‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 109 sur 133 · LK HLANC HT SES AMIS S K REMUENT · texte numérisé non relu

LK HLANC HT SES AMIS S K REMUENT

soillcrs iiuligiies qui le perdaient, el au cas où il ne pourrait s'y résoudre, d'enlever à M. le Duc lui-même la direction des affaires.

De son côté, Louis XV avait certaÏLiement coopéré au jeu de l'affaire d'Issy, où il s'était entendu avec l'évèque pour ce départ et ce retour si pleins de conséquences.

Il se prononçait d'ailleurs nettement jjour le parti adverse au g-ouverneinent de M. le Duc. Chantilly perdait ch;i(pie jour de ses charmes à ses yeux, et, clia(jue jour, Rand)ouillet l'attirait davantage. En un mot, il désertait M. le Duc et son entourage pour se porter vers les légitimés et la cour.

On annonçait aussi que les exilés se remuaient fort, qu'ils étaient en rupture de ban, que Le Blanc avait laissé son frère l'évèque quitter Lisieux pour aller vivre un teir)ps à Bayeu.\ et lui-même on ne savait où, que le comte de Delle-Isle se faisait soigner des suites d'une fluxion de poitrine à Nevers, au lieu de (^arcassonne.

Tout ceci était rapports dont il fallait encore établir la sincérité; mais ce (jui ne pouvait se contester, c'est (pie la réaction contre les adversaires dvs ex-prisonniers de la Bastille se dessinait (b'-jà très marquée et très violente.

Arnault de Boexe, le ])rocureur général, qui avait requis naguère la condamnation du secrétaire d'Ltat Le Blanc, en était la piiMnière victime. On l'accusait d'axoir à ce propos suborne des témoins. On venait de forcer la main de M. le Duc, (jui s'était vu contraint de lui envoyer le lieutenant de police Hérault, de faire mettre les scellés sur ses papiers, de rex[)édier en fin dv compte à Angoulème, avec ordre de- n'en plus sortir.

0[i parlait d'en faire autant aux Paris. Bref, on inaugurait, vis-à-vis des amis du gouvernement, le régime de

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suspicion sous lequel les amis de l'opposilioii avaient vécu les années précédentes.

Mais alors que Mme de Prie avait tant de sujets de tout appréhender de la part de l'ancienne cabale de l'hôtel Pléneuf, elle n'avait pas moins à craindre des inconséquences de ses défenseurs les plus attitrés, de la Reine notamment et de M. le Duc.

Ni l'un ni l'autre ne voulaient admettre qu'elle se sacrifiât, disaient-ils, pour eux, ni qu'elle songeât à se retirer de la cour pour leur y éviter de nouvelles contrariétés venant d'elle.

La Reine, peu intelligente au demeurant, peu éclairée sur des subtilités que son lionnéteté allemande négligeait en les dédaignant, la* Reine n'avait pas saisi ce quil y avait de dangereu.x pour la mar(|uise elle-même àaflicher une trop grande cotnplaisance à son endroit, comme à marquer de l'impatience de la revoir quand ce sentiment était si contraire à celui de tous ceux qui l'entouraient, de son royal époux le premier.

L'empressement quelle montrait à prendre des nouvelles de sa dame du palais, à la réclamer, à la désii'er auprès d'elle, faisait autant de tort à celle-ci que les impatiences de son amant.

Car M. le Duc ne dissimulait pas plus que Marie Lecziiiska sa mauvaise immeur du nouveau genre de vie auquel 1 intransigeance de l'évèque de Frcjus avait réduit sa maîtresse. Sa générosité et sa iierté naturelles en souil'rant également, il s'en était explicjué en plusieurs occasions avec une l'ude franchise devant Fleury luimême. Il lui avait même laissé entendre que sa résolution d'abandonner le ministère, si un pareil état de choses se prolongeait, était bien prise, sans comprendre que chacun de ci'S éclats était ensuite imputé à

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mal à sa maîtresse, dont on voulait voir la main en tout.

