‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 34 sur 133 · LES FRERES PARIS S · texte numérisé non relu

LES FRERES PARIS S

Leur père, simple cabaretier de sa profession, vendait à boire et à manger sur la grand'route de Lyon à la fronlièrc italienne, à la hauteur de la petite cité de Moirans.

Des circonstances réellement surprenantes, qu'il serait trop long- de retracer ici, les avaient mis en relation pendant leur jeunesse avec des vivriers de l'armée d'Italie au nombre desquels il est permis d'inscrire Berthelot de Pléneuf, père de la marquise de Prie. Leur étonnante intelligence des affaires, leur audace, leur prodigieuse activité les avaient fait rechercher plus tard des maltôtiers les plus exigeants.

A gagner pour les autres ils avaient appris à gagner pour eux-mêmes. Ils étaient venus dans ce but à Paris. Us y avaient souscrit des marchés considérables par lesr quels ils avaient assez amassé pour mériter d'être bientôt cités parmi les Plutus de l'époque.

Ceci se passait vers la mort du Grand Roi. Au commencement de la Régence ils s'étaient offerts à réorganiser les Fermes générales, lorsque le génie supérieur de Law les avait rejetés dans l'obscurité. Leur dépit en avait été très marqué contre l'Écossais. Ils en avaient voulu semblablement au duc de Bourbon, son protecteur, mais, Law chassé du territoire, cotte mauvaise humeur avait cédé, tandis qu'ils avaient continué à professer une aversion toute spéciale pour le secrétaire d'État à la iiuerre. Le Blanc.

(lelui-ci les avait, en eflet, très imprudemment contrecarrés et molestés en toute occasion. Anciennement comme intendant des Flandres, quand il faisait arrêter Paris La Montagne, le second des quatre frères, sous l'inculpation de faux en matière de comptabilité publique, plus récemment en accusant le troisième d'entre eux, Paris du Verney, d'avoir essayé de faire passer en Hollande

dix millions d'espèces, « fruit, prétendait-il, de ses rapines antérieures ».

Le fait avait été controuvé. Les Paris s'en étaient disculpés. Mais cela n'avait point empêché qu'ils ne fussent provisoirement exilés du royaume, ce dont ils avaient juré de se venger dès qu'ils le pourraient faire. Or, l'occasion était née avec les circonstances dont on parlait à l'instant. Ils avaient résolu de l'utiliser au plus vite. Voici comment ils s'y prirent.

L'opération capitale de la reconstitution des finances, préconisée par les frères Paris, comportait un contrôle ou visa de chaque marché conclu pendant la durée du Système, soit entre la Banque royale et les particuliers, soit entre les seuls particuliers, au moyen du papier de ladite Banque.

Tout individu ayant consenti un de ces marchés était tenu de déclarer la provenance des biens meubles ou immeubles acquis ou cédés par lui, des paiements qu'il avait effectués ou des sommes (juil avait encaissées et de la nature de ces versements.

Une revision aussi compliquée avait nécessité un travail immense que les Paris avaient conduit avec une indéniable habileté. Elle les avait mis, d'un autre côté, à même de contrôler la gestion financière do chacun des grands services publics, notarnment de celui de la guerre.

Ils ne s'en étaient pas plus tôt occupés, qu'ils y avaient remarqué des irrégularités criantes, de nature à forcer l'attention des moins prévenus; ils y avaient de plus aussitôt senti en tout la main de Le Blanc. Il leur était aisé de le prouver.

Ils avaient voulu le faire sans plus attendre (1722). Mais ils avaient agi avec trop de précipitation. Leur pre-

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