice à la vérité. »

Ce d'Antraigues avait bien eiïectivcment abusé de son nom. Elle le tenait entre ses mains. Elle dédaigna de se venger. Il put s'enfuir en Belgique. C'était le meilleur parti qu'il pût prendre.

Tant d'injustices ravaicnl raiiiuK'e. Elle était excédée de fatigue et d'émotion. Vai ces (juelques semaines elle avait prodigi(;useinent maigri. Elle n'avait plus qu'une léle sur im corjis d'araignée, déclarait dans la suite d'Argenson,qui du reste, lorscpi'il s'agissait d'elle, trempait sa plume dans du (iel.

Elle avait dominé et la fatigue et la propension au découragement })ar un surcroît de travail. Suivant l'abbé Leuendre,elle lassiiil à cette d.ilc non point un. niais deux ou trois secrétaires.

Était-ce l'andiilion seule, était-ce le désir de se riMiilrc utile au premier ministre (pii l;i guidait? Ses contemporains ont tous 0})iné pour le premier de ces sentiments. Selon nous, elle obéissait à l'un et à l'autre en même temps, car si d'une part elle ressentait pour M. le Duc un réel aliachemenl. d'autre })art son esprit résolu, stimulé par l'instinct de la, conservation, la portait malheureusement à s'occuj)er de l'Étal. Nous disons malheureusement, })arce que son inunixtion y fut incontestablement fatale à son prince conmic à elle-même.

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Mais ('tait-cllc à nièino trapprécier saiiuMiiciit les clioscs au milieu du touihillon qui remportait? Et pouniuoi n'aurait-elle pas cherché à se défendre des coups qu'on lui portait (h' (luujue côté?

Lorage grandissait à cliaque heure; une récente mesure (le rigueur à l'égard du parlement avait accru son hostilité antérieure.

M. le Duc venait de l'aiie accei>tcr du Koi un é.lit par le(iuel les conseillers de ce grand corps (pu n'avaient pas (hx ans d'exercice étaient dorénavant exclus de toutes assemhlées publiques, soit reconnus inca[)al)les de fournir leurs avis dans la moindre ail'aire d'l^]tal. « Une façon, écrivait lîari)ier, de les punir de ce qui s'est passé pour rnllairc (h', M Le Blam-. — « Ainsi, remar(|uait de son côté .Marais, on fait taire phis de cent personnes d'une fois. Il n'a fallu pourtant ni lettres de cachet, ni mousquetaires, ni lrans[)url connue en 1720. C'est un coup de foudre pour h; parlenienl. L;i cour est sure dv la plupart des anciens, (pii ont l)esoin d'ehe relativement à l'étahUssement de leurs farniHes et elle inqjose silence aux jeunes qui voudraient parler et s'instruire. Voihi ce qui leur arrive d'axoir innocenté" .M Le lîlanc! »

A ces atlaqu|ïs, qualili(''es pnr la nation de (h'teslahles ahns de pouvoir, le jtailemenl npliquiiil connue à son ordinaire, par le refus d'enregislier adssi liicn ceté'dit(|ue celui du cnKpiantième deniei*.

Sur (pu)i AL le Duc et son conseil, à leur lour. estimaient un lit de justice n('C(>ssaire.

Ce lit de justicç, tenu le <S juin. a\ail donni' lien ;i une protestation silencieuse, mais non moins signilicative, de la population et des parlementaires opprinu'S. Aucune des acclamations hahituelles sur le passage de Sa Alajcsté : le parlement en nombre et glacial; M. le Duc se dissi-

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