VIS-A-VIS DU RÉGENT ET DE DUBOIS
Graves. De ce côté-là encore on lui était demeuré reconnaissant.
Restaient le Régent, le cardinal Dubois et les autres puissances de l'État.
Avec le Régent, si elle n'avait pas plu définitivement, elle n'avait pas déplu. Elle était toujours très familièrement accueillie par lui. Elle figurait parmi les intimes habituées de Pliilippe d'Orléans.
Dubois, qui se faisait chaque jour plus puissant, n'aimait pas à la vérité M. le Duc, mais il n'aimait guère plus les adversaires des Coudé. Mme de Prie en avait profité. Elle avait travaillé à se rendre utile au cardinal, et elle y était parvenue, notamment lors d'une importante négociation avec Messieurs des Fermes Générales, auxquelles elle se rattachait par plus d'nn lien. Elle y avait si merveilleusement réussi que l'Éminence l'en avait récompensée incontinent en lui accordant une forte pension sur la ferme du tabac.
Mais ceci n'était qu'une façon de se mettre bien en cour. Elle connaissait une autre voie plus certaine pour gagner la confiance du premier ministre. Dubois était soupçonneux, ombrageux, jaloux. Il redoutait les coups de main sur sa place. La marquise, comme on le verra dans hi suite, devait lui ouvrir constamment et utilement les yeux sur ce qui se complotait contre lui de la part de leurs ennemis connnuns. De là leur union poHticpie.
A la suite de ces deux hauts persomiages, rôles principaux en matière de gouvernement, il était des gens de cour influents avec lesquels il importait de s'entendre. Elle ne les avait pas néghgés. Elle avait tout employé afin de dissiper les préventions que les Rohan entretenaient contre M. le Duc et elle.
Le cardinal de ce nom. la Belle Eminence, d'après la
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désignation populaire, n'était pas sans avoir soupiré autrefois pour Mme de Pléneuf. Les annales amoureuses de 1704 à 1708 assuraient qu'il n'avait pas soupiré en vain.
Il aurait donc marché sous ses étendards si la marquise n'était parvenue à l'en détacher momentanément par l'appât d'un siège au conseil privé. M. le Duc, qui en faisait partie, avait offert de l'y introduire. La comhinaison n'avait pas donné ce que le cardinal de Rohan en espérait, mais Mme de Prie y avait gagné, de sa part, un peu de bonne volonté occasionnelle.
Elle n'avait pas eu à presser les Matignon, très ambitieux et glorieux de leur nature. En amusant son oncle le maréchal et les siens de hochets de vanité, en les berçant de l'espoir d'être du Saint-Esprit ou du nombre des dignitaires au sacre prochain de Louis XV, elle les avait complètement acquis à sa cause.
Elle avait pu se reposer également sur le dévouement de quelques amis de la première heure : le maréchal de la Feuillade, Tessé, le marquis d'Alincourt, Livry, premier maître d'hôtel du Roi; le comte de Médavy et du Bourg, depuis maréchaux de France; Riclielieu, à qui elle ht obtenir l'ambassade de Vienne dès que M. le Duc fut premier ministre. Elle avait glorieusement disputé Villars à la faction d'Orléans pour le rattacher en dernier lieu à celle des lîonrbon-Condé.
Elle avait de solides économies.- Law, qu'elle avait énergiquement soutenu, l'en avait récompensée à sa façon en l'enrichissant. Elle possédait en conséquence le nerf de la guerre par elle-même et en dehors de M. le Duc, de qui, ont dit ses biographes. « elle s'était fait un devoir de n'accepter aucun argent ».
Mais surtout oHe (Mail jeune, vaillante, résolue. Elle s'était armée de courage, en vue des combats de l'avenir.