‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 124 sur 133 · ACTE d'inhumation DE LA MAIiQLISE DE PHIE · texte numérisé non relu

ACTE d'inhumation DE LA MAIiQLISE DE PHIE

L'an 1727, le huitième jour doctohre, a éli; inhumée, dans, le chœur de l'église de Courbépine. par M. de Bellemare, curé de Bettliouville et doyen de Bernay, noble dame Agnès de Berthelot^ ci-devant dame du Pahiis de la Reine, épouse du haut et puissant seigneur messire Louis, marquis de Prie, chevalier des ordres du Roy, ancien ambassadeur près du roy de Sardaigne, seigneur et patron de Courbespine, de Plasnes et autres lieux. Ladite dame morte du jour d'hier^ après avoir reçu avec piété les saints sacrements de TÉglise.

Présents, etc.

Suivent sept signatures : Maistre Jean de la Xoé. curé do N.-D. de la Coulure, de Bernay, maistre L. de Bellemare, curé de Berthouville, etc.

TEST.\.MENT DE MADAME D K PRIE (2). (Testament olo^'raplie du 15 novembre, autliei]tii(ué posttTieurenicDl.)

Du ni.irdi, l{ aoiit I7:.*S

Par devant les conseillers du Roy. notaires et gardes-notes à Rouen, soussignés, fut présente liés liante et très puissante

(1) Registres de la paroisse de Courbépine.

(2) Registre pour les publications du (ihàlelet, commencé le 5 mai 1728 et fini Je 18 janvier i'',H.

dame Agnès Berthelot de Pléneuf, épouse séparée de biens de très-haut et très-puissant seigneur Louis, marquis de Prie, chevalier des or^lres du IVoy, gouverneur pour le Roy de la ville (le Bourbon-Lancy et lieutenant-général pour Sa Majesté de la province de Languedoc, demeurant ordinairement en son hôtel à Paris, rue de Cléry, paroisse Saint-Lustache, maintenant logée en la paroisse du Grand-Quevilly-en-Rouen, en l'hôtel appartenant à i\L de Quevilly, président à mortier au parlement de Normandie, ladite dame marquise de Prie étant en bonne santé de corps, saine d'esprit, mémoire et entendement, ainsi qu'il a paru à maistre Coignard laisné, l'un des notaires soussignés et aux témwins ci-après nommés par ses discours et actions. S'élant transportée à TefTet qui suit en Tétude dudit (loignard, notaire, size rue aux Juifs, paroisse de Nolre-Datue de la Londe, laquelle dame marquise de Prie, dans la crainte que son testament olographe ne soit perdu ou égaré et pour sûreté de la pleine et entière exécution de celui-ci, a déposé pour minute au dit Coignard, notaire^sun testament olographe du 15 novembre 1726 commençant par ces mois : « .le soussignée Agnès iJerthelotde Pléneuf. épouse séparée quant aux bi(ms de Louis, marquis de Prie », et finissant par ces mots : « Fait le 15 novembre 1625. A. B. de Pryc )', le dit testament contenant dix pages d'écriture sur papier non timbré, auquel testament ladite dame marquise de Prie déclare persister et n'avoir rien à y changer, et est ledit testament demeuré joint à la minute des présentes après avoir été de la dite dame marquise de Prie et des témoins, paraphé en présence des notaires soussignés pour être du dit testament, délivré expédition à qui il appartiendra après le décès de la dite dame marcpiise de Prie.

Ce lut ainsi lait, dicté et nommé par la dite dame marquise de Prie au dit Coignard, notaire, et par lui lu et relu à la dite dame marquise de Pi'ie. en la dite étude. Et a déclaré y persister comme étant sa dernière volonté, l'an 1727. le 20 mars, en présence du sieur Piei're (iuillottes, marchand à Hduen, demeurant rue aux Juifs, paroisse Sainl-Lô, et du sieur Nicolas Barthe (Jueneville, bourgeois de Rouen, y demeurant rue de la Chèvre, paroisse Saint-Maclou. témoins qui ont avec la dite dame marquise de Prie signé sur les trois heures après

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midi la minute des présentes demeurée au dit Coi.iznard raîm'-. notaire, et contrôlée à IJoiien.

Je soussignée, Agnès lit^rthelotde Pléncuf, épouse de Louis, marquis de Prie, chevalier des Ordres du Roy. lieutenantgénéral de Sa Majesté dans la province du Languedoc; considérant que rien n'est plus certain que la mort et rien de plus incertain que l'heure d"ycelle, j'ai fait mon testament ainsi qu'il suit.

