‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 117 sur 133 · AUX EAUX DE FORGES · texte numérisé non relu

AUX EAUX DE FORGES

Elle en aimait aussi la]petite ville, où elle se retrouvait en pays de connaissance et adinirablenient accueillie. « Elle y arrivait, dit un auteur qui s'est occupé des derniers temps de sa vie, plus en beauté que jamais. » Elle V avait été de toutes les l'êtes avec une gaieté et une animation qui enchantaient ses amis.

Rien ne pouvait leur faire présager l'altération profonde que sa santé en même temps (pie son caractère allaient tout à coup subir en se réinstallant à Courbépinc.

Elle v était rentrée avant l'automne, mais quoique les beaux jours n'eussent pas tout à fait disi)aru. la plupart de ses visiteurs avaient repris le cbemin de Versailles.

Le château lui avait donc apparu fort triste, fort désolé; M. de Prie s'était éloigné pour aller faire sa cour. Elle lui avait confié son désir de le rejoindre en obtenant la permission de demeurer une quinzaine de jours à Paris. Il lui répondait peu après très évasivement à ce sujet, et la prévenait par contre qu'il ne fallait plus faire fonds sur l'union de leur lille Yicloire de Prie, avec le duc de Roamiez. Ce prétendant avait tourné ses vues d'un autre côté. Il était fiancé à la lille du maréchal de Hezons, par conséquent en camp ennemi, à une nièce par alliance du ministre Le Blanc.

Elle apprenait aussi par lui (jue la situation do son frère Monchesne se faisait très [)récaire, (ju'on parlait beaucoup de l'arrestation d'anciens commis de Pléneuf, d'un liarrème notamment, et qu'on craignait que quelque éclaboussure n'en rejaillît sur son père.

Puis, loin d'avoir profité de son traitement de Forges, elle se sentait plus lasse , plus rompue qu'en aucun temps. Ses veux lui inspiraient de vives inquiétudes. Sa vue s'était tout à coup étonnamment affaiblie, parnncifet probablement de cette dégénérescence générale.

Elle s'effrayait d'être si éloignée de tous soins. Son énergie peu commune commençait par moment à s'entamer, le découragement à envahir son âme en se voyant si délaissée. Elle avait gardé l'espoir que M. le Duc serait toujours là pour se souvenir d'elle, la secourir si besoin était. Elle devait éprouver que l'affection des grands ne repose sur rien de solide. En effet la duchesse douairière de Bourbon redoublait d'instances auprès de son fds pour le décider à se remarier. Il paraissait, d'après ce qui revenait à la marquise, qu'il montrait une constance admirable, qu'il manifestait toujours le désir ardent de la revoir, de la reposséder. Mais à quoi devait servir tout cela, puisque leurs ennemis étaient les plus forts et que cotte fidéHté du prince à sa maîtresse, en les exaspérant, les poussait à adopter des mesures encore plus rigoureuses pour arriver à les séparer de plus en plus?

A côté de ces multiples causes d'inquiétude ou de regret, l'état des finances de la jeune femme, rendu assez médiocre par de mauvais placements, comme le duc de Bourbon le faisait entendre à N'illars, n'était pas sans lui donner de gros soucis.

A ce mal, comme à celui de sa santé et de ses yeu.x, il y avait un remède, et sans qu'elle consentît à se l'avouer, un remède surtout à l'ennui, à la nostalgie. Pourcjuoi ne l'autorisait-on pas à demeurer quelque temps à Paris?

Elle écrivait alors à M. de Prie à qui elle s'en remettait entièrement du soin d'épauler sa requête auprès des ministres et qui l'avait encouragée en dernier lieu à patienter et à envisager les quasi-impossibilités de son retour. « Il est vrai que je dois m'attendre à ne pas obtenir ma liberté d'un jour à l'autre, et sur cela je suis résignée ;i éprouver des longueurs et des difficultés. Il est vrai aussi que je ne dois pas désirer le séjour de Paris bien vivement, et sur

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