‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 50 sur 133 · FLEL'UY, ÉVÈQUE DE FRÉJ US. 1' UÉC E PT EUR DU ROI · texte numérisé non relu

FLEL'UY, ÉVÈQUE DE FRÉJ US. 1' UÉC E PT EUR DU ROI

avait été proclamée six mois au})aravan(,, Louis XV (lemeiirail inipéiiclraltlc j)Our loule la coui*.

Il ne songeait en apparence quà la chasse, ne j)arlait que chasse, et celle du jour terminée, ne rêvait, disait Morosini, qu'à celle du lendemain. Mais en ce faisant^ il s{ï couvrait, de l'avis général, d'un masque de frivolité et d'inditrérence voulus. Au fond il se concentrait, fornnilait intérieurement ses jugements hien au-dessus de son âge, (Ml ohservant et patientant dans l'attente de l'heure où il pourrait à son tour gouverner en roi émancipé de toute tutelle. D'un caractère tiuiide, peu communicatif, égoïste, on ne lui connaissait qu'un respect et une affection. L"évé(jue de Fréjus en était l'ohjet, et cette sympathie constituait pour M. le Duc et sa maîtresse un danger heaucoup plus grand que celui créé par les complaisances du Régent pour Le Blanc ou de Duhois pour Belle-Isle,

Fleury, doux, faux, irréconciliahle, connue l'a peint le président Hénault, Fleury ne pouvait, en sa qualité de prêtre, qu'improuver les relations existantes entre M. le Duc et la niarcjuise de Prie. Il avait fait })arlager ce sentiment à son royal pu[)ille. Le Roi n'estimait pas i^Ime de Prie. Il marquait pour elle un éloigncmcnt très manifeste, et de même k M. le Duc quand il s'agissait d'<dle. Il s'était évertue à toute (''jjociue à mettre son pri'cepteur entre le premier ministre et lui. Ml chacun dans le royaume, supjiosanl, à tort où à raison, une amhition démesurée h ICvêcjue de Fréjus, et se remémorant combien il avait résisté en toutes circonstances à s'éloigner de la coui', en refusant, par exemple jadis, rarchexêché de Reims, chacun ne doutait pas (ju'un jour ou l'autre un conilit n'éclatât entre eux.

Les partisans du duc d'Orléans a\ aient hien su apprécier l'importance d'une alliance telle cpie celle-là. Ils

avaient vu avec joie le jeune Roi se détacher peu à peu du comte de Clermont, dont M. le Duc avait réussi pendant (|uelqucs mois à faire une sorte de favori, pour en revenir pleinement à son percepteur. Ils s'étaient dès lors appliqués à gagner celui-ci à leur cause, en feignant de s'en remettre à lui de toute leur politique future, au cas où l'on parviendrait à se débarrasser de M. le Duc.

Ces avances étaient, il est vrai, restées sans réponse formelle. L'évêque de Fréjus entendait garder sa liberté d'action et ne se lier en rien. Mais cette disposition d'esprit durerait-elle? On prétendait qu'il s'était excusé de ne pas accepter de suite le ministère, sur ce qu'il tenait la succession du Régent comme trop lourde et qu'il préférait en laisser le travail à M. le Duc. Mais ne se raviserait-il pas? Ne céderait-il pas quelque jour au.\ sollicitations des ennemis des Condés? De quelle façon le duc de Bourbon parviendrait-il alors à se maintenir contre une coalition aussi forte?

En ce (|ui concernait le roi d'Espagne, son aversion pour M. le Duc et plus encore pour Mme de Prie n'était contestée par personne . Elle découlait de plusieurs motifs.

Ce petit-fils de Louis XIV, (jui comme duc d'Anjou avait participé à l'éclat de Versailles, s'était imbécillisé (c'est le terme qu'emploie Barbier) aux pratiques d'une dévotion outrée. Son puritanisme réprouvait la liaison de M. le Duc et de la favorite, d'aulanl plus (juVn cela ses intérêts propres s'accordaient avec sa religion.

