‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 51 sur 133 · M. LE DUC SE RESOUT A L'EXPECTATIVE · texte numérisé non relu

M. LE DUC SE RESOUT A L'EXPECTATIVE

(le celte affaire et do sa procédure. Il pouvait les eouimuniquer maintenant aux partisans des prisonniers de la Bastille, de Le Blanc, de Jîclle-Isle, dont on savait que le duc d'Orléans était le plus dévoué et le plus assuré {)rotecteur, et par là compromettre le fruit de tant d'efforts.

C'était un premier retour offensif des ennemis de M. le Duc, auquel la connivence du duc d'Orléans prélait un caractère des plus graves.

M. le Duc et Mme de Prie auraient pu se refuser à tolérer plus longuement de pareilles inconvenances, surtout quand la jeune femme venait personnellement d'essuyer de nouveaux rebuts de sa mère Mme de Pléneuf, à qui elle avait une fois de plus généreusement offert l'oubli du passé. Sa police, admirablement avertie, lui avait appris, en outre, que les anciens conciliabules entre les meneurs du parti adverse se continuaient comme avant la mort de Dubois, et qu'on s'y proposait comme à cette époque (l'amener le renversement du ministère par tous les movens possibles.

Elle avait su pareillement qu'on répandait en public le bruit de la mort procliaine de son amant. « M. le Duc est d'une santé si délicate, si usée, cerlifiait-on au Palais- Royal, qu'on ne compte pas qu'il vive longtemps » et que des paris avaient été faits en Angleterre sur cette donnée : « M. le Duc passera-t-il ou ne passera-t-il pas l'année?. »

Leurs amis La Feuillade, Riclieliou, Vlllars, dont le ministre s'était fait un allié en lui ouvrant le conseil du Roi, recommandaient une action énergique. En dépit de tout cela, la favorite n'avait pas pensé connue eux que l'beure des ménagements fût passée. Elle avait habilement prêché M. h; Duc, dont le caractère violent souffrait de cette contrainte et l'aurait porté à éclater. Elle lui avait

montré la nécessité de temporiser momentanément afin de s'assurer la victoire finale.

Que cachait, suivant elle, la mauvaise humeur du duc de Chartres et de ses amis? Certainement le dépit d'avoir été devancés au ministère par leurs rivaux.

Mais plus encore la crainte que ceux-ci, en disposant du pouvoir, n'activassent le procès de La Jonchère et de ses complices, où, en plus de la perte de leurs meilleurs auxiliaires, la cabale avait à redouter pour ses membres tant de fâcheuses révélations.

Donc, en poursuivant le procès froidement et par les voies légales, on leur répondrait bien plus effectivement que par de bruyantes représailles, puisqu'on les amènerait vraisemblablement à se dévoiler tout à fait.

A la fin du mois de décembre, Marais annonçait par deux fois la reprise de la fameuse affaire de l'extraordinaire des guerres. « On travaille au jugement de La Jonchère et on dit que les choses ne vont pas bien pour lui ni pour M. de Bclle-Isle.» Et peu de temps après :« Les commissaires du procès La Jonchère ont arrêté, en reprenant son affaire, qu'il forcerait sa recette en argent au lieu du papier qu'il a converti. Cet article tout seul est de plus de 3,r)()(),00() livres. En voilà pour toute sa vie à être en prison et ses biens vendus.»

A la même date environ on infornuiit le public (|ue le Roi, gravement lésé par l'échange consenti entre l'État et le comte de Belle-Isle au sujet du domaine de ce nom, avait ordonné un nouvel examen des termes de cet écliange.

On voit ([u'on n'avait pas oublie' le dangereux ami de Le Blanc. On avait aussi pensé au |)récepteur du Boi, à Fleury, dont M. le Duc et son conseil suivaient avec crainte les mouvement ondoyants. En tenait-il au fond

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