MA DAM K DE PRIE
jjiain à ses anciens alliés, par cela même à reconsLiluer la cabale de jadis.
Parti (le Paris pour Strasbourg, où il allait épouser Marie Leczinska au nom du Roi, le duc (POrléans avait dû passer par Metz. En y arrivant, il avait dcMiiandé (ju'on lui rendit les bonneurs auxfpiels il avait droit comme colonel général de l'infanterie, et qui était d"ètre escorté à son entrée, et durant son séjour, par un gros détacbement de la garnison. « On lui a répondu, écrivait Marais, que les ordres étaient de le rec(;voir comme prince du sang. Il a fallu s'expliquer, avoir de nouveaux ordres, et à la lin il a eu le bataillon coiiune colonel général. Ils n'ont pas été faciles, à la cour, diï lui donner ce i)etit désagrément dans son voyage.
Le luécontentement avait été très manjué au Palais- Uoval, surtout (jue d'autres griefs s'ajoutaient à celui-ci. Les familiers du duc d'Orléans prétendaient que si la reine d'Espagne, sœur de ce prince, avait été froidement reçue par Louis XV, la faute en revenait au premier ministre.
On en voulait égalcnicnl ;i .M . le Duc des séjours prolongés du Roi à (iiianlilly. On assurait que le premier ministre l'v attirait pour l'enlever du reste de la cour et l'indisposer conlriî ceux qui ne pactisaient pas avec le gouvernement.
Nonobstant, la cabale aurait encore oublié ces sujets de fàcberie, comme on disait à l'époque, à condition d'être délivrée de la crainte que lui inspiraient les succès, de la i'a\oi'ile au[irès de la reine, 'l'ous les l'apporls venus d'Alsace représentaient la manpiise comme ayant pris un ascendant 1res évident sur .'\larie. Le voyage qu'elle avait entrepris seule avec la ducbesse de Tallard, la réception qui lui avait été faite à Wissembourg, Pamitié étonnante
ARRIVEE DE LA REINE A EO.XT A I N I:B E E A U 2a I
dont la princesse polonaise l'avaiLhonort'e, son insistance à la garder auprès d'elle, à la consulter en chaque occasion, la correspondance établie enire elle elle roi Stanislas du jour où (dlc ('lait renti-('e à Paris, avaient |)long(' les adversaires de M. le Duc dans un ctonnenienL profond, puis dans une perplexité et iinalement une fureur non moins grandes.
Les plus sages du parti a\ aient bien conseillé à leurs collègues d'attendre la première entrevue des époux et les premiers temps de leur union, avant de se désoler à ce point. 11 se pouvait que Louis XV, dont on avait constanmient remarqui' la froideur pour les femmes, allant presijue jusqu'à rauti[)alhie, la lé'nioignàt ('•galemrnl à celte princesse, plus àgé-e en somni!' (pic lui, limid(.' et relativement j)eu st-duisanlc.
Il se pouvait aussi (pic, se plaisant lun à l'autre, la Keine oubliai toute all'ection antérieure d;ins sa ])assion pour ce jeune mari, beau comme l'amour, riiomnie le mieux fait de sa cour, de l'aveu de ses contemporains.
