SES MÉDITATIONS SUR SON ÉTAT
manieur d'aroent décrié et d'une femme universellement méprisée, placée par un coup du sort auprès d'un prince si proche lui-même du trône que les événements pouvaient au besoin l'y élever. Elle avait considéré la foule de ses adversaires puissants et résolus. Sans cesse il lui revenait des témoignages de leur colère de la voir en si bonne posture : chansons, satires venimeuses, médisances, calomnies.
On lui avait répété ce qui se disait journellement chez sa mère, entre celle-ci et ses amis : que le triomphe de sa iille ne serait pas de longue durée, qu'on saurait bien dégoûter M. le Duc de sa personiie, qu'une fois revenue à sa médiocrité et oubliée de ce prince, on la ferait se repentir de sa courte victoire.
Elle avait appris, d'autre part, de M. le Duc ou su par les indiscrétions de l'entourage ce que les ennemis de son amant tramaient contre lui, soit l'emploi des moyens les plus violents pour le réduire à l'impuissance. En rapprochant les noms des uns et des autres, elle avait reconnu que les amis de sa mère étaient aussi les amis de cette faction, que ses ennemis à elle étaient les ennemis de son prince, que dès lors leurs intérêts étaient liés et qu'en mettant M. le Duc dans une situation capable de leur en imposer, elle se mettrait elle-même à l'abri de leurs coups.
J)u jour où elle avait fait ces réilexions, sa ligne de conduite était tracée pour l'avenir. Élever le chef de la maison de Condé assez haut ponr que les assauts de ses rivaux ne pussent l'atteindre, ni elle à ses côtés, et préalablement y préparer les voies en encourageant leurs partisans dévoués, eu réchaulfant ceux des indifférents qui pouvaient être réchauffés, en déjouant les embûches de leurs antagonistes, en les combattant, en les perdant à leur tour si l'occasion s'en présentait.
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Conformément à ce dessein, Mme de Prie avait pensé d'abord à apaiser l'irritation fort légitime de son mari. En effet, celui-ci venait de rentrer d'Italie grâce au crédit de sa femme.
Malheureusement son arrivée coïncidait avec le début des succès du duc de Bourbon. Il avait fort mal pris l'aventure, et, à en croire les bailleurs de nouvelles, régalé la marquise de coups de bâton.
Mais M. de Prie était un homme sans caractère. Ses colères ne pouvaient durer. Ce seigneur, que l'on eut bientôt ridicuHsé à la cour et qu'on avait surnommé « Ravi de ça » à cause de sa continuelle habitude de prononcer ces trois mots, ce seigneur avait besoin d'argent. La bourse de M. le Duc s'était largement ouverte à son intention.
Il était vain. Les sollicitations de M. le Duc auprès du petit Roi lui avaient valu la place de gentilliomme attaché à l'éducation de Sa Majesté. Il voulait être logé. Il eut encore par M. le Duc un appartement au Louvre, où il déclarait sottement que ce prince venait coucher comme chez lui.
Plus tard on l'expédiait en Languedoc au titre de lieutenant-général de cette province. Bref, on l'anmsait, puis on léloignait, après lui a\ oir préalablement fermé la bouche.
Mme de Prie avait également casé son père. Elle l'aimait. Elle voulait se l'attacher, au milieu de la désertion de tant des siens.
11 avait quitté Turin après y avoir piteusement échoué dans ses multiples tentatives d'établissement de princesses, mais en s'étant refait une sorte de considération en France. On avait consenti à y jeter un voile sur les méfaits de l'ancien vivrierch's armées qui, en demeurant,