INTRODUCTION IX
« Le premier avis en est, arrivé à Paris ce matin au petit jour. Il était adressé au baron de Penterrieder, envoyé de l'Empereur. Il y eut ensuite beaucoup de mouvement cbez tous les ministres étrangers, mais plus particulièrement chez ceux d'Allemag-ne et d'Angleterre, qui expédièrent aussitôt des courriers à leurs souverains.
« Les Anglais eurent une longue conférence après dîner avec M. de Saint-Contest, et le soir, les deux plénipotentiaires du tsar furent en conversation suivie avec le même personnage, d'où chacun a tiré ses conclusions.
« Les ministres d'Espagne me parurent très affectés par cette funeste nouvelle, mais aucuns ne me semblèrent aussi pénétrés que les Anglais. Mylord Whitworth me disait, en effet, que le Roi son maître en éprouverait un violentchagrin, parce qu'accoutumé à des relations excellentes avec le défunt, il n'était pas fixé aujourd'hui sur le génie et le caractère d'un nouveau ministre et qu'il lui faudrait agir avec infiniment de prudence avant de consentir à lui dévoiler son cœur.
« Les Impériaux se sont montrés tout différents, et l'on pouvait môme saisir à leur physionomie qu'ils n'étaient pas mécontents de cet événement, probablement parce qu'ils espèrent que ce changement amènera au pouvoir un sujet mieux disposé envers leurs cours, partant plus facile à gagner, ce qui leur permettrait de diriger à leur guise la politique générale.
« Se verront-ils appuyés par le duc do Bourbon, car nous apprenons à l'instant que le jeune Roi a fait choix de ce ministre? Les opinions varient fort sur son compte; chacun convient cependant que la paix ne sera pas troublée. »
M. le Duc venait en effet d'être nommé premier ministre, ainsi que l'annonçait l'ambassadeur de Venise.