‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 38 sur 133 · LE RÉGENT LUI-MEME IMPLIQUE DANS L'AFFAIRE · texte numérisé non relu

LE RÉGENT LUI-MEME IMPLIQUE DANS L'AFFAIRE

Mais, cliosc beaucoup plus grave encore, on lui avait montré comment, sur le second article, le duc d'Orléans •était juge et partie en celte affaire de détournements, parce que Le Blanc, en malvcrsant, avait agi d'après des ordres formels venus du Palais-Royal, que la moitié du déficit constaté au trésor de la guerre avait servi à réunir la dot de sa fdle, Mlle de Beaujolais, promise à l'infant d'Espagne don Carlos, que le fait était établi avant la mort de Sandrier sur cent preuves indiscutables, et qu'il eût été encore fort malaisé au Régent de s'en disculper.

En possession de ces rapports si décisifs, la marquise •de Prie les avait communiqués sur-le-champ au cardinal Dubois, qui, de son côté, ne demandait qu'à agir et dont la production de ces documents facilitait singulièrement la tâche.

Quelle résistance, en effet, le Régent pouvait-il opposer au cardinal, dont il exécutait à l'habitude les volontés?

Ces constatations ne le plaraient-elles pas dans l'impossibilité de soutenir plus longtemps Le Blanc sans se compromettre irrémédiablement lui-même?

Phihppc d'Orléans l'avait reconnu tacitement. Aussi ■cédait-il peu après aux sollicitations du j)remier ministre, en permettant que la procédure de cette affaire suivît dorénavant son cours.

Le 24 mai 1723, soit onze mois à peu près exactement <iprès le meurtre de Sandrier, le commissaire de l'extraortlinaire des guerres La Jonchère, revenant de Versailles et portant sur la poitrine le grand cordon de l'ordre de Saint-Louis, dont il était trésorier, se vovait arrêté à

dix heures du soir suivant les uns, à trois lieures du matin suivant les autres, puis ramené chez lui.

Au petit jour, il était conduit à la Bastille et les scellés apposés à son hôtel de la rue Saint-Honoré, où l'on saisissait de suite des papiers fort compromettants, sur lesquels M. d'Arg-enson, fils du réputé lieutenant de police, lieutenant de police lui-même à cette époque et futur ministre, avait basé un premier interrogatoire, enregistré dans ladite matinée.

La Jonchèrc s'y était troublé, s'était coupé plusieurs fois et avait fini par avouer en partie, en laissant soupçonner qu'il n'était pas seul coupable et quels étaient les principaux de ses complices, mais en ajoutant, assuraiton, que si on voulait les lui faire nommer, il ne signerait pas linlerrogatoiro.

L'aii'aire avait donc pris dès son début le caractère le plus nettement défini. En présence des aveux du trésorier de l'extraordinaire des guerres, elle passait au criminel. Par suite, La Jonchère avait été décrété de prise de corps.

Toutefois, à peine établie, la commission s'était désorganisée. L'élément militaire qui, comme on Ta noté précédemment, en formait la moitié, craignait de se mêler à une affaire de cette espèce. Il avait excipé de son incompétence toutes fois qu'il s'agissait du criminel.

De ce fait le maréchal de Yillars, MM. d'Asfeldt, de Ravignan et d'.\ubignv s'étaient retirés pour céder la place à d'autres conseillers d'Etat, Chàtcauneuf, de Harlay. d'ilerbigny, gens avec lesquels la cause de M. le Duc devait perdre infiniment, car ils étaient déjà acquis ou prêts à se joindre aux défenseurs de Le Blanc.

Néanmoins le tribunal ainsi remanié avait assez vivement activé la procédure et stnnulé l'ardeur de d'Argenson, le magistrat instructeur.

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