PROGRÈS DK LE BLANC HT DE SES AMIS
Les contemporains ont prétendu que le secrétaire d'I'^tat Le Blanc l'avait en quelque sorte imposée au Régent sur le conseil de Mme de Pléneuf, celle-ci estimant que de belles actions militaires mettraient son ami d'autant plus en relief.
Selon 3Iaurepas,« elle avait fait valoir à Le Blanc qu'un ministre de son département n'avait de considération qu'à ces heures-là. Il aurait agi en conséquence, en insinuant au duc d'Orléans qu'il ne pouvait jamais espérer d'être l)ien avec le roi d'Espagne qu'il ne lui eût déclaré la guerre, parce qu'il lui ferait connaître par là le peu d'autorité qu'il avait dans le royaume de France et (jue la nation ne lui était pas aussi ad'cctionnée qu'il le croyait.»
Le projet pouvait être bien imaginé. Seulement Le Blanc n'avait pas en lui TétofTe d'un Louvois. La guerre d'Espagne avait accusé certaines négligences graves de son administration.
Elle fut ruineuse sans raison, car la prise de Fontarabie et de Saint-Sébastien n'auraient su motiver en aucun temps un pareil déploiement de forces, ni une dépense aussi considérable. Elle n'avait rapporté aucun honneur aux armées françaises. Par-dessus le marché, elle avait été souverainement impopulaire à Paris comme à Madrid, les deux peuples n'en soupçonnant pas les vraies raisons et pourquoi on les jetait l'un contre l'autre après tant de dénionstrations d'entente cordiale.
Le ministre en était sorti diminué. lîelle-lsle seul en avait profité. Il s'y était extrêmement remué, avait payé de sa personne. Puis on l'avait mis adroitement en lumière. En un mot, il en avait eu les honneurs. Chargé de j)orter à Versailles la nouvelle de quelques maigres succès, il y avait été présenté au Hoi. au Régent, au Cardinal. Le Blanc lui avait servi d(i parrain en cette occurrence.
Selon son dire, son ami se serait comporte en général consommé. La cour avait eu la bonté d'y croire. De cette manière l'expédition n'avait pas été perdue pour tout le monde.
La guerre d'Espagne avait pris fin au mois de janvier 1720. Huit mois plus tard, l'étonnante aventure de la Banque royale en chassait le souvenir de la plupart des esprits, en fournissant à Le Blanc les moyens de se réhabiliter.
On sait combien, à peine née, elle avait pris d'essor jusqu'à interrompre peu à peu toute autre manifestation de la vie nationale en France. Elle avait non moins nettement séparé le royaume en deux camps, celui des adeptes de Law et celui de ses adversaires. Le Régent, et surtout M. le Duc, la Duchesse, sa mère, Mme de Prie s'étaient résolument rangés parmi ses protecteurs; les princes légitimés, le prince de Conti et leurs courtisans parmi les opposants au Système. Dubois, ainsi que Le Blanc, alors entièrement dans la cause du premier ministre, inclinaient secrètement de ce dernier côté, tout en affichant la plus absolue impartialité.
A cette conduite, il y avait une raison valable en ce qui touchait l'abbé. Law s'était montré l'ennemi résolu de Talliance avec l'Angleterre. Dubois en était le promoteur et n'ignorait pas que Law y fût hostile. On en était bien persuadé de même à Londres, oii on avait fait comprendre à M. de Sennecterre combien le gouvernement anglais serait reconnaissant à leurs collègues, en France, de tout oser pour démonétiser le banquier écossais et sa banque. Conformément à cet avis, Dubois comme Le lilanc, son caudalaire, avaient mainte fois prévenu le régent des dangers auxquels les essais financiers de Law exposaient l'Etat.