Celle-ci, tiraillée dans un sens et dans l'autre, avait cherché un moyen terme qui pût accommoder la Reine et la cour. M. le Duc et l'évèque, en lui assurant un sonihlant de repos.

Elle écrivait au duc de Richelieu (juelle était cette comhinaison, dans une lettre dont nous possédons l'original et qui mérite d'être l'cproduite au moins en grande partie, par le jour qu'elle jette sur les trihulations de la jeune femme comme sur l'injustice des foules à son égard.

Après lui avoir conté quehjues historiettes de cour, puis, après avoir hien appuyé encore sur son espérance d'être hientôt comprise et d'ohtenir la justice (pii hii était due, avec l'estime des hoimètes gens, comme de ne se voir pas imputer de gouverner des hommes qui n'étaient pas d'humeur à l'être et dont la fermeté devait être reconnue, elle lui disait :

« Après un an de justification, je suis à présent au point que je souhaitais. Je ne quitterai j)oint ma place de dame du palais, mais je la remplirai en faisant ma semaine et me tenant cliez moi à Paris tout le reste du temps, l'^n un mot, je veu.x hannir tout ce (juil v a de foret' dans mon état et n'en réserver que c(; qui est naturel à une femme de condition qui ne veut se mêler de rien et qui nest pas faite pour qu'on lui demande deux fois compte d'une conduite où elle n'a rien à se reprocher (pi'iuie négligence folle pour ses intérêts et des conseils quelle n'a point dormes, et que M. le Duc est trop ferme, trop éclairé et, j'ose dire, aussi trop entêté pour suivre avec la momdre complaisance. Je trouve tous les ohstacles du monde à ma volonté; j'aurai plus de mérite à la suivre, puisqu'on ne cherche à la tromper que par des chaînes qui paraissent des fleurs, mais ({ui peuvent bien cacher quelques serpents

(lonl la cour est pleine. Je n'ai rien vu de si noir, de si bas, do si faux et de si méprisable que tout ce que j'y vois. M. le Duc me paraît seul aujourd'hui digne de toute ma vénération et de tout mon attachement; la fermeté, l'amitié, la véracité avec laquelle il en agit sur mon chapitre sont des procédés qui le rendent à jamais maître de ma vie, que je donnerais avec joie pour son service. Il fait aussi le seul regret qui balance la joie que j'aurai de me retirer de la cour, et les difficultés que je trouve de sa part à mon projet sont les seules que je compte. Après cela j'aurai son estime partout, rien ne mêla fera perdre; cette sûreté me donne les moyens de lui résister. »

« Je ne répondrai pas à ce que vous me dites du clioix de mes amis. Je ne veux pas vous croire assez dupe pour avoir cru que parce qu'on venait chez moi, et que je cherchais à rendre service, on fût mes amis pour cela; je veux dire comme Arlequin dans Timon : « Je savais bien qu'ils n'étaient pas dignes de l'envie que j'avais de les obliger, mais j'étais digne, moi, du désir de faire du bien ». Pour ceux (jue j'ai appelés mes véritables amis, et le peu sur lequel ma situation m'a permis de compter, ils sont les mêmes; je ne m'y suis pas trompée et ils me resteront. »

Suivaient quehjues mots sur le cas qu'elle faisait de la confiance de Richelieu, sur une promotion de cordons bleus, où l'ambassadeur du Roi à Vienne comptait figurer, à la siiilc desquels elle revenait au thème de sa retraite.

