M. LE DUC ET L'KVKOUI
un devoir de dire loyalement à M. le Duc sa façon de penser. Il considérait donc que la réputation de Son Altesse elle-même exigeait impérieusement ({u'il ne subît pas plus longtemps la domination de si indignes conseillers. »
A cette diatribe vé'némonle M. le Duc avait répondu très froidement « qu'il tenait certainement à son bonneur et à sa conscience autant que lui M. de Fréjus, mais qu'il n'envisageait pas les cboses sous le même point de vue; qu'il distinguait dans ces attaques passionnées contre Mme de Prie et du Vernay beaucoup d'envie, beaucoup d'injustice et de préventions fàclieuses; qu'en tout cas, en ce qui le regardait, il était décidé à défendre des amis qu'il savait prêts à tout basarder pour lui, même leur existence, et que s'ils devaient tomber, il tomberait avec eux ». Pnis, comme Fleury insistait avec non moins d'ardeur, il s'était mis en colère, l'évêquc de son côté, de telle fa(;on (pie, d'après Walpole, on en était venu aux gros mots.
Cette résistance av;iit déconcerté l'évêque, dont l'intention était bien de dé'truire le crédit de la marquise de Prie, mais pas du tout de rompre avec le duc de Bourbon, encore moins de le renverser. Le temps ne lui semblait pas encore venu pour la dernière partie de cette besogne, les responsabiliti'S trop accablantes pour convoiter le ministère, en admettant que tel fût son but à cette date et qu'il sonbaitàt d'('cliangcr une situation de tout repos contre l'enqdoi plus brillant mais moins assuré de premier ministre.
Quant à provoquer un éclat entre M. le Duc et lui, il s'en défendait de son mieux. M. le Duc é-tait second prince du sang. Le Roi n'avait pas cessé de garder de l'inclination pour lui malgré tout ce qui avait pu être dit,
parce qu'il mettait un soin extrême à se tenir toujours à ses ordres, à ne le contrarier on rien, à se prêter sans cesse à ses amusements en lui facilitant les plaisirs de la chasse dans tel ou tel cliàteau royal. Il le regretterait peut-être le jour où il ne serait plus en place. La partie comportait trop d'alêa.
Bref, l'êvêque avait battu en retraite. Il s'était de nouveau renfermé dans ses pratiques habituelles auprès d(; son ('lève, non point cependant sans continuer à exprimer très librement son opinion sur le compte du duc et de sa maîtresse quand l'occasion s'en présentait, mais ainsi retrancliê derrière l'affection du Roi. il se jugeait plus à Taljri des représailles que ses violentes sorties devaient fatalement engendrer.
La riposte de Mme de Prie, agissant pour elle et ses amis, ne s'était pas fait attendre. La favorite, tenue heure l)ar heure au fait de tous les mouvements de l'êvêque, en avait été aussi outré'c qu'effrayée. En somme, on l'attaquait directement. On séparait sa cause de celle de M. le Duc. On la rendait responsalde des graves difliculté-s (inancières ou poliliques que le pays essuyait à cette (''j)0(jue. A ce jeu, où si^s ennemis s'arrèteraient-ils? Le lilanc et lîelle-Isle avaient tàté de la Bastille de son fait. Ne se croiraient-ils pas en droit de la payer de la même monnaie si leur coterie avait enfin barre sur elle?
D'autre part, la même cabale gagnait en forces. On avait beaucoup jasé en ces derniers mois de la comtesse de Toulouse, du chemin (pi'elle faisait souterrainemcnt dans l'esprit du Roi, dont le goùl pour Raml)0uil]eL où le cadet des princes légitimés résidait, balançait dé'jà celui qu'il avait toujours montré pour (<hantillv.
C'était une nouvelle accession des plus avantageuses
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aux frondeurs, dos plus dangereuses pour le nùnislèrc do M. le Due.
Et puis il V avilit dans l'air une suilo de nouvelles du jour tout, à fait in(pii(Han(e, on ce (pielle prouvait jus- ([ii'h (pud point on accueillait avec empressement les moindres incidents ([uand ils étaient contraires aux gouvernants, à Mme de Prie surtout, qu'ils pouvaient en être ridiculisés ou déconsidérés.
Reprenant une thèse suranm-e, on disait (pn> M. le Duc avait présenté au Roi un brevet pour faire M. de Prie duc et pair; que le Roi en le lisant en présence du duc do Gesvres, toujours bien en cour et de son intimité', lui avait demandé conseil sur ce qu'il en ferait; (pie M. de Gesvres lui avait répondu en riant que cN'tait bon à jeter au feu, ce que le Roi avait fait sur-le-champ. On ajoutait avec une évidente satisfaction (pie le Roi avait tout raconte'' à M. le Duc j)ar malice. Celui-ci avait lav('' la tète au premier gentilliommo, (pii s'était |)laiiit à son toui- à Louis XV de son indiscrétion. Sur cpioi le I{oi lui avait répondu de ne pas s'inquiéter, qu'il en faisait son alfaire.
On aniion(:ait, chose plus à considérer, qu(^ le duc do Mortenuu'l, [)rrinier gentiliionnm' do service, .M. de Gesvres et l'évèquc précepteur du Roi s'étaient liés pour tàcbcr de lui faire entendre la misi're de son Etat. Le premier ministre averti voulait exiler Gesvres et lui aurait envoyé à cet effet une lettre de cachel, pnr le secrétaire d'Ktat Maurcpas. Mais Gesvres, imaginant une conK'Mlio ({ui allait être reprise bientcM avec tant d'art et au si-rieux par Fleury, avait feint de quitter Versailles en toute hâte, (Hait monté chez le Roi en habit de voyage pour lui f.iirc ses adieux. Sa Majesté se serait encore foil divertie de son originalité-, tout en lui commandant de se déshabiller à l'instant et de r(q)rendre son poste, sans plus s'occuper