‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 19 sur 133 · MARIAGE DE M^^^ DE PLÉNEUF · texte numérisé non relu

MARIAGE DE M^^^ DE PLÉNEUF

plus jolies choses du monde, l'orage longtemps amassé sur la tête du premier commis de Voysin éclatait subitement.

Le bruit s'était répandu du jour au lendemain que l'on allait procéder à une nouvelle revision de ses fameux comptes aux armées d'Italie.

La maladie du Roi puis sa mort avaient temporairement interrompu les poursuites commencées à cette date. Elles avaient repris par contre aussi furieusement que possible quelques mois plus tard, quand Pliilip})e d'Orléans, bien assuré de la régence, eut décidé de faire rendre gorge aux traitants.

Pléneuf avait été cité avant tous autres devant la cour de justice instituée à cet ellet.

Le Blanc faisait partie à cette date du conseil d'État. Il avait sollicité d'être de la commission particulièrement chargée d'étudier les livres de Pléneuf. Il était déjà fort bien en cour au Palais-Royal, ayant toujours su ménager avec une rare adresse les intérêts des différents partis de la maison d'Orléans. Le Régent ne pouvait rien lui refuser. On l'avait nommé en conséquence de compagnie avec trois autres de ses collègues : Saint-Gontest, Landivisiau, Le Gendre, plus Le Pelletier de la Houssaye, (jui fut depuis contrôleur général, en qualité de président.

On eût pu croire à ce moment que Le Blanc se montrerait bienveillant pour son ami Pléneuf; au lieu de cela, il avait été sans pitié à son égard. Mme de Pléneuf, blessée de ce que son mari eût épousé le parti de sa fille, lai imposait cette conduite.

Le père de Mme de Prie, qu'on avait prévenu en temps utile de son arrestation imminente, avait bien mis la frontière entre les sergents et lui. Il s'était réfugié d'abord en

Suisse, à Soleure. De Soleure il avait gagné Turin, où l'ambassadrice de France, sa fille, lui tendait les bras.

Mais en sauvant sa personne il n'avait pu en faire autant de ses biens, de l'hôtel de Paris et des terres de Baye en Champagne, dont il venait de se rendre acquéreur, de Ville-Évrard et de Guémadeuc. Il devait cinq cent mille livres au Roi. C'est à cette restitution qu'il avait été condamné par contumace. On avait saisi ses propriétés, sur la demande expresse de Le Blanc.

L'inventaire dressé dans le temps même, et qui forme aujourd'hui l'un des poudreux dossiers de nos Archives nationales, témoigne surabondamment de l'action exercée par Tex-intendant des Flandres auprès des autres membres de lu commission pour les décider à adopter les mesures les plus sévères.

L'ami de Mme de Pléneuf avait fait plus. Il s'était approprié l'hôtel de la rue de Cléry pour y installer ses bureaux. Il en avait dépossédé le financier, en s'attribuant ainsi une demeure où Mme de Prie avait passé son enfance, si pleine d'après cela, pour elle, de souvenirs du passé comme de regrets dans le présent.

La jeune femme s'était juré de ne jamais pardonner cette malveillance a Le Blanc, de lui rendre un jour, si les occasions s'en présentaient, œil pour œil et dent pour dent.

Mais en quoi cette menace pouvait-elle effrayer à l'heure même un parvenu de la trempe de celui-là, voguant alors en pleine fortune?

Car le Conseil d'Etat n'avait été pour lui qu'un premier succès suivi de bien d'autres. Le Régent l'avait définitivement pris en affection. Il lui avait réservé une des meilleures place de son administration. On venait d'instituer des conseils pour chacun des services qui relevaient au-

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