L'INTENDANT LE I5LANC. — SA VIE
maître des reciiuHes, il avait obtenu iiiic intendance, celle d'Auvergne.
Il V avait parfaitement réussi, ce dont on l'avait récompensé en le proposant pour l'intendance de liordeaux, puis, après celle-ci, pour la plus ap[)réciée de toutes, celle des Flandn^s. C'était un poste df confiance, surtout à l'instant oii on l'y appelait.
Le Blanc y avait accompli des prodiges, se conduisant autant en soldat qu'en intendant, tentant pendant la campagne de 1712 des surprises sur de petites places fortes, comme Menin, arrêtant des partisans, prévenant les coups de main de l'ennemi.
Mais cela n'était rien auprès de ce qu'il avait accompli à Dunker(iue, oii il s'était tout bonnement surpassé.
On sait que par une des clauses du traité (rUtreclit (1713), Louis XIV s'était engagt' à démolir les fortifications de cette ville en en comblant le port. Le cceur du monarque avait saigné. L'bumiliation était grande!
Aussi avait-on voulu par tous les moyens possibles lui en adoucir l'amertume. Mardyck était proclie. avec une citadelle et un bavre qui pouvaient remplacer la citadelle et le bavre perdus, avec une situation maritime à peu près (Mpiivalente.
Le Blanc avait eu la perception rapide de ce qu'on en pouvait faire : refonder un nouveau Dunkerque à quelques milles de l'ancien. Son [)rojet, simple et lumineux, avait été agréé. Seulement il restait ;i l'exécuter. On avait besoin pour cela d'un bonnne capable en même temps d'activer cet immense travail et de ménager les susceptibilités britanniques, ou ])Our mieux dire de tromper la surveillance inquiète de l'Angleterre.
Le Blanc avait encore été cet bonnne. îl avait tout accordé au mieux des intérêts de son maître. On devait le
louer. On le loua. Voysiii, pour lors secrétaire d'État à la guerre, en succession de Chamillard, le prôna chaudement au vieux roi, qui voulut le voir et le remercia de vive voix .
A tout ce bruit mené autour de lui, on dirait actuellement à toute cette réclame, les Berthelot de Pléneuf n'avaient pas été étrangers.
En effet, pendant que Tintendant remplissait si heureusement ses fonctions en Auvergne et en Flandre, le père de Mme de Prie avait intrépidement poursuivi sa carrière.
Le discrédit dont ses rapines l'avaient frappé ne l'inquiétait pas outre mesure, comme on l'a vu précédemment. Le ministre Chamillard était resté de ses amis et presque de ses obligés. Il l'en avait fait souvenir quand le poste de premier commis à la guerre avait été vacant par suite de la retraite de son titulaire, un M. de Fumeron, ancien serviteur dont Pléneuf passait pour avoir hâté le départ.
Voysin, en succédant à Chamillard, n'avait eu garde de le déplacer. Il n'entendait rien au service des armées. Pléneuf était rompu à cette besogne. Il s'était donc confié à hii plus encore que son prédécesseur.
Or Pléneuf connaissait Le Blanc de longue date. Il l'avait maintes fois rencontré à la frontière quand il y escortait son ministre. Il lavait revu à Versailles ou aux bureaux de la guerre. Une étroite amitié s'était donc formée entre ces deux hommes. Un sentiment plus tendre avait définitivement attaché lintendant à la maison du financier.
Devenu l'un des multiples soupirants dont parle Saint- Simon, il ne s'était plus éloigné que très passagèrement de l'hôtel de la rue de Cléry. Il y avait plu à tout le monde, sauf à la fille aînée du logis, à Agnès de Pléneuf (car dans