‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 104 sur 133 · MADAME I>E PRIE · texte numérisé non relu

MADAME I>E PRIE

la confianco des autres. Des ministres comme Dodim, Morvillc ou Brcteuil, si dévoués cependant dans la forme à M. le Duc, commençaient à réfléchir sur les suites possibles de l'aventure où ils s'étaient cnd)arqués. Yillars liil-iiiéiiie prétextait la nécessité du repos à la campagne ])our se dispenser, pendant un mois, de figurer au conseil jusqu'à ce qu'un message j)r('ssnnt du premier minisire eut vaincu ses répugnances, comme il le raconte naïvem(>nt au cours lîe ses ]\ïémoii'(\s.

Mais, événement d'une portée bien plus considérable : l'évéque de Fréjus et précepteur du roi, Fleury, avait peu à peu été gagné à. la cause des dissidents. C'était sans conteste la plus importante acquisition qu'ils eussent encore faite.

Non pas que Fleury eût cédé principalement à leurs obsessions. Il s'était décidé au contraire à ce changement de front bien plus par des considérations toutes personnelles que pour complaire à la faction. Néanmoins le résultat demeurait le même. Kn rom[)ant avec M. le Duc, il marchait forcément avec ses anciens ennemis.

A dire vrai, il goûtait assez ce prince. Il devait, en Iiomme d'I^^tat qu'il était, le préférer, lui et sa politique, à cette réunion de jxîrsonnages brouilhjiis, agités, sans vues étendues, sans idées arrêtées qui composaient le cénacle du Palais-Royal. Il avait même plus soutenu le premier ministre que celui-ci, rendu méfiant par les difficultés de sa situation, n'avait voulu l'admettre.

On assurait, après coup, (juil avait été pour infiniment dans la facilité avec la(juelle le roi avait laissé aller le ministère au chef de la maison de (iOndé, qu'il avait endoctriné à l'avance le jeune monarque, en lui désignant ce candidat comme le seul convenable au bien de l'Iûat. Il n\ ait toujours appuvé ses motions au conseil. Il ne s'était

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permis de dillV-rcr apertemcnt (ropiiiioti avec M. le Duc qu'au sujet du renvoi de l'infante, considéré j)ar lui. Fleury, comme li'op pn-cipili"; puis lors des dernières lois de finance.

Au fond, ce prélat, sidiverseinent jugé et si souvent et si fortement accusé de l)on nond)re d'actions peu iionoi'a])les, oht'issnil. il nous semble aujonrd'liui,à divers senlimcnls dont l'ambition, mais surtout à l'idée maîtresse de conserver l'esprit de son élève sans partage, tout en le veillant par dévouemenl et le gardant de tout accident, de tout entraînement, comme l'avail d<''jià rèv(' le vieux Villeroy avant lui. lien avait fait larègle immuable de ses actions depuis le temps de la [{('"gence et sous .)!. le Duc, avec l'entier assentiment du ji^une Roi, nous ajout(M'ons môme à la prière instante de celui-ci.

Grâce à cette intelligente compridiension de ses forces, il possédait des avantages égaux h ceux du premier ministre sans avoir les inconvénients de sa cliarge, ])uisquc l'ensemble des affaires passant invariablement par le Roi et restant toujours soumis à sa décision, lui Fleury, qui le conseillait, y avait en fin de compte autant de part que M. le Duc qui les préparait, alors qu'on ne pouvait lui reprocher de malencontreux ('dits au bas desquels son nom ne paraissait pas.

