‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 112 sur 133 · M. LK DUC QUITTK VERSAILLES · texte numérisé non relu

M. LK DUC QUITTK VERSAILLES

« Et nies {)a})iers? » Cliarost lui ayant iM'pondu (|u'il n'avait point d'instructions à cet égard, M. le Duc s'était approché de sa table, y avait fait un triage en brûlant quehjues lettres, en en prenant d'autres dans sa poche. Il en avait erifermé aussi un certain nond)re dans une cassette, en les indiquant à (^harost comme papiers du lîoi; « ceux qui restaient, avait-il ajouté, étaient à lui ».

Enlin, avant de s'éloigner, il a\ ait écrit deux lettres, l'une au Roi, l'autre à sa mère la duchesse douairière de Bourbon. On prétendait savoir le lench-inain (jue cette lettre, dont on donnait plusieurs versions, était en réalité à peu près ainsi formulée : « Tous les jours se suivent et ne se ressemblent pas; hier, j'étais César, aujourd'hui je suis Pompée. Je vais à Chantillv. Je compte, ciière maman, que vous me conserverez toujours vos bonnes grâces. »

Après avoir fermé et remis ces deux Ictti'es à (-harost, M. le Duc, constamment accompagné par lui. redescendit jusqu'à sa chaise, qui l'avait attendu au même endi-oit, et y monta sans avoir a(h'ess('' la parole à aucim de ceux (|ui se trouvaient là, (juoi(ju'on ait prétendu sur le moment que bon nombre de courtisans l'avaient accompagné au l)as du degré et (|u"il leur avait fait maintes amilit's en les quittant.

Par contre, une fois dans sa voiture, on l'avait entendu très distinctement dire à son postillon « A (ihantilly ». En dépassant la grille, il lui lit signe de marcher d(!vant lui. Il lui indi({ua ensuite le chemin de Saint-(]loud, d'où il envoya un page à Saint-Denis pour faire préparer des chevaux de })0Ste, et suivant sa route, il arriva à Chantilly. Dans Versailles même, M. de Saint-Pô, exempt des gardes du corps, s'était placé derrière sa chaise avec un détachement peu nombreux d'hommes de son régiment.

Il l'avait accompagné jusqu'au tonne du voyage, sans qu'aucun autre incident se produisît, ce dont il devait, paraît-il, rendre compte au Roi le lendemain.

Tandis ({ue Cliarost communiquait de cette façon les volontés du Roi au premier ministre, i'évéque de Fréjus se rendait chez la Reine, porteur d'une lettre de Louis XV. On faisait à ce moment de la musique chez elle, Mmes de Prie et de Gontaut y chantaient.

L'évéque ayant sollicité de l'entretenir en particulier, elle le conduisit dans son cabinet, où il lui remit le billet du Roi, qui portait ces quelques mots : « Je vous prie, Madame, et s'il le faut je vous ordonne, d'ajouter foi à ce que l'ancien évoque de Fréjus vous dira de ma part, connue si c'était moi-même. » Dès que la Reine y eut jeté les veux, elle se tourna vers Fleury qui, en quelques mots, lui annonça les ('vénonionts du jour, sur quoi elle ('data en sanglots, (|ue toutes les phrases de consohilioii (hi pi'c'ceptour (hi Roi no [)ar\inrent pas à inteirompre.

L'afdiction do .Marie Leczinska n'était point d'ailleurs le simple elfet de l'émotion produite en elle par une nouvelle si imprévue, ni, comme l'insinue Villars, de la peine (piollo ressentait do rinjusiioo (ki Roi à son égard, mais l)ion du cbagrin (jue la disgrjicc du premier ministre lui causait. Elle ne devait point se borner non plus à une crise de larmes passagère. Trois jours plus tard elle pleurait oii(!oro on parlant ;i son eiilourage dos malheureux incidents île cette jonrnéo.

