‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 118 sur 133 · HEURES DE DECOURAGEMENT · texte numérisé non relu

HEURES DE DECOURAGEMENT

cela je suis bien résolue, quand je serais demain maîtresse d'y aller, de n y })as mettre le pied, si mes yeux, j)ar miracle, se guérissaient, on de n'y rester que le temps nécessaire pour bien consulter les gens habiles sur cette matière et de revenir au bout de quinze jours pour ne m'en retourner que dans un an.

« Tout cela est sensé, je le sens et j'en ai pris le parti d'une manière invariable, mais cela me donne encore plus d'envie de faire par raison ce que je fais aujourd'hui par force. » A ce point de sa lettre, elle reprenait le tlième habituel de sa défense. « Comme Lozilières m'a prêté sa main pour un plus grand détail, je ne m'étends })as davantage sur la matière. Je vous dirai seulement qu'au sujet de la prévention où onestcontre moi à Versailles, il y en a beaucoup à rabattre. Je dois mieux savoir (pu' personne qu'elle n'est fondée sur aucun fait, que les choses dont on prétend me savoir mauvais gré sont le contraire de ma conduite et que je ne marcliei-ai point vers l'éclaircissement naturel que le temps donne à la vérité, que je ne recueille les louanges dues à ma modéiution, (jui nt; ma permis de solliciter ni de conserver aucun avantage du dernier ministère. Sur tout le reste je ne suis j)oint entrée dans la connaissance des affaires de l'État. Je nai donc qu'un seul reproche, (jui e.sl mon allacheincnl jtour M. le Duc, qui peut me ren(h-e suspecte à ceux qui lui sont opposés ou dans la bouclie des gens qui veulent faire leur cour, car je ne la serai point dans leur cœur ni dans l'opinion publique, qui revient fort de ses préjugés et qui est i)lus à regretter le dernier gouvernement que d'approuver celuici; d'ailleurs je ferais mieux revenir le public en ne prolitant pas de la liberté que j'aurais, qu'en continuant d'être exilée. C'est une punition (ju'oii peut (h)iiiier ;iu |)reMiier moment d'un changement de minislère, mais (pToii ne con

tinue pas sur une particulière innocente dont la présence ou l'absence est totalement indifférente à la cour. Je ne crois pas qu'il faille un long- raisonnement pour vous prouver que je ne ferai ni chaud ni froid, ni bien ni mal en restant à Paris, à Rouen, à Rome ou au Japon. C'est sur toutes ces choses que je crois qu'il convient de raisonner avec les personnes qui peuvent aplanir mon cliemin en ôtant les pierres qui s'y rencontrent, et vous me permettrez de vous dire que plus il y aura de difficullés pour mon retour à Paris et plus il sera nécessaire de travailler promptement à les rendre surmonlables. »

En continuant à écrire, son désir de liberté s'affirmait, malgré ce qu'elle faisait pour le régler et le dominer.

« Une des bonnes manières de s'y prendre est de commencer par établir mes sentiments, dire et faire dire à M. de Fréjus à quel point mon bonheur est fondé sur une vie tranquille et indifférente, et faire coimaître (jue le désir même que je ressens pour ma liberté est une preuve sûre que je ne ferai jamais rien (pii la jjuissc mettre en danger. Revenons-en donc à dire que je puis m'attendre à ne pas avoir un prompt succès en toutes ces choses, que vous devez même m'y préparer, que si j'obtiens ce que je demande, j'en devrai user très sobrement. Cela e^l bon à me dire et je le dois sentir, mais de vouloir me persuader que la liberté esl un bien que je ne dois seulement pas désirer ni imaginer, c'est faire passer un carrosse à six chevaux parle trou d'une aiguille et convaincn* un malade (pi'il ne doit pas souhaiter la santé ni travailler à se la j)iocurer. »

Comme glose à cette h'ilie, le lidèle Lozihères en écrivait une seconde au marquis, sous la dictée de Mme de Prie. Elle devait lui parvenir le lendemain. Elle était la répétition plus ardente, plus pressante de ce qui avait été

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dit la veille sur la nécessité d'arraclKT un ordre de mise en liberté, les moyens d'y parvenir, les raisons à faire valoir. Elle ne se différenciait de la précédente que par ces deux passages, dont l'un nous éclaire sur les objections faites à la reconnaissance de l'indépendance de l'exilée. « Il peut arriver des conjonctures qui rendraient le retour de Mme de Prie plus aisé à obtenir, mais il peut en arriver aussi qui le rendraient plus difficile; si par exemple M. Le Blanc ou les princes lég-jtiinés succédaient au poste de M. le cardinal do Fleury, ils ne seraient pas moins prévenus et seraient peut-être moins traitablcs. Le cardinal ayant été plus à portée qu'un autre d'être instruit du fond de la conduite de Mme de Prie, elle le croit par cette raison plus aisé à désabuser; d'ailleurs, comme c'est lui (|ui a fait l'injustice d'exiler une (\{H]U' à (|ni on n'a rien de vrai ni de vraisemblable à reprocher, il doit être plus disposé à la réparer (jue ne le serait un tiers qui n'y aurait aucune part. »

Et plus loin : « L'objection de M. le caidiiial d(; Fleurv sur la d(;mande du retour de Mme de Piie fait voir où consiste la difficulté. Comment le pourrait-on permettre, dit-il, tandis que M. le Duc est à Clianlillv? Cette réponse, qui n'est point négative, ne peut a\oir (pie deux sens : l'un, Mme de Prie ayant été attacliée au ministère, nous aurions lieu de la craindre à Paris si on lui permettait d'v revenir [)cndarit (jue la nécessité de nos all'aii'es nous oblige de tenir M. le Due relégué à ClianlilK : elle pourrait V formel' des partis en faveui' de ce Prince: on \ncn cela veut dire : M. le Duc aurait lieu de se jdaindr(» si on accordait à Mme de Prie sa liberlé, pendant (juon lui refuse la sienne. Cette objection serait aisée à détruire. Il est certain (|iie .AL le Dnc a vu a\'ec beaucoup d<^ |)eine que hcs amis fussent cnxelopjies dans sa disgrâce et qu'il

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