Mais ils n'avaient pas tardé à changer de langage lors- (ju'il leur axait ('li' doiuK' d'assister à cette rtniconlre de Fontainebleau oii le roi avait niontrf'. [tour posséder sa femme, une ardeur inattendue, où. comme on le racontait le surlendemain, il s'tHait impalienlc' plusieurs fois dans la journéi! de ne pas la \oir, Ijiiidis (piClle (Hait ;i sa toilette, « ou le soir, une fois (ju'elle eut ctc couchée, il s"(''tait jet('' dans le lit à peine (h'-.siiahillc. el a\-ec une\ivacil('' extraordinaire. »
Ils avaient uni leurs inal(''dicLloiis contre les (londé' à celles des plus inlraiisigeanls de la coterie, (juaiid ils avaient [)U ïivv. aux ikjuncIIcs du j<jur des aliiica.s de la teneur de celui-ci :
« Muie la marquise de Prie, qui est une des dames du
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palais, qui est aimable et de beaucoup d'esprit, s'est emparée de celui de la Reine. Elle lui a fait des caresses infinies. Elle l'a même brouillée avec les autres dames, SOS compagnes. »
Ou bien, lors du bal de M. le duc d'Antin, « qui fut cberclier la Reine à Strasbourg- au nom du Roi comme son ambassadeur. Ce seie^neur ouvrit le bal avec la Reine, laquelle dansa ensuite avec M. le duc d'Epernon, petit-fils de M. d'Antin, et la Reine lui dit de prendre Mme de Prie avant Mme la duchesse de Montbazon et la duchesse de Tallard, qui est Soubise en son nom, aussi la Reine a eu tort en cette occasion. »
Eux aussi ils se récriaient passionnément contre cette incorrection, se refusant à admettre que Marie Leczinska, en sa quahté d'cHrangçre et d'Allemande, pût manquer à l'étiquette si pointilleuse de Wvrsailles, comme une autre reine plus malheureuse le (il si IVéquennnent après elle.
Ils protestaient contre de pareilles inconséquences, mais surtout contre le danger d'une femme perdue qui, par l'empire (ju'elle avait su prendre sur une princesse l)-<)ni])('e par sa duplicité, envahissait tout, confondait tous les rangs, se pn-parait en un mot à perdre l'Etat.
D'ajtrès mix, la l{eine ne pensait manifestement qu'à })laire au Roi, le Roi qu'à cliasser, à paraître aux fêles, à voyager de Versailles à Rambouillel, de Rambouillet à CJuintillv ou il Marly. Le gouvernenKMil. on pouvait dire le trône, était vacant. Si on n'y prenait garde, cette femme l'occuperait sous le couvert de M. le Duc.
Or le royaume traversait des années d'extrême détresse, alors (pie le premier ministre et sa maîtresse se préoccupaient uniquement de satisfaire à leurs goûts ou à leur besoin d action.
Tels étaient les discours tenus par les principaux mem-
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brcs (le la faction Orlruns, Iriiitiiiiés et cxilt's. Ils n'avaient en somme rien pour émouvoir M. le Duc et Mme de Prie, sauf en ce qui concernait les malheurs du peuple. Il était certain que, du moment où la marquise plaisait à la Reine, que du moment où, conformément à son programme, elle opposerait cette nouvelle puissance aux ennemis du gouvernement, elle provoquerait de la part des autres autant de jalousies féroces que de reproches virulents.
Et de fait, si la ligue des mécontents n'avait du englober que les adversaires habituels de M. le Duc, elle n'aurait pas été fort redoutable.
Ce qui en fit la force, à cette date, était l'approbation que la nation, puis des personnages comme Fleury lui donnèrent tacitement ou ouvertement.
Le peuple était réellement très malheureux, dans les (jémissemeuts, écrivait-on à la fin d'août. Le pain valait sept à huit sols la livre. Encore avait-on grand'peine à se le procurer à ce prix. Une saison elFroyable, des pluies continuelles avaient pourri les blés. Mais au lieu d'y voir les méfaits du temps, la nmltitude persistait à en accuser M. le Duc, les Paris, qui resserraient les blés, et Mme de Prie, qui, selon la conviction populaire, partageait avec eux les énormes bénéfices de ces vilaines opérations.
D'Ombreval avait été sacrifié. On l'avait envoyé comme intendant à Tours, poursuivi de l'exécration générale. Il y remplaçait Dérault par un chassé- croist' (jui anuMiait celui-ci h la lieutenance générale de police, sans pour cela interrompre ni la pluie ni la misère.
La clameur contre le ministère se généralisant, la cabale en avait profité pour attirer à elle tout ce qu'elle avait pu des gens du commun comnK^ des gens de (pialilé, surtout un bon nondu'c (le ces derniers. Elle avait réussi à ébranler