VIII MADAME DE PRIE
On accourut. On trouva le prince sans mouvement. On lui tira du sang, qui vint assez bien, ce qui donna quelque espérance, mais apparemment il était déjà suffoqué, puisqu'il mourut sur les huit heures sans avoir proféré une seule parole.
Cette grande nouvelle n'avait causé que peu d'émotion à Paris.
On s'y était accoutumé à entendre parler de la disparition du duc d'Orléans. Il avait déjà éprouvé à différentes époques des malaises fort graves — tenant encore plus du coup de sang- que de l'indigestion — dont son entourage s'était inquiété ajuste titre.
Au mois d'octobre de cette même année 1723, il avait eu une première attaque parfaitement reconnue et définie par ses médecins. Ceux-ci, parmi lesquels figuraient en première ligne Maréchal et Chirac, l'avaient prévenu que s'il persistait dans sa vie de dissipation , accompagnée d'un travail fort soutenu, il mettrait ses jours en danger. Il n'en avait tenu aucun compte, comme de bien d'autres avis.
[Jne fois donc la première surprise passée, ratteiition j)ublique s'était portée sur ce qui allait se produire. Quelles seraient les conséquences de cette mort? Et premièrement (jui hériterait du gouvernement?
Une très intéressante dépèclie de l'ambassadeur de la Sérénissime République de Venise, expédiée à cette cour le 3 (h'cembre au matin, retra(;ait fort bien l'état d'àme (h^s liommes politiques du moment.
« Tandis qu'en ce qui regarde les décisions de nos plénij)olenliairos au Congrès de Cambrai, écrivait Morosini, tout semblait parfaitement calme, la fin tragique, je puis dire foudroyante, de Mgr le duc d'Orléans est venue ouvrir un vasio champ à nos méditations