« Au moment que je vous })nrle je suis plus en repos et beaucoup plus heureuse (pi(> je ne l'ai jamais été; je me suis ôté toutes les chaînes qui m'embarrassaient; je n'ai réservé que celle qui me lie à mes amis et ma place de dame du palais. Je ne suis plus gênée par rien; je passe quinze jours à Paris et où il me plaît, et huit jours de mon

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service à Versailles. Je ne suis plus un chien (ratlache, et j'ai le plaisir de quiltcr souvent un séjour que je n'ai jamais estimé ni aimé dans le moment où j'v resterais avec le plus d'ag-rément et où la Reine et M. le Duc et mes amis ont le plus denvie de m'y faire l'ester. .M. de Fréjusne dit plus rien, parce qu'à la vérité je ne lui ai pas laissé de (juoi parler. M. de .Mortemart est tombé dans un discrédit total auprès du Roi, du public et de M. de Fréjus lui-même. A légard de du Yernav, dont \"ous m(^ pai'lcz dans votre lettre, il tient à peu près la même conduite que moi. Il m'est plus attaché que jamais, et je n'ai jamais eu que des sujets de l'aimer et de l'oslimer. Sovez sûr que tout ce qu'on vous mande d'aillcui's sont des billevesées, et (jue je vous instruis de la pure V(''ril('' »

On voit d'après la [)hrase concernant A[ortemart cornbien la marquise de Prie s'illusionnait sur les desseins et les forces de ses ennemis. En réalité. Fleury s'était un peu radouci en apparence à la suite d'une décision prise subitement par M. le Duc de ne pas remettre à j)lus tard de se démettre des fonctions de premier ministre.

L'approche de cette grande transformation redVayait. Suivant certain de ses contemporains, il aurait voulu en retarder l'écliéance à mesure (ju'elle se faisait plus imminente, îl considérait avec effroi, disait-on, un des événements qui pourraient décidément déranger sa santé ou les arrangements ([u'il avait pris pour la vie douce (|u"il voulait mener. On assurait encore (|u"arrivé à ce moment de crise, il aurait volontiers admis (pie M. le Duc restât chargé du gros des affaires, s'ilavaitde son c(3lé conservé le cœur du Fioi, et possédé toujours assez de crédit pour pouvoir faire plaisir à se.s amis en gardant une sorte d'inspeclion générale du royaume.

Mais les intentions plus concihantes du jirélat ne pou-

vaieiil suflire dès ce moment à ralentir le mouvement qu'il avait provoqué. Le courant, plus fort que lui, devait l'emporter. Des associés de la veille, M. les ducs de Mortemart, de Noailles et de Gesvres, les Rohan peut-être, dont les agissements en tout ceci n'étaient pas fort clairs, se seraient plutôt élevés contre lui que d'accepter un pacte quelconque avec M. le Duc et son gouvernement.

La comlesse de Toulouse, qui servait maintenant de lien à ce groupe d'opposants irréductibles, avait endoctriné le Roi avec leur aide. Elle lui avait représenté la nécessité de congédier M. le Duc, et cette idée avait souri à Louis XV, qui entendait régner seul et sans ministre, comme l'avait fait autrefois ce glorieux aïeul (pie Yillerov, Flcury et tant d'autres lui avaient toujours proposé comme modèle. Dans son esprit, le congé de M. le Duc était chose entendue à {)artir de ce moment.

De Mme de Prie on redoutait seulement l'empire sur la Reine. Pour le reste, elle servait surtout de prétexte aux intrigues de la cabale.

La marquise l'avait d'ailleurs {)eu à peu entrevu. Des rapports qui lui venaient de maints endroits elle avait compris qu'on en voulait avant tout à la place du premier ministre et à la disj)ense des grâces.

Néanmoins, afin de n'avoir aucun reproche à s'adresser dans la suite, ({uantau préjudice (|ue son voisinage pourrait encore causer à M. le Duc, elle avait décidé de trans- })orter son séjour de Paris à Courbépine, terre que M. de Prie possédait en Normandie.

Paris ('tait liop proche de Versailles. A Courbépine, aux partes de JJernay, à doux ou trois jours de distance de la cour, on ne penserait plus à la critiquer.

