‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 21 sur 133 · AP"^ DE PRIE ET SES ENNEMIS · texte numérisé non relu

AP"^ DE PRIE ET SES ENNEMIS

étonné d'abord puis ensorcelé les hommes d'Etat de la Sardaigne. Il était homme à avoir au moins une idée par jour. Il avait eu celle de restaurer les finances du roi savoyard. Celui-ci l'avait écouté et avait si bien ajouté foi à ses promesses^ qu'il avait voulu en faire son contrôleur général. La combinaison avait avorté, mais l'inlluence de Pléneuf n'en avait pas souffert de diminution.

Mme de Pléneuf ne l'ignorait pas. Elle avait tablé sur des circonstances aussi favorables pour hasarder une proposition d'union entre les deux maisons princières d'Orléans et de Savoie, qui fut écoutée sans trop de surprise des deux ccjtés.

Ce premier succès l'avait enhardie. Elle avait mis alors son mari en campagne par correspondance. L'un et l'autre des époux avaient depuis si adroitement habitué les esprits à cette pensée, soit à Turin, soit à Versailles, (|ue le mariage avait été à la veille de se conclure. Il devait échouer néanmoins après maintes péripéties qu'il serait trop long de rapporter ici. Mais il en ('dait resté à Mme de Pléneuf de garder ses entrées au Palais- Royal et jusqu'à un certain point l'oreille de la duchesse d'Orléans.

Mme de Prie avait donc affaire à forte partie en rentrant à Paris aux derniers jours de 171(S. Pauvre et délaissée, sans appui présent, sans même un toit sous letjuel s'abriter, ceux qui la connaissaient et qui savaient les embûches auxquelles elle allait être exposée pouvaient considérer qu'elle succomberait au cours d'une lutte où sa mère et ses intimes ennemis étaient si dangereusement armés et elle si isolée en apparence, et si peu protégée contre leur mauvais vouloir.

Mais ceux qui avaient ainsi envisagé l'avenir de la jeune femme se trompaient. En réalité les armes dont elle disposait, ses armes à elle, n'étaient ni moins sûres ni moins redoutables que celles de ses antagonistes.

Mme de Prie avait vécu cinq années en Italie. Pendant ces cinq années elle avait prodigieusement appris.

Premièrement le manège des cours, qu'elle n'aurait pu trouver nulle part ailleurs plus compliqué, plus difficile à pénétrer et à employer qu'à la cour de Turin. Victor- Amédée y avait érigé la dissimulation et la fausseté en qualités primordiales de tout bon politicien. Chacun les y pratiquait par suite sans vergogne. L'ambassadrice de France y avait donc été formée sur ce point à une excellente école.

Elle avait appris les subtilités diplomatiques. M. de Prie était doué d'un esprit fort peu étendu. Il s'embrouillait facilement.

Il était pompeux et verbeux, ainsi que Torcy se permettait de le lui rappeler à chaque courrier. Il avait auprès de lui une femme à l'entendement ouvert, lucide, un beau-père dont le cerveau rompu aux afiaires enfantait sans cesse mille combinaisons nouvelles.

Il ne pouvait qu"étre absorbé par eux. Il le fut. L'ambassade était passée, la correspondance en fait foi, aux mains de la maniuise de Prie et de Pléneuf, et ceci à l'heure où l'on s'efforçait de régler les questions nationales les plus ardues. La première s'était autant instruite à la i)raliquc de ce métier ({u'elle avait gagné au précédent de science des intrigues.

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