Premièrement, ai demandé à Dieu le l'ère tout-puiss-.nt. à Jésus-Christ, son Kils unique, notre Seigneur et Hédempieur, priant la très sainte vierge Marie, sainte Agnès, ma patronne, et tous les saints et saintes du Paradis dôlre mes intercesseurs auprès de la Divine Majesté.

Je veux que si je décède en Normandie, mon corps soit porté en la terre de Courhépine, appartenant à mon mari M. de Prie, et si le meurs à Paris, soit porté et inhumé dans l'église de la paroisse oi\ je décéderai, m'en rapportant pour mes funérailles à la discrétion de mon exécuteur testamentaire.

Je donne et lègue aux pauvres de la p.iroisse sur laquelle je serai enterrée trois mille livres une fois payées. Je veux qu'incontinent a|)rès mon décès il soit céléhré mille l'ois la messe pour le repos de mon âme dans telle église (piil plaira à mon exécuteur testamentaire, lesquelles messes seront payées à raison de vingt sols chaque. alTectionnant plus légli-e de l'Assomption de Paris, rue Saiut-Ilonoré. (juaucune autre église.

Je donne six cents livres une fois payées à la paroisse de Plasnes, pour mètre dit un annuel de messes.

Je donne et lègue à la demoiselle Henri, lalnée. à présent en métier chez la dame Colselte, hianchisseuse, domiciliée à Versailles, trois cents livres une l'ois payées, pour achever d'apprendre son métier.

Je donne et lègue à la demoiselle Henri, la jeune, pensionnaire à la comté de Bernay, cent livres de pension viagère.

Je donne et lègue à la demoiselle Auhert, f.^(nme du sieur Auhert. musicien du l^oy et de S. A. S. Mgr le Duc, cinq cents livres de pension viagère.

Je donne et lègue au sieur de IJonneval. ci-dpvant attaché à

M. le comte de La Feuillade^ cinquante livres de pension viagère.

Je donne et lègue à M. de Losilière, ci-devant employé par le Roy à Turin, trois actions de la Compagnie des Indes et ce qui se trouvera d'intérêts au jour de mon décès.

Je donne et lègue au sieur Berry, mon chirurgien, trois mille livres une fois payées.

Je donne et lègue au sieur Desmartrais, mon écuyer, quatre mille livres une fois payées.

Je donne et lègue à mon cuisinier deux mille livres une fois payées, et la somme de mille livres à Maillard, mon valet de chambre tapissier.

Je donne et lègue à la demoiselle Archer, ma femme de chambre et concierge à Paris, quatre cents livres de pension viagère.

Je donne et lègue à Tissot, mon officier, mille livres une fois payées, et mille livres une fois payées à Reval, mon suisse à ma maison de Paris.

Je donne et lègue à Lapierre, mon premier laquais, cent livres de pension viagère.

Je donne et lègue à Du Parc, ma première femme de chambre, trois mille livres une fois payées et quatre cents livres de pension viagère.

Je donne et lègue au sieur de Gaumont, mon maître d"hùtel, et à la dame de (iaumont, son épouse, ma deuxième femme de chambre, quatre mille livres une fois, payées, et quatre cents livres de pension viagère sur la tète et pendant la vie de la dite dame de (îauiiiont, sa femme.

En outre, je veux que mes officiers et femmes de chambre et domestiques ci-dessus dénommés soient payés des gages et appomtements qui leur seront dus au jour de mon décès, comme aussi j'exige (]u"ils soient avec moi au jour de mon décès, parce que les legs faits à ceux ou celles qui ne seront pas avec moi le dit jour seront nuls et de nul effet.

Je donne et lègue à Mme de Monlchcsne, épouse du sieur de Monlchesne, mon frère, une croix de diamant blanc. Je donne et lègue au sieur de Montchesne un diamant blanc en forme de bateau, du prix de dix mille livres. {]e diamant est monté en bague et peut aussi servir de pendeloque.

Je donne et lègue à Mme la comtesse de Verrue une aiguière et deux pots pourris d'ancienne porcelaine garnie d"or.

Je donne et lègue à Louis de Prie, mon fils, les deux tiers de mes biens fonds et partie des Rentes sur Ihôtel de ville de Paris, et contrats sur les états de lîourgogne et particuliers.

Je lui donne la totalité des rentes qui sont sous son nom à prendre sur le Roi.

