‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 26 sur 133 · SON ADROITE CONDUITE · texte numérisé non relu

SON ADROITE CONDUITE

était parvenu à désintéresser presque intégralement le Trésor. Seulement on ne lui restituait pas ses biens. Il se trouvait sur le pavé. Sa iîlle y avait pourvu. Elle lui avait obtenu par l'entremise de Dubois une mission de confiance.

On avait envoyé à la fin de 1719 M. de Sennecterre à Londres, pour y débattre avec le ministère anglais la question de la reddition de Gibraltar à l'Espagne. Georges I" avait pris, relativement h cette restitution, un engagement solennel vis-à-vis du Régent et l'on peut voir d'après la correspondance de l'envoyé du Roi de France avec quelle ardeur vraiment patriotique Pbilippe d'Orléans, doublé de Dubois, avait poursuivi ce résultat.

Ils doutaient et, à vrai dire, non sans quelque raison, des talents de Sennecterre. Ils avaient été heureux de lui adjoindre un lin matois tel que Pléneuf.

Ce n'avait pas été leur faute ni celle de la marquise de Prie si Bertlielot, fidèle à son caractère, avait employé la majeure partie de son temps à Londres à supplanter son chef.

M. le Duc n'était plus à gagner. Elle en était sûre. Elle l'avait acquis par ses grâces. Elle le retenait déjà par l'habitude. Elle l'amusait^ le distrayait, montrait un respect profond pour ses décisions, ce qui le flattait en le conlirmantdans l'idée qu'il agissait en tout par lui-même. Elle ne donnait jamais son avis qu'après s'être fait prier et en le subordonnant en apparence aux lumières supérieures (le son amant, (juoique ce fût fréquemment son conseil qui pré va hit.

Elle s'était insinuée de la sorte dans l'esprit de ce Prince jusqu'à y régner sans partage et d'autant plus que la mort de Mme la duchesse sa femme (mars 1720) lui avait laissé le champ tout à fait libre.

;i8 MADAxME DE PRIE

Elle avait éprouvé bien de la difficulté par contre à se faire agréer de l'autre Mme la duchesse, mère de son protecteur.

Fine, spirituelle, mordante, autoritaire, Mme la douairière de Bourbon, fille du Roi et de Mme de Montespan. sœur par là des princes légitimés, aurait pu déconcerter une personne moins entendue que la marquise de Prie. Elle aimait médiocrement son fils. Son camr trop froid ne lui avait permis d'aflection vive que pour le seul marquis de Lassay, mais elle prétendait exercer sur M. le Duc le môme empire que par le passé, au temps oii, enfant, il vivait sous sa dépendance absolue.

Elle devait donc envisager d'un très mauvais œil l'ingérence de la favorite dans ses affaires, et pour la lui faire supporter il avait été besoin de beaucoup de souplesse de main. Mme de Prie avait su se la découvrir, et grâce à cela lendre leurs rapports moins pénibles. « La duchesse, écrivait Walpole, ne cesse jamais de nourrir une extrême aversion pour l'amie de M. le Duc, mais elles conservent aux yeux du public tous les dehors de l'amitié. »

La marquise de Prie avait été plus heureuse avec la sœur préférée de son amant. Un réel sentiment de sympathie l'unissait à Mlle de Clermont. Quant à Mlle de Charolais, son caractère fantasque avait prévenu toute intimité ou toute hostilité durables. Enfin, les frères du duc de lîourbon, le comte de Charolais et le comte de Clermont, auraient, le cas échéant, penché plus aisément de son côté que de celui de ses ennemis.

Elle avait hébergé à Turin l'un de ces princes lors d'un voyage en Italie. Il avait gardé un agréable souvenir et du logis de l'ambassade et de l'ambassadrice. Elle avait d'autre part prêté la main à certaines amourettes du comte de ClermonI, })0ur une sierme cousine, Mme de

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