LA TKHRK DE CO U RP, K 1' I .\ H
kilomètres au nord de la ville de Bernay, au cenlie du pays de Lieuvin, vaste plaine boisée, coupt'e de (piekpics vallons peu profonds. De larges avenues en éventail, un parc étendu, des dépendances de loules sortes, parmi lesquelles une ménagerie, copiée en diininutil" sur celle de Chantilly, en faisaient une belle demeure seigneuriale que la Révolution a jetée bas, en laissant seulement à sa place un terrain inculte, parsemé de décombres, nommé le Désert (i).
Le marquis de Prie avait acquis cette terre peu de lenjps après son mariage.de Léonordc 3Jatignon, évéque de Lisieux. 11 avait fort irrégulièrement habit*' Coiubéj)ine durant un temps, mais il s'en l'Iait j)lus occupé aux années qui précédèrent les événements (pic nous venons de raconter. IMme de Prie l'avait, de son côté, plus fr(''queminent visité depuis le moment où elle avait pris l'habitude de s'absenter de la cour toutes les fois (pj'elle pouxail le faire.
Et comm(; elle avait entrevu la j)0ssibililé d'une retraite forcée en quelque endroit hors de Paris et de Versailles, elle en avait considérablement embelli l'intérieur pendant cette période dattente et d'iiicertiliide.
Aussij lorsqu'elle y vint j)our s'y elal)lir. les appartements de cette S])acieuse hal)ilati()n. (pie des documents
(I) I,e marquis de l'ric. en l'uisaiil l'ac(]uisiti(m do la terre de Courlj(3|)iiie, désirait surtout arrondir avec celle terre les vastes domaines de IMasnes. Cocjuainvillicrs, (iliesne. .Morgisv. etc. (juc son père venait de lui léi^uer en mouraid iM août \l\i). En 17^4, il obtenait du lioi (""rection en marquisat de la sclirncurie df t'Iasnes avec union de celle de Courbépine.
Ces terres et cliiîteaux. qui lui aiqtartcnaionl en bien propi-e, passèrent à sa mort ;ï son neveu Eranrois l^'onor, dit le comte de l'rie. Mais, déjà d'une cliarge trop lourde pour lui. elles le devinrent enf'ore plus pour son successeur, I>ouis de l'rie, Iroisiéinc du nom.
Celui-ci les vendilen décembre tTTOù un sieur Duclos-Eaufîcquien tira, parait-il, la somme énorme de li>,2.SS,o:!l livres 10 sols ('?).
(certains nous montrent fort ornt's des plus belles choses, élaient-ils aménagés pour recevoir une compagnie nombreuse. De cette façon la favorite d'hier s'était sagement précautionnée contre l'ennui et la tristesse de la vie à la campagne.
Les dél)uts de son séjour avaient été encore employés par elle à refaire dans le calme sa santé éprouvée par tant d'émotions pénibles, à se recueillir, à préparer des moyens de défense au cas où il en aurait été besoin, car elle pouvait appréhender qu'en inquiétant ses amis, comme on les inquiétait alors, on ne remontât jusqu'à elle.
La rancune des adversaires du ministère ne semblait, en ellet. nullement satisfaite j)ar l'éclatante revanche qu'ils venaient de prendre de leurs g-riefs réels ou figurés. Ils s'acharnaient sur leurs ennemis tombés.
M. le Duc était confiné à Chantilly. Il ne devait en sortir sous aucun prétexte. La chasse même lui était interdite. L'interdiction était encore plus sévère relativement à un rapprochement quelconque, à la moindre entrevue avec sa maîtresse.
Lu môme temps on lui retirait l'une après l'autre les charges qu'il cumulait avec celle de premier ministre. On allait juscpi'ù lui refuser la continuation de sa pension connue ancien surintendant de l'éducation du Roi. Sa Sd'ur, Mlle de Clermonl, perdait son litre de surintendante de la maison de la Heine, au bénéfice de la princesse de Condé douairière. Ses amis étaieut dépossédés de leurs appartements de Versailles. Son fidèle Tavannes recevait l'ordre de se rendre à Dijon, pour n'en plus revenir avant des instructions contraires.
