FAUTES KT DÉBOIRES DE PLÉNEUF
paravaiiL d'aiitaiit de ministres. Il y avail de cette façon un conseil de la guerre où siégeaient des personnages comme Yillars, Berwick et Bezons, ce dernier favori du duc d'Orléans et si initié, ainsi que nous le montre Saint- Simon, h la politique la plus secrète du Palais-Royal. On V avait appelé Le Blanc, que ce coup de chance rapprochait du haut gouvernement.
Que lui étaient dès lors les protestations indignées d'un banqueroutier fugitif comme Pléneuf et d'une faible femme reléguée on une petite cour de Savoie comme la marquise de Prie, sans appui et sans argent'?
Car l'ambassadeur et sa femme avaient largement dépensé durant ce séjour de deux ou trois années à l'étranger. M. de Prie avait tenu à dignement représenter le plus grand roi du monde, dont il était l'envoyé, puis le petit roi son successeur. Son très mince avoir s'était fondu à cette pratique. La dot plus considérable de Mlle de Pléneuf avait subi le même sort. Bref, en 1717, le ménage se trouvait réduit aux pins dures extrémités, avec un reliquat d'à peine sept mille livres de rente, des dettes chez une infinité de banquiers italiens, leur argenterie en gage et nul espoir d'en sortir autrement que par l'intervention de l'État. Or, le trésor royal était vide. On ne pouvait payer M. de Prie.
C'est là qu'en désespoir de cause il avait décidé d'expédier sa femme à Paris, et pour qui a lu cette longue correspondance avec Torcy sur les affaires de Sardaigne, où àchaque page il est fait allusion à sa position précaire, on éprouve plutôt de l'étonnement et de l'admiration en présence de la force d'àme dont l'ambassadeur avait eu besoin pour tant tarder à user de ce moyen en se séparant de sa compagne.
Celle-ci avait donc traversé les Alpes, comme on l'a
dit plus haut, en plein hiver, pour arriver en France dans les derniers jours de 1718.
Elle y retrouvait les gens de cette coterie de qui elle avait eu déjà tant à pàtir, plus en posture de lui nuire qu'à aucun autre moment du passé.
Le Blanc n'était plus conseiller d'État. Il n'était plus membre du conseil de la guerre. Il était ministre du même département. Il avait bénéficié d'un retour à l'institution des secrétariats d'État. On avait besoin d'un homme entendu à cet immense service des armées. Le maréchal de Yillars s'était récusé. Le maréchal de Bezons en avait fait autant, mais non point sans indiquer son beau-frère Le Blanc au choix du Régent, en le citant constamment comme l'homme indispensable.
11 avait été nommé sans contestation (20 septembre 1718). Avec un caractère tel que le sien, il ne devait pas se laisser oublier dans ce nouveau poste.
11 avait de suite mis toute son adresse à plaire à l'abbé Dubois, à le seconder, à le doubler à l'occasion^ ce qui constituait au demeurant la meilleure manière de réussir auprès du Régent, dont l'abbi' était si souvent l'esprit et la main.
Il avait ainsi paru avec avantage dans les circonstances difficiles.
Lors du complot de Cellainare. notamment, il avait été aussi promptement informé que Dubois et aussi proinplement appelé que lui à s'assurer de Ja personne de l'ambassadcur d'Espagne, à s'emparer de ses papiers, à faire observer ses complices.
Seulement, à la place des emportements de Dubois et de ses menaces, il avait usé en cette procédure d'une modc'ration. d'un calme de bonne compagnie ([ui faisaient dire à Cellamare. « Je m'expliquerai volontiers devant
SUCCÈS DKS AMIS DK U"^ DE PLKNEUF 21
M. Le Blanc, qui est un fort honnête homme, alors que Fahhé Duhois est un hrutal, un niaq... »
Cette hahile conduite lui avait procuré, du reste, d'autres avantages assez inattendus. Elle l'avait posé en allié discret de ceux-mèmes qu'il avait cependant déjà inquiétés au temps de leurs procès sur les préséances des princes légitimés, si fort impliqués dans ladite conspiration de Cellamare .
Le Blanc avait eu la main assez souple d'une part, assez ferme de l'autre, pour contribuer puissamment à rétablir le crédit du duc d'Orléans régent, sans compromettre par trop celui du duc du Maine, de son frère le comte de Toulouse et de leurs partisans. Mme de Staal-Delaunay, Buvat, Marais et les chroniqueurs de l'époque ont parfaitement défini la politique si bien entendue du secrétaire d'État à la guerre, mise en regard des maladi'oites incartades de Dubois.
Ils n'ont pas cependant assez dit jusqu'à quel point ces procédés courtois et habiles avaient été profitables à celui qui les avait employés, comment il était passé bientôt aux yeux des chefs de ce parti si considérable pour le libérateur auquel on devait une éternelle reconnaissance, comment aux heures de ses propres tribulations ils contribuèrent à sa défense, comment enfin, par le fait d'être patronné [)ar eux et j)ar la faction d'Orléans (jui marchait avec eux, l'ennemi personnel de la marquise de Prie devait fatalement devenir l'adversaire politique, obligé et acharné de M. le Duc.
Le héros de rh(3tel de Pléneuf avait donc réussi au delà de toute attente. Et comme bien on le pense, un succès aussi éclatant l'avait rendu de [)lus en plus le conseiller écouté des Belle-lsle, de la Fare, des autres séides de Mme de Pléneuf.
Ceux-ci avaient semblablement fort bien conduit leurs barques. La Fare n'avait guère pu approcher plus près du cœur do Philippe d'Orléans que par le passé. Mais il avait eu l'art de se maintenir au rang de ses plus intimes amis. On consentait à le classer parmi ces roués raisonnables du régent, tels que Simiane et Canillac, qui, tout en ne fuvant pas entièrement les joies bruyantes de leur patron, savaient en éviter pourtant les manifestations trop brutales; peut-être à cause de cela a^■ait-il gardé un crédit plus durable auprès du maître.
Bclle-Isle. ambitieux à l'excès, cupide, avare, peu aimé, peu considéré en dépit de ses liantes qualités d'intelligence, avait quant à lui tout désiré et tout brigué, que ce fût d'énormes indemnités pour son fief de Belle-Isle en mer, dont le roi avait envie, ou le brevet de colonel-général des dragons ou quelque aulre distinction.
Il avait cherché des yeux autour de lui qui. en dehors de ses alliés, pourrait l'aider. L'abbé Dubois et Le Blanc lui avaient sendjlé les plus propres à cet office. Il s'élait fait leur caudataire, et bien des gens pensaient quil s'était efïectivement assez emparé de la confiance du premier pour mener bon nombre d'affaires importantes. En réalité, Dubois l'employait ctiaque jour davantage en l'initiant ainsi aux questions d'État de peu de conséquence.
Enfin, il n'était pas jusqu'à Mme de Pléneuf qui n'eût prétendu, en ces trois années (1713-18), tailler dans le grand. Elle s'était avisée de marier une des filles du duc d'Orléans régent au fils de Victor-Amédée, le prince de Piémont.
Pléneuf, fixé à Turin auprès de sa fille, y avait accompli des prodiges d'intrigue. Avec son aplomb superbe de financier sans scrupules, sa jactance, son verbiage, il avait.