La diplomatie de Philippe d'Orléans avait en effet fort ingénieusement reconcilié sa maison avec celle du roi d'Espagne, après de longs dissentiments. Dubois et lui avaient inventé en premier lieu l'union d'une des infantes avec le petit roi de France, puis, tandis qu'on conduisait

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celte princesse de quatre ans à I*aris, ils avaient non moins lieureusemenl |)ro})Osé de foiu-nir à l'Espagne une autre princesse, française celle-là, en éciiange derinfanle^ et pas une princesse seulement, mais deux pi'incesses, toutes deux de la maison d'Orléans.

Grâce à ce troc, Mlle de Montpensier et Mlle de Beaujolais avaient été destinées, l'une à don Luis, fils aîné de Philippe y, par suite héritier présomptif de la couronne d'Espagne; l'autre à don (]arlos, destiné plus tard à régner à Parme.

Le roi Philippe avait donc tout à pei'dre aux événements récents, (jui, en excluant ses alliés du pouvoir, y portaient un prince que d'autre part il méprisait et détestait, un prince dont la règle de coîiduite, à son tour, serait de combattre toute revendication postérieure du monarque espagnol sur la France.

Car, réunir les deux couronnes sur sa tète avait été le rêve longtemps caressé par Philippe V. Il avait peu de sympathie pour Madrid et ses sujets d'Espagne. Il était resté attaché à la France et à Versailles. Il v serait revenu de grand ca^ur.

La santé chancelante de son neveu, l'impéritie fort conime du duc de Chartres, et surtout les faux rapports do ses partisans sur la popularité dont il jouissait à Paris, servaient à alimenter cet espoir. M. le Duc lui en fermait la porte. De Là la iiaine contre le premier ministre et ses conseillers.

La modération de M. h; Duc était donc dictée j)ar la prudence la plus élémentaire. Elle était indispensable à ses commencements, n'eût-elle réussi d'ailleurs qu'à ]>rouver l'intransigeance de ses ennemis et l'incorrection de leurs agissements à son égard.

Ici, les faits étaient publics, notamment la prétention

soutenue (lu (lue de Chartres de traiter directement avec le roi toute aftaire le concernant, en évitant de s'adresser xiu premier ministre.

Il avait agi en dehors de celui-ci en remettant sa démission de lieutenant général du royaume à Louis XV. Il semblait vouloir procéder de même pour le choix des officiers de sa maison, et de son appartement à Versailles.

Il avait sollicité du roi en personne la nomination aux bénéfices de son apanage de Normandie.

Mais il avait déjà à moitié commis une injure plus grave et plus sensible à la dignité du duc de Bourbon.

Le comte d'Argenson, lieutenant de police, venait de demander à se retirer. Il s'était présenté cà cet effet à M. le Duc, à qui il avait fait valoir ses anciennes obligations, celles de son père, celles do toute sa famille au Régent.

Il se devait à son fils le duc de Chartres d'abandonner une place où il n'aurait peut-être pas toujours à se conduire conformément aux intérêts de ce prince.

M. le Duc avait prié d'Argenson de réfiéchir avant de prendre cette décision, insisté sur l'attachement qu'il avait pour lui comme sur les services qu'il pouvait continuer à rendre dans cette charge. 11 pensait l'avoir persuadé, jus- (juau moment où il apprenait qu'après un nouvel entretien avec le duc d'Orléans, la retraite du lieutenant de police avait été définitivement décidée et que le même duc avait déclaré qu'il coFiiptait porter encore directement cette démission au Roi.

La défection du comte d'Argenson était en elle-même fort préjudiciable à la cause de M. le Duc et de Mme de Prie. Il avait été associé par eux, en tant que fonctionnaire de la police, aux poursuites entreprises contre La Jonchèrc. Il ('tait entré, par suite, dans les moindres secrets

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