ALLIANCE DE M. LE DUC AVEC LES PARIS
était beaucoup plus qu'auparavaut leur point de mire, qu'on en avait disposé de son vivant en faveur de Le Hlanc, que le duc de Chartres était entièrement de leur côté, que leurs rangs grossissaient chaque jour et que chaque jour ils devenaient plus audacieux.
Maintenant la fortune lui amenait les Paris, et elle ne pouvait que se louer de la façon dont le sort disposait les choses pour l'avenir, car elle avait apprécié aussitôt l'importance qu'il y avait pour M. le Duc et elle à se concilier des financiers de cette valeur, riciies, entreprenants, capables, au fait de chaque tour de bâton de leur métier, et par-dessus le marché, si parfaitement ennemis de leurs propres adversaires politiques.
Aussi s'était-elle empressée d'endoctriner son amant d'une part, et de l'autre de montrer à leurs nouveaux alliés quel secours ils rencontreraient chez le chef de la maison de Condé, qui serait d(''sormais pour eux un protecteur dévoué, tenace, puissant, tout décidé à porter leurs doléances devant n'importe quel tribunal, fût-il le plus iiaut du monde.
Une fois l'accord signé, il avait ét(' question de la marche à suivre relativement aux révélations que l'on allait faire et aux poursuites à exiger contre le Secrétaire d'État à la guerre.
La première requête présentée par les Paris avait été trop mal reçue pour justifier une nouvelle tentative dans ce sens.
Sur l'avis de Mme de Prie on réclama des commissaires, il n'était pas possible d'en refuser à des gens qui avaient examiné les comptes par orch'c du premier ministre et qui prétendaient faire voir clairement que le Roi était trompé d'environ douze miUions dans l'administration des deniers de la guerre (car leur accusation n'allait pas à
moins), tant en dilapidations au moment de la campagne d'Espagne qu'en dilapidations postérieurement à cette date.
« Le ministre, » affirmait-il (et c'est cette affirmation que la marquise avait tenu à rendre précise), « le ministre avait fait notamment retirer en ces quatre années des quittances entières des officiers, en les engageant à signer des billets déclarant que le reste était dû. Ces billets avaient perdu sur la place et causé la gène d'infiniment d'honnêtes citoyens.
« De plus il avait fait payer les troupes avec des billets du Svstème, au lieu de l'argent restant au trésor de la guerre et qu'il avait dissipé. Le total de ces prélèvements criminels s'élevait, répétaient-ils, à plus de douze millions. »
Et ce qu'il y avait de plus grave, à leur dire, dans le cas de Le Blanc, c'est que La Joncbère avait été particulièrement associé par son chef à ces malversations et que le meurtre de Sandrier. caissier de La Jonchère, concordait avec le temps où des dépositions de sa part auraient pu apporter tant de lumière sur les agissements de ces deux personnages.
Les griefs invoqués contre Le Blanc étaient donc nettement définis, le l)esoin d'une commission pour le juger, très rationnel. Personne ne faisant plus d'opposition à ce qu'on la nommât, on l'avait constituée sur l'heure.
A lu date du î^i mars i~2'2, le roi appelait aux fonctions de commissaires chargés de juger la requête des frères Paris, tant en militaires qu'en magistrats civils, le maréchal de Villars, le marquis d'Asfeldt, MM. de Ravignan et d'Aubigny ])our les premiers; les conseillers d'État Le Pelletier des l'orls et de Machault, les maîtres des requêtes de Yatlan, Rouillé, d'Aure et d'Ombreval pour les seconds.