‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 37 sur 133 · CAMPAGNE CONTRE LE BLANC · texte numérisé non relu

CAMPAGNE CONTRE LE BLANC

En choisissant (rOml)revaL Dubois, qui menait toute cette élection, avait voulu évidemment ouvrir à Mme de Prie une fenêtre sur la commission. Il était son parent. D'Ombreval lui appartenait. Elle pouvait tabler sur son entière dévotion à son service.

Chacun était autorisé dès ce moment à croire à la mise en accusation immédiate de La Jonchère, comme à celle du sous-secrétaire d'État Le Blanc.

Mais les uns et les autres, iMme de Prie, les Paris, leurs amis avaient compté sans le duc d'Orléans. Régent.

A la stupéfaction générale, Philippe se dressait encore entre les inculpés et la justice. Et avec lui la faction hostile aux Condé s'agitait furieusement. Le duc de Chartres, le prince de Conty, les princes lég;itimés s'étaient hautement prononcés en faveur do Le Blanc. Par un adroit détour de politique, ils avaient cherché noise aux Paris en leur imputant des abus de confiance de quelques principaux commis de la liquidation du visa, entre les mains de qui trois mille actions avaient disparu, (^e qui équivalait à reporter la guerre en terre ennemie et, en tout cas, en mettant des bâtons dans les roues, à retarder d'autant les opérations de la commission.

On avait soudoyé les gazettes, qui chantaient à l'unisson les vertus de Le Blanc et le témoignage d'intégrité que les hommes les plus respectables, au nombre desquels le Régent tout le premier, s'étaient plu à lui rendre. Bref l'action intentée par les Paris navait pas eu de suite. La partie était encore manquéc, et les quatre frères, découragés, eussent peut-être renoncé à renouveler l'attaque, sans la jeune femme qui releva leur courage. Elle était sûre de Dubois, disait-elle, par suite sûre de la victoire finale. Elle voulait triompher, et elle triompherait.

Elle avait une police comme toutes les puissances de la cour à cette époque, comme le Régent, Dubois et Le Blanc lui-même, à qui la sienne fut tant reprochée plus tard. Elle l'avait mise en campagne.

Deux particularités dans les derniers incidents de cette ténébreuse affaire Favaient frappée : l'extrême opiniâtreté de Philippe d'Orléans à couvrir le ministre de la guerre et ce qui transpirait petit à petit des relations privées do La Jonchère avec Le Blanc.

Elle avait dirigé premièrement ses investigations de ce dernier côté. Quels renseignements en avait-elle retirés? Les plus profitables à sa cause, en même temps que les plus funestes pour Le Blanc et ses protecteurs.

Elle avait appris, en ce qui touchait celui-ci et la Jonchère. qn'en outre de leurs relations administratives, ces deux hommes étaient liés par une intimité d'un genre particulier, que La Jonclière avait une femme jolie et coquette dont Le Blanc était l'amant, que le mari ne pouvait ignorer ce commerce, et par conséquent y était consentant; que du reste la très grosse dépense du ménage avait presque en tout temps uni(juenient reposé sur le ministre. Puis, comme corollaire surprenant à ce premier document, que La Jonchère avait à son tour pour maîtresse la femme de Sandricr.

Elle avait su pareillement quà la nouvelle de la mort de Sandricr, Le Blanc avait éprouvé un saisissement dont les assistants avaient été très frappés, que deux jours après ce drame il tombait subitement malade et assez gravement pour que son état inspirât de l'inquiétude.

On lui avait rapporté que Belle-Isle était en compte avec La Jonchère, ([u'il lui avait emprunté de grosses sommes pour suffire aux frais de la construction de son hôtel, qu'il existait entre eux maints tripotages d'argent.

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