L'ambassadeur d'Angleterre, VValpole, frère du grand ministre et oncle d'Horace W'alpole, avait bien apprécie* l'habilclc de cette conduite (piand il ("crivait à sa cour aux premiers jouis de 1 7:^."» : « Je n ai mancpK' de complimenter M. de Fré'jus sur la sagesse et la prudence qu'il montre dans la direction de son royal édève : en ell'et, au moindre soupçon de ce qui peut se dire ou se faire, il s'empresse de doimer à Sa J\Iaj<'sl('' rim[)ression (juil croit juste sur le point dont il s'agit et il v trouve sa ri'com-

pense dans l'affecLion sans rivale ({ue le Roi lui a vouée. »

Aussi l'évêque était-il ferme sur ce point. Il n'acceptait pas même en pensée le partage de la confiance de son élève et jus(ju'à la tentative d'v parvenir. Il avait inlirnié de cette façon, comme on le disait plus haut, le projet de mariage de Louis XV avec Mlle de Vermandois, chez qui il pouvait entrevoir une concurrente.

11 avait également accueilli l'annonce du choix éventuel de la princesse de Pologne comme reine de France avec une froideur très mar(jU(^e. Il avait eu vent sans doute des relations existant autrefois entre Stanislas et Paris-Duverney. Le dernier des Paris avait consenti plusieurs avances de fonds au roi (h'drôné. Il avait communiqu('' avec lui à ce propos, l'avait vu à diverses reprises. Au moins le bruit en avait-il couru avec persistance à Paris.

Fhiury était donc autorisé à croire que par du Vernay Mme de Prie retrouverait son terrain à Wissembourg, qu'elle y serait dès le premier instant prise en considération.

Les événements suivants n'avaient fait que confirmer ses craintes sur la faveur spéciale dont la marquise devait jouir près de ce monarque. Une si puissante amie de la favorite auprès du roi menaçait directement son crédit. Il en avait senti le danger et n'avait pas hésité à agir avec la (U'rnièrc énergie, presque avec témérité, pour ne pas laisser s'invétércr les choses.

Lors de la récente composition de la maison de la reine, M. le Duc s'était arrêté au nom de l'évêque de Fréjus pour la place de grand aumônier. Elle lui était due, d'autre part fort désirée. On s'étonnait heaucoup qu'il deman(h\t du temps pour r('né('hir, puis qu'il déclinât cette offre assez sèchement.

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En public on avait atlribu»' co refus à dix orses raisons plus ou moins plausibles : grand âge, fatigue, excès do besogne.

La véritable raison en était (pie le pr(''ceptcur du lloi se refusait à entrer dans une conii)inaison dont Mme do Prie ferait partie. Mme de Prie avait été nonmiée dame du palais. 11 no ])Ouvait être grand aumônier à ses côtés, à moins, disait-il à M. le Duc qu'il avait ét(' trouver pour lui expliquer sa conduite, à moins ([uc le poste de dame du palais étant attribué à la rnarcpiise, celle-ci ne le refusât, « cette offre devant lui faire plus d'iionncur que l'emploi lui-même ne lui procurerait d'avantages ». Celte proposition singulière n'ayant pas été du goût de la favorite, comme on peut le comprendre, r(''vé(jue av;iit alors annoncé publiquement sa détermination de refuser la grande aumônerie, puisqu'il ne pouvait en honneur et conscience vivre « dans une maison assiégi'c par des gens pareils à Mme de Prie et à du Yernay, qui avait été simple soldai ».

La résolution du prélat semblait bien prise et irrévocable quand ses partisans, et parmi eux l'ambassadeur Walpole, de qui l'on tient ces détails, intervinrent pour lui prêcher plus de patience et, pour connneucer, l'acceptation du poste de grand aumônier. Ils lui firent remarquer qu'il ne pourrait rendre un plus grand service à ceux envers lesquels il éprouvait, disaient-ils, une si légitime aversion; qu'en abandonnant ainsi entre leurs mains tout pouvoir sur la maison de la reine, il les mettrait en situation d'v nommer à sa place une de leurs créatures. Leurs instances avaient réussi à convaincre l'évéque. Il avait enfin accepté cette dignité-, bien que .Mme de Prie demeurât dame du palais, comme du Yernay, secrétaire des commandements de la reine.

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