‹ Madame de Prie, 1698-1727Chapitre 52 sur 133 · RAPPROCHEMENT PASSAGER DES DEUX PARTIS · texte numérisé non relu

RAPPROCHEMENT PASSAGER DES DEUX PARTIS

pour le Palais Royal? Existait-il des accointances entre l'évèque de Fréjus et le parti des mécontents? On pouvait le supposer à certains indices.

Il était de bonne politique de lui créer de la tablature, et les amis de M. le Duc avaient songé pour cela à rappeler l'ancien gouverneur du Roi, le duc de Villeroy, qui, comme on le sait, avait été brutalement évincé de la cour deux ans auparavant. Le vulgaire prétendait que l'évèque de Fréjus, jaloux de son crédit, avait aidé secrètement à cette exécution, ou qu'au moins il avait manqué à des engagements pris vis-à-vis du même Villeroy.

De toute façon le retour du marécbal devait le gêner, en lui liant les mains pour quelque temps.

Ces résolutions, prises à peu de jours d'intervalle, avaient jeté le désarroi dans les rangs des frondeurs. Ils n'y étaient pas préparés. Ils avaient mené la petite guerre des semaines précédentes avec la conviction qu'elle resterait impunie.

Il se trouvait à coté de cela de grosses convoitises mises en éveil pour un délai très voisin, par des nominations de maréchaux de France à décider, des choix pour le cordon bleu, une large répartition des appartements au château, toutes choses où on risquerait infiniment si on venait à se i)rouiller avec M. le Duc.

Tant de considérations ayant leur poids, chacun avait essayé, pour éviter un éch'U, de rattraper ses actes et ses j)aroles. D'oii un revirement inattendu, singulier.

M. le duc de Chartres avait joué le i)on a[)6lre. Il s'était déclaré disposé à une réconciliation inunédiate en son nom comme au nom des gens de son [)arti.

Bien plus, il aurait voulu la sceller sur-le-champ. De quelle façon? Par la combinaison la plus imprévue et la plus déroutante. Il était d'Age à se marier. 11 s'offrait à

épouser Mlle de Sens, l'une des sœurs du premier ministre.

Mais à la condition que M. le Duc, abdiquant ses préventions à l'endroit du ministre Le Blanc, lui rendrait son office de la guerre, qu'en même temps il l'admettrait, lui, duc de Chartres, à tous ses entretiens avec Louis XV, en outre de ses droits à assister au conseil privé du Roi, conseil qui se composait, au 1" janvier 1724, de Sa Majesté, de M. le Duc, du maréchal de Villars et de Fleury, évèque de Fréjus.

Ces propositions, que Morosini qualifiait de nouvelles et d'extravagantes, auraient pu être prises en considération par le duc de Bourbon à toute autre époque que celle oii elles étaient ainsi formulées. Une alliance avec la maison d'Orléans aurait assurément fortifié son pouvoir, en rendant un service signalé à la nation par la cessation de rivalités fâcheuses. Mais les conditions imposées étaient trop lourdes pour être acceptées. On sentait trop bien, disait encore un contemporain, qu'il y avait là seulement une ruse employée pour gagner du temps, et que Le Blanc rendu à sa place, c'était dun autre côté introduire le loup dans la bergerie.

M. le Duc, après avoir demandé, pour la forme, quelques semaines de réflexion, avait éconduit le duc de Chartres. Toutefois, le fait de se consulter ainsi ou de consulter son conseil, avait amené forcément une manière de détente, durant laquelle on avait procédé au règlement et h la distribution des distinctions tant souhaitées.

On aurait pu penser que le premier ministre y oublierait les candidats de la faction adverse. Il n'en avait rien été.

Certainement M. le Duc comprenait, dans l'élection de sept maréchaux de France, les lieutenants généraux du

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