‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 16 sur 133 · JALOUSIE DK M"= DE P LÉ NEUF CONTRE SA FILLE H · texte numérisé non relu

JALOUSIE DK M"= DE P LÉ NEUF CONTRE SA FILLE H

curiens d'Anct ou du Temple, avait déjà illustré le nom.

Deux hommes de moindre conséquence s'étaient joints à eux par la suite : le chevalier do Jîelle-Tsle, qui suivit toute sa vie la fortune de son frère, puis Moreau de SéchelleSj un parent des Berthelot, dont on pensait alors faire un maître des requêtes. Celui-ci intelligent, actif, avec beaucoup d'esprit d'intrigue, qu'il sut mettre en œuvre plus tard pour se pousser jusqu'au poste de Contrôleur Général.

Le marquis de Sennecterre, personnage ondoyant, bon h jouer tous les rôles, tantôt lieutenant général et tantôt ambassadeur, appartenait encore à cette société, mais en V gardant toujours sa liberté d'action et sans s'associer entièrement à leurs menées, qui étaient au demeurant celles de la seule Mme de Pléneuf.

(Chacun des membres de la coterie de la rue de Cléry ne voyait, n'entendait et ne jugeait en effet que par cette femme, qui de son côté obéissait à ces deux passions intransigeantes, d'une part le désir de s'identifier aux gens de qualité en secouant sa boue de finance, de l'autre l'i'spoir troublant et dévorant d'humilier cette ennemie ni'e de son sang, sa fille. Pour mieux faire comprendre ce dernier sentiment si anormal chez une mère, il convient une fois de plus de citer Saint-Simon.

« Entre plusieurs enfants, dit-il, Mme de Pléneuf avait une fille qui avait fait la passion et l'occupation de sa mère à la bien élever. Mais devenue grande et à mesure qu'elle plut par cent attraits vainqueurs, elle déplut à sa mère. Mme de Pléneuf ne put souffrir de voir chez elle des hommages qui pouvaient s'adresser à d'autres. Les avantages de la jeunesse l'irritèrent. Sa fille, à qui elle ne [)ut s'empêcher de le faire sentir, souffrit sa dépendance, essuya ses murmures, supporta les contraintes, mais le

dépit s'y mit. 11 lui échappa des plaisanteries sur la jalousie de sa mère qui lui revinrent. Celle-ci en sentit le ridicule. Elle s'emporta. La fille se rebecqua, et Pléncuf, plus sa^e qu'elle, craignant un éclat qui nuisît à l'établissement de sa lille,leur en imposa, en sorte qu'il en étouffa les suites, qui n'en devinrent que plus aigres dans l'intérieur domestique et qui pressèrent Berthelot de l'établir. »

Encore plus forte que l'ambition, cette haine sauvage n'avait pas molli devant le mariage, la séparation, l'absence. Elle guidait, en s'unissant au premier de ces mobiles, toutes les actions de Mme de Pléneuf et conséquemmcnt de ses amis dévoués.

Elle inspirait et déterminait particulièrement la conduite de celui d'entre eux qui touchait le plus à son cœur, qui fut aussi le plus entreprenant, le plus intelligent, le plus animé, pour la mère contre la fille, pour cette femme contre Mme de Prie, de l'intendant puis du sous-secrétaire d'État à la guerre Le Blanc.

Le quatrième personnage principal de ce drame intime et politique dont nous donnons le portrait à nos lecteurs, Claude Le Blanc, était (ils d'un conseiller au parlement, depuis maître des requêtes et intendant de Normandie. Par sa mère, une Bazin de Bezons, il se trouvait beau-frère du maréchal de ce nom. Par ses frères, tous les deux évéques, l'un de Sarlat, l'autre de Coutances, il avait un pied dans l'Eglise.

Il s'était distingué lui-même fort hâtivement par des mérites supérieurs, une remarquable facilité de travail, de réelles qualités d'administrateur. Après avoir traversé comme son père les emplois de conseiller d'Etat et de

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