POURQUOI LES SOUPÇONS SE PORTENT SUR LE BLANC
depuis lors disparu sans qu'on pût suivre sa trace.
Au résumé, chacun s'accordait pour avouer qu'il y avait en cet événement tragique un souterrain, une affaire des plus étrangement mystérieuses, et pour mettre directement en cause le personnage du sous-secrétaire d'Etat h la guerre, Le Blanc, comme celui d(\ son commis et intime, le trésorier La Jonclière.
L'association d'idées était au demeurant inévitable, car, du moment oii Sandrier avait appartenu à La Jonchère et La Jonclière à Le Blanc, il était tout indiqué que l'on remontât de l'un à l'autre.
Mais pourquoi ce qui n'aurait dû être au conniiencement que de vagues soupçons, prenait-il sur-le-champ la forme d'une accusation nettement formulée? Pourquoi, en termes plus précis, n'hésitait-on pas à imputer nettement la disparition de Sandrier à Le Blanc lui-même?
Que s'était-il passé entre ces liommes d'assez irréparable pour déterminer un crime?
C'est ce que Mme de Prie avait pu arracher à l'ombre dont ils avaient entouré leurs agissements. C'est ce qui lui donnait sa force et causait l'effroi de ses ennemis.
Le système de Law, qu'il dût être plus tard bien ou malfaisant pour le royaume, ne l'en avait pus moins ruiné.
Le billet de banque de cent livres était tombé à onze livres cinq deniers à l'entrée de 1721, c'est-à-dire que le papier avait été réduit au dixième environ de|^sa valeur d'émission, et comme il en avait été répandu pour plus de 4eux milliards quatre cents millions, ciiaque bourse et sur-
tout celles des petites gens avaient été impitoyablement drainées.
La masse des espèces monnayées était entrée aux mains des courtisans, des financiers ou passée à l'étranger. En un mot, les espèces or et argent s'étaient terrées.
On avait bien songé, au milieu de ce désordre, à mille expédients peu praticables, mais on avait songé surtout à s'assurer le concours d'hommes vraiment rompus aux affaires qui pussent en inventer de nouveaux.
Le Pelletier de la Houssaye, à qui on avait confié le Contrôle général après le départ de Law. ne possédait pas un esprit assez étendu, ni les conseillers d'État qu'on lui avait adjoints, Fagon, Dodun, de Gaumont, assez de connaissances pour remplir le but désiré.
Il fallait toutelois se sortir de cette crise, et l'on avait alors jeté les yeux sur les banquiers les plus réputés par leur crédit en même temps que les moins compromis dans la débâcle du Système, à savoir le vieil et illustre Samuel Bernard, Crozat l'aîné ou Crozat le riche, et les quatre frères l^aris.
On avait fait appel à leurs sentiments les plus généreux, et ils avaient consenti les uns et les autres à tenter le relèvement de la fortune publique.
Mais après (juebjues semaines de travail en commun, les frères Paris avaient discrètement évincé leurs collègues. Samuel Bernard et l'aîné des Crozat démissionnaient en leur faveur, ll.s restaient, de la sorte, avec toute l'aifaire sur les bras. Conséquennnent aussi, l'ensemble des projets financiers du moment devait sortir de leurs cerveaux.
Ces quatre frères Aymon se glorifiaient d'un passé qui tenait passablement de la légende.