‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 28 sur 133 · VIS-A-VIS DES GENS DE COUR · texte numérisé non relu

VIS-A-VIS DES GENS DE COUR

Elle les avait attendus de sang-froid. Elle avait observé dans le calme et le silence les mouvements de leurs adversaires à M. le Duc comme à elle. Elle avait noté les points où ils étaient faibles, les fautes qu'ils étaient exposés à commettre. Elle savait qu'ils ne pouvaient manquer d'v tomber fatalement, qu'il lui fallait seulement user de patience.

Les événements allaient donner raison à l'exactitude de ces prévisions.

Le Blanc, les Belle-Isle et leurs affidés tenaient à la maison d'Orléans, ainsi qu'on le faisait remarquer précédemment, de toute la puissance de leurs moyens,.

Une sympatbie naturelle les y avait peut-être inclinés du temps du Grand Roi. Depuis la mort de ce monarque, depuis l'élévation des botes du Palais-Royal, le soin bien entendu de leurs intérêts les y avait étroitement attacbés. Ils y avaient été d'ailleurs non moins ardemment souhaités et dévotement cboyés, par la raison qu'on y avait fort besoin d'eux. La faction de la duchesse d'Orléans comptait, en effet, beaucoup de soldats, mais pas de chef. Il s'y faisait les plus beaux projets du monde comme dans une petite Fronde (renversement du Régent, sul)stitution de sa femme comme Régente, rappel des légitimés à leurs titres et honneurs, constitution d'un nouveau ministère, éloignement de M. le duc et des Condés, rapprochement a\ ec l'Espagne). Seulement il ne se trouvait personne pour les exécuter.

Parmi des gens de cour uniquement occupés à cabaler sans agir, qui ne savaient pas aller au delà de complots ])uérils aussi mal conduits que celui de Odlamare, des

lionimes d'action tels que Le Blanc et le comte de Belle- Isle étaient destinés à primer. On devait subir leur ascendant. On l'avait subi effectivement sans protester, avec un complet asservissement.

Ils avaient été secrètement les protagonistes de ce parti, tout en restant publiquement les serviteurs en apparence dévoués de Philippe d'Orléans.

A ce titre ils avaient débuté par un coup de maître, dès

1718, en imputant au duc de Bourbon les machinations de leur propre cabale, qui avaient menacé d'être découvertes. Us l'avaient accusé de chercher laruine du Régent, et cela d'une manière si perfide que ce prince avait eu toutes les peines imaginables à prouver son innocence.

Il s'en était ouvertement expliqué avec le duc d'Orléans lui-même, à qui il avait al firme qu'il n'avait rien tenté et ne tenterait jamais rien contre son autorité. Toutefois, d'une semblable calomnie il était resté quelque chose, soit de signaler au public le chef de la maison de Condé comme un concurrent éventuel et peu loyal de Son Altesse Uovale.

Us n'en avaient pas moins continué à préparer par-dessous main de nouveaux conflits, lorsque vers la fin de

1719, au temps même où iMme de Prie devenait la maîtresse de M. le Duc, un événement considérable les avait sortis de leurs basses intrigues pour les mêler à la politi(]ue plus haute de l'abbé Dubois.

On veut parler ici de la guerre d'Espagne, où Le Blanc et Belle-Isle, le premier d'entre eux surtout, avaient paru en bonne place.

Cette guerre avait été déclarée à Philippe V. à la suite du renvoi de Cellamare, et ne fut, on le sait, qu'un semblant do campagne, car les plus grosses batailles revinrent à peine à de vives escarmouclics.

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