‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 111 sur 133 · DISGRACE DE M LE DUC · texte numérisé non relu

DISGRACE DE M LE DUC

aimablo pour M. le Duc. 11 lui avait donne à goûter d'un pain qu'on pétrissait spécialement pour lui à la Ménagerie, Il lui avait jeté ensuite dans son chapeau un de ces pains de Heurs d'orange en lui disant : « Monsieur, dépèchezvous de faire vos affaires et de venir de bonne heure à Rambouillet, parce que je souperai ;i huit heures et demie. »

En montant en carrosse il lui a\ait renouvelé (;(;tte l'ecommandation : « Ne me faites pas attendre à souper », lui avait-il dit tandis qu'à cette heure même, comme le remarquait Richelieu, il avait déjà exilé son premier ministre à CJiantilly et qu'il avait expédié tous les ordres ])Our être obéi.

Le Roi parti, M. le Duc avait employé le reste de l'aprèsdfner à travailler avec le secrétaire d'Etat à la guerre Breleuil et le conti'(Meur Dodun. Ce dernier n'était sorti luimême (lu château qu'à huit heures. M. le Duc le suivait })resque aussitôt et s'apprêtait à monter (huis sa chaise, (|ui l'attendait au pied de rcscalier de la Reine, lorscpi'un autre ministre, M. de Saint-Florentin, l'avait rejoint, mais comme le prince voulait arrivcu- à l{ami)()uillet pour souper avec le Roi, il avait r-eniis l'entri^tien à son retour.

Ce contre-temps lawait fait toutefois [)enser à remonter quelques instants dans son cabinet, où il entrait à peine que le duc de Charost, capitaine des gardes, qui s'était déjà présenté à l'heure oii le premier ministre travaillait avec Dodun et lavait assez longuement attendu, (it de nouveau demander s il pouvait être reçu.

M. le Duc averti alla à sa renconti-e, en s'excnsant de ne pouvoir l'entendre pour les mêmes raisons (pi'il avait déjà in\0(uiees devant Saint-l'"loreiilin. C'est alors (jue Chai'ost lui dit à l'orcMlle cpi'il a\ait ii lui par-U'r de la part du Roi. Le premier ministre s'était à ces mots retourné aussitôt

vers son cabinet, où il précédait Cliarost, qui une fois entré lui tendit Tordre de Louis XV.

Ce billet était conçu en termes très désobligeants : « Mon cousin, portait-il, je vous ordonne sous peine de désobéissance de vous rendre à Cliantilly et d'y demeurer jusqu'à nouvel ordre. »

Or, Charost, cousin des Belle-Isle, ennemi déclaré du premier ministre, avait reçu de Fleury deux lettres notifiant à M. le Duc sa disgrâce. L'une était fort douce. Le Roi y disait en substance qu'il voulait connaître le détail de ses alfaires, gouverner lui-même, ajoutant qu'il supprimait la charge de premier ministre et qu'il désirait que M. le Duc allât passer quelque temps à Chantilly.

La seconde, celle qu'on vient de lire, ne devait être remise au duc de Bourbon qu'en cas de résistance de sa part. Cdiarost l'avait pourtant donnée de suite à M. le Duc, en prétextant plus tard unmouvenient de pure étourderie. Mais aucun de ceux qui coiniaissaicnt ses relations avec les Belle-Isle comme son aversion personnelle pour M. le Duc n'avait mis en doute (luil ne Teùt fait intentionnellement.

Quoi qu'il en soit, le [)remicr ministre en avait été si étonné qu'il avait eu tout d'abord comme un mouvemetit d'impatience et avait exprimé à Charost son étonnement de ce que Sa Majesté lui signifiât aussi rigoureusement ses volontés. Mais il l'avait réprimé sur-le-ciiamp, en assurant le capitaine des gardes u qu'accoutumé à commander l'obéissance au Roi, il en donnerait lui-même l'exemple ».

Après quoi il avait demandé s'il pouvait voir la Reine et prendre congé d'elle. Cliarost lui avait répondu que les ordres du roi, très formels à cet égard, étaient qu'il ne verrait personne à Versailles avant son départ. Il dit encore :

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