Je donne et lègue à Marie Aictoire, ma fille, le tiers des dits biens fonds et partie des rentes sur rhùtel de ville de Paris et contrats constitués sur les états de Bourgogne et sur particuliers.

Plus je lui donne la totalité des rentes viagères qui sont sous son nom à prendre sur le Roi.

Je donne à mon fils les trois quarts de mes meubles meublants, lits, tapisseries, chaises, tables, gros meubles, meubles d'ornement, cabinets et bureaux de la Chine, pendules, pierreries, porcelaines, bijoux, vaisselle d'argent, toilette, garderobe tant en habits faits et à faire que le linge et dentelles, linge de table et porcelaines à l'usage de la table, arrérages des rentes de quelque nature elles soient.

Je donne et lègue l'autre quart à ma fille. Je déclare que toutes les quittances d'icelles sont en dépôt chez le sieur Coignard l'aîné, notaire à Rouen, dans un coffret fermé à clef, scellé de mes armes.

J'institue M. de Sennecterre mon exécuteur- testamentaire, le priant d'en prendre la peine et d'agréer le présent que je lui fais du diamant blanc formant la principale pendeloque de l'une de mes boucles d'oreilles.

Si l'un de mes enfants venait à mourir sans enfants le dernier héritier vivant, s'il mourait l'un et l'autre sans héritiers en ligne directe après le décès du sieur de Prie, mon époux, et avant le décès du sieur de Monchesne. mon frère, je fais ledit sieur de Monchesne dans ce cas mon légataire universel, à condition de donner cent mille livres à Mme de Mareuil, ma sœur: cent mille livres à une autre de mes sœurs à présent à marier, nommée Henriette Berlhelot de Pléneuf; cent mille livres au plus jeune de mes frères, nommé Saint- Albau, et cent livres de pension viagère à une de mes sœurs religieuse au monastère des Filles-Sainte-Marie à Saint-Denis,

en augmentation de celle que je lui ai donnée et léguée de deux cents livres de pension viagère à courir du jour de mon décès.

Si mes enfants venaient à mourir sans enfants après le décès du sieur de Monchesne, je donne et lègue aux enfants du dit sieur de Monchesne cent cinquante mille livres en outre la portion qui leur reviendrait par droit naturel et suivant les lois.

Je révoque tous testaments ou codicilles par moi faits avant le présent, auquel seul je m'arrête comme étant ma dernière volonté.

Je veux qu'en l'instant de mon décès mon exécuteur testamentaire soit saisi de tous mes biens.

Fait ce 15 novembre 172G, etc.

Codicille

Par devant les conseillers du Roi. notaires, garde-notes à Rouen, soussignés, fut présent haut et puissant seigneur Henri de Sennecterre, lieutenant général des armées du Roi, demeurant ordinairement en son hôtel à Paris, rue Vivienne, paroisse Saint-Eustache, à présent en celte ville, logé rue des Carmes, lequel a requis I\P Coignard, notaire, d'annexer à la minute du dépôt du testament de ladite dame marquise de Prie, le codicille olographe de la dite dame commençant par ces mots : « Je, soussignée, Agnès Berthelot de Pléneuf, épouse, etc. » et finissant par ces mots : « Fait, au château de (^ourbépine, ce 19 septembre il21. Agnès Berthelot de Pléneuf », ledit codicille contenant sept pages d'écriture sur moyen papier non timbré: plus le dit seigneur de Sennecterre a aussi re([uis le dit Coignard d'annexer auprès de la minute des présentes l'enveloppe cachetée des armes de la dite dame qui était sur le dit codicille, la dite enveloppe contenant ces mots écrits de la main de la dite dame : « Codicille pour être joint à mon testament après mon décès et être remis à M. le comte de Sennecterre, mon exécuteur testamentaire. »

De laquelle enveloppe qui contenait le dit codicille le dit sieur de Sennecterre a fait ouverture sans endommager le

cachet trouvé sain et entier, en présence du dit Coipnard, notaire, aux mains duquel le dit codicille cacheté avait été mis par la dite dame marquise de Prie, pour la remettre après son décès au dit sieur de Sennecterre, qui a trouvé le dit paquet en bon et sain état. A été observé que au-dessous de la date et de la signature de la dite dame de Prie sont écrits ces mots : « De la main du dit Coignard^ notaire, ainsi qui Ta reconnu, paraphé. Au dossier de l'acte passé à Rouen par M« Coignard Taîné. notaire. Furent témoins.... ce... septembre 1727, étant en suite d'un autre acte du 20 mars dernier. Et sont les dits codicilles et enveloppes demeurés joints à la minute représentée après avoir été du dit sieur de Sennecterre paraphés en présence des notaires soussignés pour en être du tout ainsi que dudit testament délivré des expéditions ainsi qu'il appartiendra. Dont acte, fait et passé en Tétude du dit Coignard, notaire, l'an 1727, le 21 octobre, après midi, etc., etc. »

Je soussignée Agnès Berthelot de Pléneuf, épouse séparée quant aux biens du marquis de Prie, etc., par forme de codicille à mon testament du 15 novembre 1726 déposé pour minute à Coignard, notaire à Rouen, le 20 mars dernier, je fais et écris de ma main ce qui suit.

