M^"^ HERTIIKLOT DE PLENEUF. — SA VIE GALANTE
que le proverbe « Heureux au jeu, malheureux en ménage » était particulièrement applicable à ce mari. Car s'il avait gagné en jouant avec des dés pipés au grand jeu de la fourniture des armées, il avait par contre perdu la partie en sa vie domestique.
La renommée de Mme de Pléneuf était donc détestable à ce point que son entourage n'avait pas hésité à la qualifier de Messaline de son temps. Les amis l'avaient dit, le peuple l'avait répété et l'appellation lui en était restée.
La venue de nombreux enfants, dont la future Mme de Prie, en août 11)98, était la première, n'avait pu désarmer la médisance. Et comment en eût-il été autrement quand on connaissait à cette femme trop d'attachements successifs et voisins les uns des autres, pour admettre une certitude quelconque dans la paternité de l'époux?
On ne prête, dit-on, qu'aux riches. On avait beaucoup prêté à Mme de Pléneuf. On lui avait attribué nombre d'amants dont la plus grande partie semblait sûre.
C'était un Canon-Destouches, d'où procéda plus tard Néricault-Destouches, le diplomate auteur comique; le chevalier de Velleron, neveu du cardinal de Janson; M. d'Agenois, cadet de Richelieu; le duc de la Meillerave; M. de la Baume, fds du maréchal de Tallard; un prince lorrain, le prince Charles d'Armagnac; le cardinal de Roiian, le duc de la Vrillière, le marquis de Cany, fils de Chamillard.
Et la liste s'allongeant toujours, c'était encore MM. de Duras, de Courcillon, de Dangeau, de Gacé, de Verton.
La liaison avec le prince Charles, la plus sérieuse de toutes, en en exceptant celle du jeune La Baume, mort en héros à la bataille d'Hochstedt, avait conduit Mme de Pléneuf jus(iu'aux environs de 1710.
Alors la gloire mondaine du ménage Berthelot de Plé-
neuf avait battu son plein. Ses salons de la rue de Cléry comptaient parmi les plus courus de Paris. La foule des petits maîtres y abondait. On se serait-elle réunie d'ailleurs, quand à Versailles, à Marly, à Sceaux, à Saint- Cloud le rigorisme pieux dominait, quand le vieux monarque et Mme de Maintenon, s'entourant d'austérité, la faisaient également observer des gens de la cour?
Où aurait-on pu se distraire à cette triste époque, si ce n'eût été chez des financiers tels que Pléneuf? L'infortune du moment comme les deuils de la guerre les avaient infiniment peu touchés; chez eux on trouvait de la gaieté, du bruit, de l'éclat, des fêtes, des femmes faciles.
Aussi l'hôtel des Pléneuf faisait-il prime, et l'emportait-il presque sur celui des opulents Crozat, de l'illustre Samuel Bernard, de l'extravagant Bonnier de la Mosson, du grand Thévenin ou du grand Bourvalais.
Elle offrait en plus des peintures, des doruxes, des marbres, des appartements somptueux, une femme véritable divinité conquérante. « Grande, faite au tour, écrivait Saint-Simon, avec un visage extrêmement agréable, de l'esprit, de la grâce, de la politesse, du savoir-vivre, de l'entregent, de l'intrigue, el qui aurait été faite pour fendre la nue à l'Opéra et y faire admirer la déesse. »
Et à côté de cela un mari i)on enfant, « magot plein d'esprit, qui voulait avoir la meilleure part de sa femme, mais qui du reste n'était pas incommode et dont les gains immenses fournissaient aisément à l'abondance, à la délicatesse de la table, à toutes les fantaisies de parure d'une belle femme et à la splendeur d'une demeure de riche financier. »
Mais encore fallait-il pour y être admis montrer patte blanche, en se conformant aux règlements imposés par Mme de Pléneuf à ses admirateurs. •