ANTIPATHIE DE IN^"^ DE PLENEUF POUR LE BLANC
un premier moment d'enthousiasme pour celte enfant, Mme de Pléneuf avait désiré qu'elle portât le même nom qu'elle).
Comment cette fdlette dotée avant l'heure de tant d'attraits, vive, animée d'un enjouement naturel auquel amis et ennemis ont rendu hommage, et d'un autre côté cet intendant âgé pour lors d'une trentaine d'années à peine, « joyeux vivant, aimant la compagnie, la honne chère, plein d'esprit lui aussi, de liant et d'expédient » — c'est Dangeau qui parle — comment avaient-ils pu si peu se convenir?
Comment, si ce n'est parce que la mère jalouse avait au début excité son amant, ou celui qui allait l'être, contre cette fdle détestée, et que celle-ci s'en était aperçue, qu'elle avait imputé dès lors à juste titre à Le Blanc comme à ses amis une partie des mauvais traitements dont elle était l'objet chez elle, que l'antipathie une fois née entre eux s'était singulièrement fortifiée de tout ce qui allait suivre.
Peut-être aussi Le Blanc et les Bellc-lsle et Séchelles avaient-ils contribué à la solution brutale de la curieuse aventure qui se contait ainsi. M. d'Angennes était des adorateurs heureux de Mme de Pléneuf. Ses vœux avaient été exaucés; plus encore, Mme de Pléneuf avait conçu pour lui une passion violente, lorsque la beauté ravissante d'Agnès avait détourné les regards du comte de la mère sur la fdle. Ce changement de sentiment n'avait pas échappé h la perspicacité de la première. Elle avait ameuté ses amis, et c'était cette découverte qui avait décidé de l'éloignement et du mariage de la jeune fdle, tandis que M. d'Angennes allait mourir deux mois plus tard en pleine rue à Paris, de trois coups d'épée, au milieu de circonstances fort étranges.
i(i MADAME DE PRIE
Qaoi qu'il en fût, les manifestations publiques delà haine des amis de Mme de Pléneuf, principalement de Le Blanc, contre sa fille Agnès, dès lors marquise de Prie, du ressentiment de celle-ci contre eux. ne devaient pas tarder à se produire. Mais ici il convient de faire remarquer que les premiers coups furent portés par les membres de cette coterie, qu'à peine mariée Mme de Prie en avait souffert.
On a vu de quelle façon Berthelot de Pléneuf l'avait donnée au marquis de Prie, baron de Plasnes, gouverneur de Bourbon-Lancy. colonel d'un régiment de cavalerie de son nom, brigadier des armées du Roi, ambassadeur auprès du roi de Sardaigne et marqué pour être un jour l'un des seigneurs attachés à l'éducation de Louis XV.
Louis de Prie, deuxième du nom, chevalier-baron, puis marquis de Plasnes, dit le marquis de Prie, était parfaitement gentilhomme d'ancienne maison, allié aux plus illustres familles du royaume. Il était parrain du roi. Sa bonne fortune avait voulu qu'il fût avec sa tante Mme de Ventadour dans le cabinet de Louis XIY quand on y apportait le petit duc de Bretagne (Louis XV). 11 l'avait tenu sur les fonts. Tl avait donc fait à Mlle de Pléneuf beaucoup d'honneur en l'i'qtousant.
Mais M. de Prie était, de par son père le vieux comte de Plasnes, aussi pauvre en numéraire que riche en grands domaines j)eu productifs; c'est ce qui explique comment autour de lui on avait fermé les yeux sur cette mésalliance, dont le public s'était fort étonné à l'époque.
Pléneuf avait triomphé du fait de cette union, mais il ne devait pas porter ses succès plus loin. Au jour même où sa nile présentée au Grand Roi surprenait Versailles par sa beauté et ses airs du monde si précoces, tandis que M. de Prie gagnait de son côté Turin et que le ministre Torcy lui écrivait à propos de sa femme restée à Paris les