Sur l'heure nu'mo, elle avait écouté d'une oreille distraite l(^s roconnnandations de l'évéque. (|ui étaientqu'elle no (lovait pas recevoir ."\l. le Diu^ au cas où il se serait pr(''soiité à son appartomcul. mais siuiout (piil lui faudi'ait é\ itor, en la présence du Uoi, la moindre allusion aux

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proscriLs du jour, à M. le Duc, à sa maîtresse, à son conseiller Paris-Duvernay.

Après le départ de l'évèque, elle avait fait appeler- Mile de Clermont et la mar(piise de Prie, à (pii elle avait appris la nouvelle.

Celles-ci n'avaient passé (pie (juelques instants chez la Reine et en étaient sorties de suite, très résolues à partir sans plus attendre pour Cdiantillv, mais pour ne point avoir à essuyer les regrets véritables ou feints des gens de cour alors à N'ersailles, Mlle de Clermont soupa chez elle avec du monde à son ordinaire, sans rien laisser connaître de ce qu'elle savait. Mme de Prie l'avait retrouvée après son repas, et ces deux femmes s'étaient mises en route vers minuit, pour être à Chantilly au j)oint du jour.

La duchesse douairière de Bourbon les y avait rejointes le soii' même. Elle était à son château de Saint-Maur près Vincennes, (juand la lettre de M. le Duc son (ils, dont nous parlions tout à l'Iieure, lui (''tait parvenue, l^lle pi'('cédait de quelques minutes seulement une lettre de révè(pie de Fr(''jus, formulée dans les termes les plus convenables, où il lui donnait l'avis de la résolution (pie le Roi avait prise de gouverm'r jiar lui-même, jiar suite de ce (jui avait été fait relativement h la charge de M. le duc de Rourbon.

En s'arrétant à Paris, elle avait demandé l'autorisation d'aller voir son fils, qui lui avait été accordée sans difficulté. Elle en repartait à (pialre heui'cs pour être arrivée h Cliantillv h la nuit. En y dcscendarit de carrosse, son premier mot avait été pour dire qu'elle ne voulait {)as voir la marquise de Prie. Aussi, comme c'était l'JKHire du souper, M. le Duc avait-il rir contraint i\o pi"(''t('.\tei' la fatigue pour pouvoir rester auprès de celle-ci, et lui servir

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de compagnie durant la soirée, tandis que la Duchesse tenait la table de son fils.

Le séjour de Chantilly devait être au reste une sorte de calvaire pour la jeune femme.

D'ahord Mme la duchesse y avait apporté les pires nouvelles de Paris et de Versailles. La cause de M. le Duc sendilait bien irrémédiablement perdue, comme le triomphe de ses ennemis, et plus encore des ennemis de sa maîtresse, assuré et éclatant.

La volonté du Roi de s'occuper dorénavant lui-même des affaires de son royaume avait été officiellement publiée. Fleury s'était chargé d'en aviser directement les and)assadeurs étrangers en résidence à Paris. Des courriers avaient été expédiés en outre aux différentes cours d'Europe, pour leur notifier ce changement dans le gouvernement.

Les ministres les plus ostensiblement attachés à M. le Duc étaient relevés de leurs fonctions. Le contrôleur général Dodun avait offert le matin niéinc sa (h'inission, (jui avait été acceptée, ainsi que celle du secrétaire d'État à la guerre, Breteuil. On louait généralement la décence, res[)rit. la fermeté avec lesquels ces deux personnages s'étaient comportés en celte occasion, mais leurs places n'en étaient pas moins attribuées aux adversaires les plus (hingereux du duc de Bourbon et de .Mme de Prie: les finances à Le Pelletier des Forts, la guerre à Le Blanc.

Un ordre de rexcnir à la cour avait été expédié à ce dernicM' dés l'instant même de l'ai-reslalion de M. le Duc. L'émissaire avait fait dihgence. On savait que Le Blanc, j)r(''vcnu, avait déjà (piilté Lisieux. On l'attendait d'une heure à l'autre à Paris. Le comte de Belle-Isle devait y être vers le niêtne temps (pic hii. Les autres exilés reprenaicul h'ur entière liberti' d "action.

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