Quant à Mme de Prie, on lui enlevait sa charge et le titre de dame du palais de la Reine, dont on gratifiait Mme d'Alincourl. Le régiment (jui portait le nom de son
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mari était donné au comte de La Marche, fils du prince de Conti. Son frère Moncliesne était dépouillé de sa place d'intendant des linances. Enfin la défense de quitter Courbépinc en aucune circonstance n'était pas moins sévère pour elle que pour M. le Duc.
Mais tout s'épuise en ce monde. L'excès même de la réaction contre l'œuvre et les hommes du précédent ministère commençait à lasser les Parisiens, voire même la majorité des gens de cour, (jui jjrotestaient déjà à leur manière en se pressant en foule à Chanliliv. « La plus grande partie des seigneurs, remarcjuait la Gazette (l'Amsterdam, a été voir M. le Duc. 11 y a tous les jours grande compagnie à Chantilly, en sorte que Son Allesse Sérénissime est obligée quelquefois d'avoir deux tables de vingt couverts. » Villars y avait été des premiers, et la conversation qu'il avait eue avec M. le Duc, rapportée peu de jours après à la marquise par un ami commun, n'avait pas été sans lui rendre du courage. Ce prince avait paiii au maréchal très content d'être à Chantilly, mais très piqué de la manière dont on l'avait fait partir de la cour, d'autant plus qu'il disait « avoir déclaré à l'évéque de l^'réjus huit jours auparavant qu'il voulait se retirer, que la veille de son départ, le lundi au soir, il avait parh' au lioi devant M. de Fréjus, de manière à manpjerd*; nouveau ce dessein, qu'il eut été plus naturel et plus honnête de l'accepter sur-le-champ ».
Il lui avait exprimé son désir très ardent de voir Mme de Prie, lui afiirmant « (ju'il était lui-même lu cause de tous ses malheurs et qu'elle ne les méritait pas, que jamais elle n'avait été intéressée, que le temps le ferait voir par le mauvais état de ses affaires ».
Une pareille assertion de la bouche d'un prince à qui il eût été si facile, et on peut dire conforme à ses intérêts,
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de renier une femme qui ne pouvait plus le servir, était infiniment précieux pour elle. En effet, ce n'était point seulement à Villars que M. le Duc avait ainsi ouvert son cœur, mais à d'autres visiteurs de condition. Le bruit en était revenu à la cour. Il avait contribué à modifier bien des sentiments. Certains des amis un peu tièdes qui eussent liésité à risquer le voyage de Courbépine. s'ils eussent cru la favorite abandonnée de son prince comme des autres, n'avaient plus hésité à le faire sous ses auspices.
Puis, une fois la mode s'y étant mise, il était devenu pendant quelques semaines de bon ton d'aller tenir compagnie un couple de jours à la proscrite. De là des fêtes et des réceptions brillantes, des concerts, la comédie cbaque soir, enfin un ensendile de plaisirs qui ressemblaient bien peu à ce qne ses adversaires répandaient de sa vie à celte date, et dont la plupart des historiens se sont emparés, dans la suite, d'une personne rong-ée de désespoir et de rage de ne plus rien être, ayant perdu tous ses charmes, fuyant pour ainsi dire le jour et délaissée de tous.
Cette société de passag-e n'était point ce qui constituait le plus clair de ses ressources à Courbépine. Elle avait aussi les intimes (jui ne quittaient point le château et lui faisaient une perpétuelle compagnie : le frère du manjuis, l'abbé de Prie, le marquis lui-môme. Senectcrre, dont nous voyons le nom fig-urcr à côté de celui de la marquise sur les registres de la paroisse pour un parrainage, son secrétaire LoziUères, Mme du Delland, qui fut sa commensale durant (jnelques semaines; Mme de Caraman, Pléneuf, Moncbesne et une de ses sœurs, Mme de Mareuil, plus quelques gentilshommes du voisinage et des parlementaires de Rouen. Pour ceux-ci, parmi lesquels le président de Lesseville et le président de Quevilly, chez qui elle des-