M. LE DUC PREMIER MINISTRE
amoindri qu'il lût, avait suscité les vivantes jalousies de ses héritiers. Et surtout la fortune publique n'existait plus. L'État connue le particulier, ruinés, en étaient encore à payer les folies du Système. En un mot la tâche du nouvel arrivant était des plus ingrates.
Quoi qu'il en soit, l'administration de M. le Duc n'avait pas été accueillie trop défavorablement par la nation.
Il est d'habitude que tout gouvernement récent profite durant quelques semaines ou quelques mois d'une trêve entre les partis. 11 faut laisser le temps à l'attente curieuse des choses futures de s'épuiser. Le nouveau gouvernement en avait bénéficié comme ceux qui l'avaient précédé, et peut-être même plus que celui du duc d'Orléans, régent.
Ce demi-succès procédait peut-être bien des bruits répandus en dernier lieu sur certaines intentions du duc défunt, de ramener Law; action, pour lors, la plus impopulaire à laquelle un chef d'État pût songer. La supposition était gratuite et folle. Elle n'en avait pas moins troublé les esprits timorés. Puis, en dépit de son habileté consommée, le Régent s'était étonnanunent déconsidéré par ce que le Grand Roi qualifiait en son neveu de « fanfaronnades de vices ». Ses débauches affichées, son mépris de la religion lui avaient aliéné infiniment de gens.
A côté de cola, le peuple n'avait pu oubher l'horrible jugement porté contre Philippe d'Orléans, lors des morts successives et si étranges des enfants de France, fl avait sans cesse tremblé durant huit années pour les jours de ce Roi, enfant, vis-à-vis de qui le Régent s'était toujours comporté pourtant avec une correction, un mélange de respect et d'afiection réellement admirable et touchant.
Mais les préventions ne se détruisent pas en un jour, et
le grand-oncle disparu, on ressentait moins dinquiétude malgré soi pour son chétif et débile petit-neveu.
On avait par cela même vu partir sans trop de regret lo duc d'Orléans. On voyait arriver son successeur avec un soulagement d'esprit évident, sans plus songer à tout ce que Philippe avait accompli d'utile : le calme rétabli à l'extérieur, et la tranijuillilé du royaume assurée après tant d'années d'une si effroyable agitation.
Le successeur, à vrai dire, n'avait rien négligé pour se faire agréer. Il s'était non seulement dépensé, mais prodigué en obligeances.
M. le Duc savait être aimable sans cesser de paraître grand. On l'avait souvent affirmé. 11 prouvait à l'heure même que cette aj)préciation de ses qualités naturelles n'avait rien d'exagéré. 11 avait très intelligemment fait sa cour au public, qui l'avait aussi promptement récompensé de ses elForts à lui plaire.
« M. lo Duc n'est qu'honnêteté et amitié pour chacun. Aussi se loue-t-on universellement de l'avoir comme maître. » Telle était la façon dont on résumait le sentiment populaire à la fin du mois de décembre 1723, et cet engouement passager était assez vif pour (ju'on feignît de méconnaître sa conduite précédente (piand elle eût pu raviver des souvenirs défavorables.
Il avait été, on le sait, le champion le plus déterminé de la bancpie de Law.
On disait cej)endant de lui : « M. le Duc s'élant toujours très fort opposé au Système, on a aujourd'hui la conviction d'y être décidément échappé. »
Or nulle assurance ne pouvait être aux yeux du public })his avantageuse à sa cause.
11 avait fortifié d'ailleurs cette bonne impression en procédant, aussitôt installé, à des réformes financières dont