‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 32 sur 133 · LE MEURTRE DU SIEUR SANDRIKR · texte numérisé non relu

LE MEURTRE DU SIEUR SANDRIKR

avait entre lui et les agissements des subordonnés de Le Blanc, fit naître vers ce temps, en nombre d'esprits, des soupçons que les événements qui suivirent allaient très étrangement confirmer.

Le 18 avril 1722, on retirait de la Seine, proche de Marly, le corps du sieur Sandrier, secrétaire-caissier de M. de La Jonchère, Trésorier à l'extraordinaire des guerres. Il était encore vêtu de sa veste, mais sans culotte €t sans bas, et percé de plusieurs coups de poignard.

Il n'y avait eu que peu d'hésitation à fixer l'identité du cadavre, parce qu'on recherchait ce personnage depuis plusieurs jours, que le 14 on avait déjà vu dans les gazettes cet entrefilet : « Les malheurs du temps tournent la tète à tout le monde. Sandrier de Mitry, receveur général des finances de Flandre, a disparu tout d'un coup dès le 25 de mars dernier, et on ne sait pas ce qu'il est devenu » ; puis parce qu'il avait été officiellement reconnu, comme le disait ce nouvel avis : « Il y a trois semaines que Sandrier s'était trouvé perdu sans qu'on eût de ses nouvelles. On disait qu'on avait porté à sa femme un billet anonyme, à ce qu'elle eût à faire mettre les scellés. Hier, après l'avoir repêché dans la rivière avec deuxcoups de poignard, on l'a apporté à la Morgue, au Chàtelet, où il a été reconnu par M. do la Jonchî're, (\m y est venu. On dit, ajoutait le nouvelliste, que c'est pour avoir mal parlé du gouvernement, et l'on dit (ju'on a pris sept ou huit de ces médisants qui s'avisent de gloser sur ceux qui administrent. »

La nouvelle de celte funèbre découverte avait, en tout cas, produit une énorme impression dans la capitale, et

les (l('fails abondèrent de suite. D'après les uns, c'était à Cruissy; d'après les autres, au bas de la machine de Marly; d'après les derniers, enfin, à Épinay que l'infortuné aurait été découvert par un pécheur. On variait sur le nombre et la nature des blessures, et la façon dont il était vêtu.

Ici, il avait un justaucorps noir, point de culottes, avec deux coups d'épée dans le ventre. Là, il était comme nu et percé de plusieurs coups d'épée, après avoir été assommé.

Mais les présomptions surtout allaient leur train. « Toute la famille, à l'exception de sa sœur, » déclarait celui-ci, « l'a reconnu. On n'entend rien à cet assassinat. Le Régent dit qu'on l'a enlevé et qu'il a été gardé et tué. On soupçonne qu'ayant une commission principale chez La Jonclicre, d'où on a dit depuis peu qu'il a été détourné des fonds considérables par le ministre de la guerre, Sandrier, qui avait le secret, a é'té tué afin qu'il ne le dise pas. »

C'était la version amplifiée des gazettes de IloUandCj qui exposaient le fait en ces termes :

« Le sentiment général est que (juclqu'un qui a prétendu pénc'trer la conduite de M. de la Jonchère, dont Sandrior était principal caissier, s'est saisi de sa personne pour en découvrir ce qu'il souiiaitait savoir et qu'il s'en est ensuite défait. »

Des gens se dt'clarant bien informés avaient appris que Le lîlanc (Hait venu lui aussi pour reconnaître le cadavre de Sandrier. qu'il avait interrogé le pêcheur sur les circonstances dans lesquelles il avait trouvé le corps, qu'il lui avait (h-mandé s'il savait qui c'était, et que devant son afiirmation (|ue non, il l'avait congédié séance tenante. Mais — fait bien singulier — cet homme avait

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