JALOUSIES QUE LEUR PROSPÉRITÉ FAIT NAITRE
Même âge à quelques années près, môme conformid' de goûts, ces deux adolescents s'étaient sentis attirés l'un vers l'autre par un égal besoin de se conlier à quelqu'un.
Ils avaient vu comment, dans l'intention de jleur nuire, la marquise avait éveillé la jalousie du cardinal Dubois contre ceux qui semblaient vouloir grandir à ses côtés.
Ils n'ignoraient pas que « le projet du premier ministre était de séparer du Régent ceux do son voisinage qui, par leur familiarité avec ce prince, pouvaient lui donner le moindre ombrage, et qu'il avait déjà commencé à les éloigner.
« Qu'il était venu à bout de chasser le duc de Noailles, Canillac et Noce, ses trois premiers et principaux amis, qui l'avaient remis en selle, puis Broglie l'aîné, qu'il avait échoué au duc de Villeroy, qui bientôt après s'était venu perdre lui-même; enfin qu'il avait tâché de raccommoder le duc de Berwick avec l'Espagne pour l'y envoyer en ambassade. Mais que Le Blanc surtout lui était incommode, que sa charge et plus encore les détails de la confiance des affaires secrètes lui donnaient constamment des rapports et j)ublics et intimes avec M. le duc d'Orléans; que sa soumission, sa souplesse vis-à-vis de ce dernier ne le rassuraient pas, que la trouvant trop agréable et s'élant rendu trop n(''cessaire, il voulait s'en débarrasser. »
Le Blanc et Belle-Isle avaient les yeux ouverts sur ce péril présent. Ils avaient également reconnu à plusieurs indices combien leurs récents succès leur avaient fait d'ennemis; qu'on leur reprochait, à lui Le Blanc ses intrigues, et à lui Belle-Isle sa présomption ainsi que ses manières cassantes.
Sous l'action de ces graves préoccupations, ils se troublaient et agissaient parfois avec maladresse.
Le Blanc ne venait-il pas, par exemple, d'adopter une résolution subite et inconsidérée?
N'avait-il pas arrêté en janvier 1721 une réforme générale des troupes en en diminuant l'effectif dans des proportions fort sensibles, et cela sous le prétexte d'économies, « parce qu'il avait fait voir au Roi, disait-il, qu'il n'était pas en état de payer tant de gens de guerre et d'avoir tant de soldats sur pied? » Cette mesure n^avaitelle pas provoqué des criailleries sans fin dont le ministre s'était assez ému pour revenir partiellement sur sa décision?
Que signifiaient d'autre part ses égards exagérés à l'endroit des moindres officiers, cette façon de prévenir leurs plus petits désirs, de s'abaisser à de plates excuses quand il lui arrivait de ne pouvoir les contenter sur l'heure?
Le public s'étonnait de ces manières d'agir cbez un ministre, et ne se gênait pas pour le répéter tout haut.
Ce même public avait eu vent, daillcurs, i)ar certaines indiscrétions, de ce qui se concertait entre les amis des princes légitimés. Cliacun à la cour était dûment renseigné sur les fréquentes réunions qui avaient lieu cbez La Fare, où Le Blanc, Belle-Tsle et leur compagnie assistaient régulièrement et où les entretiens ne tournaient pas d'habitude à l'avantage des gouvernants. Le duc de Cliartres s'était associé à leur politique, dont le premier article était de contraindre Dubois à résigner ses fonctions. Le cardinal en avait été prévenu. On le savait et on vivait, par suite, de toutes parts dans l'attente de quehjue surprise considérable.
Un crime qui n'empruntait d'importance qu'à la personne de la victime et qui aurait certainement passé inaperçu entre tant d'autres crimes, sans les relations qu'il y