‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 102 sur 133 · MADAME J)E PRIE · texte numérisé non relu

MADAME J)E PRIE

mulant, affirmait-on, derrière le comte de Charolais son frère; le garde des sceaux d'Armcnonville, chargé de faire connaître les intentions du Roi, liredouillant en lisant une harangue apprise par cœur depuis deux jours; seul l'avocat génci'al. Gill)ort de Voisins, maître de sa parole et de sa contenance en développant les griefs du parlement et sa douloureuse soumission h la violence.

Tout le monde avait é'té ému jusqu'au fond de l'âme, au dire dim assistant ; le jeune Roi, très affecté et ne pouvant reprendre sa gaieté qu'à l'Iieure oi^i son carrosse l'emmenait sur la route de Ciiantilly. Bref, l'impression en avait été profonde dans toute l'étendue du pays.

Cela constiluait de i)ien mauxais ap[)oinls pour M. le Duc et sa maîli'esse. El cependant les suites possibles de cette dt-saffection du pays vis-à-vis d'eux les troublaient assurc'menl moins (jue les agissements des prisonniers lih(''r(''s de la Raslillc cl hi conduite ambiguë de l'cvèque de Fi'éjus.

Le lilanc, les R(>ile-lslc cl leurs associés élaieiit depuis, les prcniicrs jours de mai au lieu d(! lem* exil.

L acic (pii les y avait enxoyés n'(''tait, à vrai dire, ni un acte de ch'inence ni un acte de correction, mais tout cela ensemble. Ironcpu' et incomplet.

Aussi a\;îil-il m('conlenl('' de la même façon les défenseurs et leurs adversaires.

Ceux-ci considéraient ce cbàliment connue fort inférieur à ce qu'il aurait du être: ceux-là, partisans des légitimés ou de la maison d'Orléans, s'élevaient contre ce qu ils iKunmaienI une illégalité, un soufflet au parlement.

LES EFFORTS DE LA CAiîALE 249

Les exilés, eux, partageaient, on le comprend, ce deuxième mode d'envisager les choses. Quant au public, il voyait seulement en cet ('véncment leur sortie de prison, dont on avait au demeurant accueilli raniionce avec joie par toute la France. « Ce tait toujours ne plus être sous les verrous, » s'écriait-on à haute voix, tandis que plus bas on ajoutait que rien maintenant ne les empêcherait })lus d(; renouer leurs intrigues passées.

De fait, les deux cents lieues (jui st'paraient les }dus éloignés d'entre eux ne pouvaient arrêter les correspondances ni les comnmnications [)ar ('missaires.

Le service de renseig;nenients de M. le Duc était trop bien fait pour (piil n'en eût pas éti' iurormt' au i"ur et à mesure, notannncMit de leurs jirotestalions indignées en apprenant la libéral ion complète (h', La Jonchère.

Ils avaient pu voir dans les gazettes, à la date du '2'.') juin, (jue le procès de Ija Jonchère et des autres accuses des quatre assassinats avait été jugé, qu'ils avaient été Ions renvoyés liors de cour, aucuru! accusation valable ne s'étant trouvée contre eux.

C'était donc eux qui restaient encore les [)lus fraj)pés et punis, et sur (pii p(>sait toujours malgr('' h)ul la UK'moire de ces crimes, tandis que La .lonclièi'c. dont ils admettaient fermement la Irahison et les débitions contre eux, était pleinement acquitté. Ils coiiijjreiiaient maintenant pourquoion a\ait ganlé rex-tiv'sorici- à la |{;islilb\ en feignant délrc si animé i^onlre lui. et (pi'au fond ils ;i\iiieiit été les vrais objfîts de la haine de M. le Duc.

Ces considérations avaient ravivé leurs rancunes. Un incident auquel on n'aurait pas prêté d'attention en temps ordinaire, mais qui, étant données les circonstances, comptait pour beaucoup, avait excité celles du duc d'Orléans et de ses amis en les poussant d'autant plus à tendre la

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