Je révoque les cinq cents livres de pension viagère que je léguai par le dit testament à demoiselle Aubert, femme du sieur Aubert, musicien du Roi et de Son .Vitesse Monseigneur le Duc. Je donne à la demoiselle Aubert, fille à présent pensionnaire à Lisieux, cent cinquante livres de pension viagère sa vie durant et en outre les cinq cents livres de pension viagère que je lègue au sieur de Honneval, ci-devant attaché à M. le comte de la Feuillade.

Je donne et lègue au dit sieur de Bonnevul, pour augmentation, trois cents livres de pension viagère, ce qui fait en tout huit cents livres de pension viagère.

Je révoque le legs que jai fait à M. Lozilières, envoyé pour le Roi à la cour de Turin, de treize actions de la Compagnie des Indes, avec les intérêts au jour de mon décès. Je donne et lègue lesdites treize actions à Louis de Prie, mon fils.

Je révoque le legs que j'avais fait par le dit testament au sieur de Gaumont, maître d'hôtel, et à la demoiselle de Gaumont, son épouse, ma deuxième femme de chambre, de quatre

mille livres une fois payées et de quatre cents livres de pension viagère. Je leur donne seulement trois mille livres une fois payées au cas qu'ils seront à mon service ou l'un des deux au jour de mon décès.

Je donne et lègue à Bugier mon deuxième laquais, trois cents livres une fois payées au cas qu'il soit à mon service, etc.

Je donne et lègue au sieur Bastien, pour témoignage du contentement que j'ai de son zèle et de ses services, la somme de mille écus, à condition, etc.

Je révoque le legs que j'ai fait à Mme de Monchesne d'une croix de brillants blancs. Je révoque de mon testament l'article où je lègue à M. de Monchesne un diamant blanc en forme de bateau du prix de sept mille livres, et au lieu du diamant blanc dont je fais présent à M. de Sennecterre, mon exécuteur testamentaire, et qui sert de pendeloque à l'une de mes boucles d'oreilles, je le prie d'agréer le présent de mon diamant blanc monté en pendeloque.

Je donne et lègue à Mme de Sand (?) une paires de boucles d'oreilles et de...

Je révoque de mon testament la disposition qui établitM.de Monchesne, mon frère, mon légataire universel en cas de mort de mes enfants après la mort de M. de Prie, et le legs fait à Mme de Mareuil, demoiselle Berthelot de Pléneuf, et à mon frère nommé Saint-Alban, entendant que la dite disposition n'ait point lieu et que mon bien retournera à ma famille suivant les lois. J'entends que l'une de mes sœurs, religieuse au monastère des Filles de Sainte-Marie à Saint-Denis, proche Paris, jouisse sa vie durant, du jour de mon décès, des cinq cents livres de pension viagère que je lui ai léguées par ledit testament.

Je révoque aussi le legs que j'ai fait de cent cinquante mille livres aux enfants de M. de Monchesne.

J'entends au surplus, que mon dit testament soit exécuté et que le présent codicille y soit joint.

Fait au château de Courbépine, le 19 septembre 1727.

Asnès Berthelot de Pléneuf.

LETTRES ET PLACETS ADRESSÉS A LA MARULISE DE l'RIE

Du duc de Richelieu.

J'ai reçu, Madame, l'extrait du journal de la Tour de Babel que vous m'avez fait Thonneur de m'envoyer, et comme j'en suis un peu plus près que vous et que d'ailleurs cette cour-ci y ressemble beaucoup, je réponds dans le même style. De ces détails il y en a qui m'étaient fort inconnus, mais comme en ce pays-ci on aime mieux dire des sottises que de rester coi, je me conforme à l'usage, et vous verrez dans les galimatias que j'ai l'honneur de vous envoyer un modèle des conversations de ce pays-ci.