A la date du 10 mars un entrefilet de la Gazette d'Amsterdam annonçait que la marquise de Prie était partie le

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lundi précédent pour sa torre près de Lisieux, d'où elle devait revenir seulement au bout d'une quinzaine.

Le 27, la même gazette publiait (jue Mme de Prie, alors en Normandie, venait d'écrire à la Reine pour lui demander la permission de rester sur ses terres et d'agréer qu'une autre dame du palais fît les fonctions de sa charge auprès de Sa Majesté pendant la semaine qui lui était attribuée.

Ce nouvel éloignoment pouvait être sage. Mais elle avait compté comme antt'rieurenient sans la Reine et M. le Duc.

Tandis ([uo la Reine se foi-malisait pres(|ue du peu d'empressement que Mme de Prie semblait mettre à être près d'elle, M. le Duc avait manifesté une violente irritation de son éloignement, surtout qu'elle coïncidait avec une absence de du Vernay, et qu'à ce moment son conseil se trouvait fort occupé à discuter rim|)ortantc (piestion de la diminuiion <les espèces. Bref, se sentant fort de l'assentiment de Marie Leczinska, il avait écrit à sa maîtresse pour lui enjoindre, ou à peu près, de rentrer à Versailles.

Celle-ci s'étant rendues l\ son aj)pel, l'agitation avait ('lé extrême à la cour, où on déclaiait son retour une calamité publique. « Elle y revenait, disait-on, au mépris de la réprobation générale, pour exercer une fois de plus sa néfaste influence sur la R«'ine et le premier ministre. Elle y réa[)paraissait escortée de ce Paris-Duverney , auquel elle avait livré de tout temps les linanccs du royaume, et qui, à peine arrivé, affectait les mêmes airs de morg-ue insoutenable (pic jiar le passé. iMifiii, elle et son comj)lice bravaient ouvertement l'opinion », et C(;tte pensée avait tellement surexcité les esprits dans le camp adverse, que pas un Sjtectateur impartial ne doutait de rinij)Ossibilité

OÙ on se trouvait de prolonger un semblable état de choses de qufdques jours.

Effectivement, Fleury. toujours partagé entre la crainte de brusquer les choses et celle d'être remplacé auprès ile son élève, mais avant tout pressé et harcelé par les mécontents, Fleury était allé se jeter aux pieds de M. le Duc. en le conjurant de se défaire sur l'heure de ces conseillers dont venait tout le mal.

A ses ardentes instances, M. le Duc avait répondu comme à l'habitude qu'aucune puissance ne lui ferait abandonner des gens qui s'étaient constamment dévoués à sa cause et qui souffraient en ce moment pour l'avoir trop bien servi.

Sur quoi l'évéque s'était rendu incontinent chez le Roi, oii, d'après Walpole, un ordre avait été signé sur-le-champ, priant M. le Duc de se démelire de ses fonctions. Mais à l'instant de faire exécuter cet ordre, lecreur avait manqué à l'un à l'autre, et le calme s'étant rétabli au moins à l'extérieur, les choses en étaient restées là pendant une S(Mnaine entière, d'autant plus que la favorite avait de nouveau quitté Versailles pour Paris.

Elle avait ainsi laissé passer les fêtes magniliques qu'on donnait pour le mariage de Mlle de Nesle avec son cousin le marquis de Mailly. La maison de Condé en son entier, M. le Duc, la duchesse douairière, les comtes de Charolais et de Clermont, xMlle de Clermont y avaient ligure. Mme de Prie,(jui devait enétre pareillement, s'était abstenue d'y venir.

Toutefois sa semaine auprès de la Reine la rappelant, et la Reine avant vivement insisté pour cpielle fût exacte, elle y rentrait le 8 juin, ce qui donnait lieu à une telle explosion de plaintes et de récriminations de la part des mécontents, que M. le Duc, excédé de ces perpétuels

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