‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 49 sur 133 · DIFFICULTES DE LA SITUATION · texte numérisé non relu

DIFFICULTES DE LA SITUATION

« Son irritation contre M. le Duc est le seul sentiment qui le domine en ce temps-ci, mais aucun de ses mauvais procédés n'a pu rebuter le premier ministre, (jui a réussi à ramener ;i lui M. le duc du Maine comme M. le prince de Conti, qu'il a fini par entretenir longuement et utilement à une des dernières séances du conseil royal, en lui faisant comprendre qu'il n'y avait eu de malentendu entre eux que grâce <à la politique si adroite de feu M. le duc d'Orléans; que ce prince, le plus grand homme qu'on ait jamais vu en ce caractère, les avait brouillés et divisés pour les mieux gouverner, comme il avait brouillé les Ducs et le Parlement [)Our une question de préséance et généralement tous ceux qui l'entouraient pour ceci ou pour cela.

« Une nouvelle entente, concluait-on, existe aujourd'hui entre ces princes, à l'exception de M. le duc de Chartres, qui persiste à se tenir à l'écart. La cour devient de jour en jour plus brillante et l'on y croit plus fermement encore au retour de M. Le Blanc. »

Tel était le résultat très précaire et superliciel de l'intelligente conduite du duc de Bourbon, mais heureuse cependant et dont le mérite devait certainement revenir en grande partie à Mme de Prie. L'un comme l'autre avaient adopté cette ligne de conduite par une sage compn'hension, semble-t-il, de leur situation, parce que les circonstances la leur traçaient.

Le Duc et la favorite, maintenant étroitement associée à son destin, avaient pu sans doute sentir leurs rancunes mollir à l'heure où ils avaient pris le pouvoir, l^a réussite même espérée et escomptée inspire souvent des sentiments de conciliation, qui étaient peut-être ceux du Duc, d'autant plus qu'il y avait eu dans sa réussite à lui de la surprise. Il devait s'attendre en effet h être combattu, et il

no l'avait pas été. 11 s'était trouvé premier ministre et maître de ses ennemis en une demi-heure. Comment ne pas admettre que lui et Mme de Prie, qui le doublait, n'aient songé à se reposer, à respirer un instant près des lauriers si prestement cueillis? Mais ils avaient encore plus sensément jugé, et la maîtresse mieux que son ami, qu'au milieu des périls (jui les entouraient il fallait au moins au début clierclier à assoupir les haines.

M. le Duc avait subtilisé le ministère, ainsi qu'on l'a déjà fait observer, non point par ambition à la vérité, mais pour ne pas le laisser aller à ses adversaires. Il l'occupait désormais et devait s'y maintenir envers et contre tous, mais aussi se faire excuser de l'avoir enlevé à la pointe de l'épée.

Or ce n'était pas une besogne aisée. Car de ce qu'il avait surmonté les premiers obstacles, il n'aurait pas fallu en conclure que toutes les oppositions fussent réduites.

On a vu ce qu'était la faction d'Orléans, jusqu'à quel point sa bile s'était aigrie à ses récents mécomptes.

Elle n'était })as seule à observer, comme à ménager et à craindre, puis(jue après une semaine de trêve et malgré mille assurances des gazettiers, le duc du Maine et le prince de Conti étaient retournés à leurs intrigues accoutumées.

Puis le Régent et Dul)ois disparus, trois nouvelles puissances s'étaient élevées à leur place : deux proches, le Roi et son précepteur Fleury, l'évèque de Fréjus, une lointaine, l'Espagne représentée par son roi IMiilippc V.

Or, avec chacune de ces puissances il n'existait pas do terrain d'entente, ainsi (ju'il s'en était toujours offert avec Philippe d'Orléans ou l'arche vé(jue de Cambrai.

Louis XV, alors âgé de quatorze ans et dont la majorité

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