Ce que vous me faites l'honneur de me mander de celles du pays que vous habitez, où vous prétendez que vous avez entendu dire un peu de bien de moi me fait assurément grand plaisir et il y a des approbations qui flattent mon amourpropre de toutes façons, et assurément la votre est à la tète.

Car je vous assure, Madame, qu'il n'y a rien de si sérieux et qu'il ny aura rien de si fidèle et de si sûr que les sentiments, j'ose dire de l'amitié, de l'attachement et du respect que j'aurai toute ma vie pour vous. L'inclination les a formés, la raison les justifie. Aussi il n'y en a point, je vous jure, sur qui vous devez tant compter.

J'ai appris avec bien de la joie les merveilleux changements de notre Cour et de la satisfaction où tout le Royaume est de notre Reine. Cela en doit être une grande pour ceux qui ont contribué à nous la faire avoir, et si les suites répondent, comme il y a lieu de s'en ilatler à d'aussi heureux commencements, la Cour deviendra bien aimable, la tranquillité du Royaume bien affermie par des Dauphins et les frondeurs bien confondus.

Le Roi a passé toutes espérances et achevé le bonheur de la Reine par ses bons procédés et ses prouesses. Cela est encore plus agréable pour ceux qui étant obligés de le représenter pourraient sur ce chapitre l'imiter mieux que d'autres. Je crois pouvoir m'en ilatter et avoir de quoi faire taire les

jaloux de ma gloire et convaincre ceux qui voudraient douter que je peux dignement représenter un tel maître, mais ce serait dommage de prodiguer des exploits aussi royaux aux beautés germaniques, qui ne méritent pas tant de soin. D'ailleurs, je crois que cela ne doit pas passer les sujets du lloi.

Si cependant on trouve à propos dans le conseil que de temps en temps je fasse voir ce que peuvent les Français et qu'ils ne sont pas dans l'état misérable où l'on voulait les décrier en Europe, cela me sera fort facile, mais je vous assure que cela étonnera beaucoup en ce pays, où l'on n'est point accoutumé à pareille chose, ce que j'ai vu par l'étonnement où toutes les Dames ont été en apprenant ces particulalarités^, que je n'ai laissé ignorer à aucune.

Je vous assure, Madame, que je compte assez sur la solidité des bontés dont vous voulez bien m'assurer et sur les offres que vous daignez me faire pour m'adresser librement à vous si j'avais quelque chose à désirer à la Cour, mais la satisfaction où l'on me flatte qu'on est de moi, les bontés dont M. le Duc veut bien m'honorer comblent tous mes vœux, et mes désirs ne vont pas au delà.

J'avais désiré en partant, fort vivement, d'être chevalier de l'Ordre. Je l'aurais désiré davantage si j'avais su la nécessité dont cela était dans ce pays et la surprise désagréable où l'on a été de ne me le point voir, mais je ne pense plus qu'à tacher de bien voir arranger les affaires importantes qu'il y a ici et revenir avec cette satisfaction si je suis assez heureux de pouvoir mériter l'approbation du lloi, les bontés de M. le Duc et si je puis joindre à cela vos bonnes grâces et l'espérance de pouvoir avoir toujours en vous une amie solide, je vous assure que tous mes vœux seront comblés. Mais en ce pays l'ennui me gagne, je travaille comme un chien et la fatigue accable ma santé, qui n'est pas encore bien forte. La philosophie me tient à la gorge qui me fait désirer de la tranquillité et pouvoir venir jouir de la douce société de mes citoyens et citoyennes après être sorti de la situation frivole dont je m'étais enfariné. Quand je serai arrive là, je serai heureux, surtout si vous êtes bien persuadée du respect et de l'atta-

chement avec lequel je serai tant que je vivrai, Madame, votre très humble et obéissant serviteur,

Le Duc DE RiCHEI.lKlI.

Je vous demande bien pardon de tout mon griffonage, mais j'ai reçu votre lettre hier. 11 faut faire partir mon courrier, et c'est une chose pénible à un ambassadeur d'expédier un courrier. J'ai voulu vous écrire par lui et j'ai mieux aimé vous donner un peu de peine à déchiffrer tout cela que d'attendre plus longtemps par la poste une mauvaise réponse.

M. le marquis de l>reilh (f), ministre du roi de Sardaigne, me charge de vous assurer de mille respects de sa part et de vous demander si vous vous ressouvenez de lui. 11 vous respecte et vous honore beaucoup et prétend que vous l'aimiez un peu quand vous étiez à Turin, mais il a bien peur que vous l'ayez oublié.

De Vienne, le 17 octobre 1723.

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